
Celui qui pense qu’une intervention en Syrie est une bonne idée devrait d’abord aller jeter un coup d’œil en Libye. La guerre y a causé la mort de 30 à 50 000 personnes, et a amené une violence raciste. Sur la photo : la ville de Syrte en Libye, détruite. (Photo EU Humanitarian Aid and Civil Protection)
Verhofstadt souhaite une intervention militaire en Syrie pour y faire cesser le bain de sang. Bref, « Libye revisited ». C’est Verhofstadt lui-même qui établit ce parallèle, qualifiant la situation à Homs de « moment Benghazi pour la Syrie ». Il ouvre à cet effet grand les portes de l’arsenal des interventions, évoquant « toutes les options ». Ce qui veut dire des zones de sécurité, des couloirs humanitaires, des forces de paix unissant Nations-Unies et Ligue arabe, une « coalition of the willing », le renforcement des sanctions, un changement de régime ou un soutien aux « organisations syriennes qui représentent le peuple ».
Mais qui diable sont ces organisations qui représentent le peuple syrien ? Ce peuple est, avant tout, très divisé. Entre des minorités comme les alaouites, les chrétiens, les Druzes et une partie des Kurdes. Quant à la majorité sunnite, elle n’est pas tellement désireuse de voir disparaître Bachar el-Assad. Elle craint que, malgré le caractère autoritaire du régime, l’alternative soit ou le chaos total, ou la domination d’un régime islamiste dominé par les Frères musulmans.
Quelles seraient les conséquences d’une intervention militaire ? La guerre en Libye a fait 30 à 50 000 morts, a débouché sur une violence raciste organisée contre les Libyens noirs et les émigrés africains et a permis aux insurgés de se livrer à Syrte à des exécutions de leurs opposants. Si le vœu d’intervention « humanitaire » de Verhofstadt devient réalité, nous sommes partis pour une escalade militaire dont on ne connaît ni l’issue ni la fin. Il s’agit d’un jeu dangereux non seulement pour la Syrie, mais qui peut mettre toute la région à feu et à sang.
(…) Indubitablement, le régime syrien se rend coupable de graves violations des Droits de l’homme et n’hésite pas à réprimer lourdement les aspirations de la population à la démocratie. Le président Assad a eu tort de ne pas prendre, dès le début, l’opposition au sérieux, et d’arriver ensuite avec des réformes trop tardives, trop lentes et insuffisantes.
Nous refusons le scénario de guerre de Verhofstadt. Ceux qui se veulent « les vrais amis de la Syrie » doivent constituer un groupe pour le dialogue et la paix, et non pour le chantage et la guerre. La fin de la violence résultera d’un consensus minimal entre les différents groupes de la population pour un avenir politique. Ce n’est certes pas chose aisée, mais c’est la seule alternative à une violence militaire sans issue, à la hausse du chaos et de la misère, avec la population syrienne comme première victime.
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