
Récolte de signatures à Molenbeek contre la fermeture du bureau de poste de la chaussée de Gand, samedi dernier. En une heure, 220 signatures ont été récoltées. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)
Actions :: Les usagers mettent la direction en boîte
Deux cent cinquante bureaux de poste fermés en 2007. Cent nonante-huit fermetures prévues en 2008. Un peu partout, les citoyens s’insurgent, dans certains cas avec un report de la fermeture.
Le plan de fermeture de la direction de la Poste connaît des ratés. En cause les actions citoyennes pour le maintien d’un service au public. Une véritable lame de fond qui touche tout le pays. Les sections locales du Parti du Travail de Belgique y ont directement participé dans dix-neuf communes.
Comme à Molenbeek où le docteur Leen Vermeulen a pris l’initiative d’organiser la résistance à la fermeture du bureau de poste de la chaussée de Gand. Non rentable selon la direction de la Poste, les files d’attente s’étendent pourtant quotidiennement jusque dans la rue pour un bureau qui dessert pas moins de plusieurs milliers de riverains. Armée d’une pétition de 600 signatures, le médecin pour le peuple a demandé au conseil communal de soutenir la pétition et a proposé une motion exigeant le maintien du bureau de Poste. La décision est attendue., la récolte de signatures continue. À Gand, la section locale du PTB est parvenue au maintien de deux bureaux menacés, ceux du Westeveld et de la chaussée de Termonde. Une pétition de 1 500 signatures a sauvé le premier tandis que 250 affiches « Le bureau de poste de la chaussée de Termonde doit être maintenu » placardées dans tout le quartier et 1 301 signatures ont permis de reporter la fermeture du second. Avec la complicité d’organisations locales comme l’association de seniors Okra et des membres de Groen !
Ou encore à Seraing. Après l’adoption d’une motion soumise au conseil communal par Hans Krammisch (PTB), une pétition circule depuis deux semaines, 250 signatures ont déjà été récoltées. Le mot d’ordre « La poste doit rester un service public ».
Que ce soit à Malonne (Namur), Deurne, Schoten, Hoboken, Genk, Lommel, Herstal, Saint-Josse, Courcelles, Liège Nord et Liège Ouest, avec la participation du PTB, les habitants sont parvenus à maintenir leur bureau, à reporter les fermetures annoncées ou en tout cas à attirer l’attention sur le sujet.
Des citoyens des deux côtés de la frontière linguistique ont réagi aux fermetures annoncées. En février 2007, le comité de quartier de Sint-Jan à Courtrai a rassemblé 4 500 signatures pour le maintien de leur bureau jusqu’à l’ouverture d’un point Poste.
En octobre 2007, dans l’entité de Thuin, le patron de la Poste Johnny Thijs doit faire le déplacement pour calmer la colère des habitants. Et de reconsidérer la fermeture des bureaux de la commune. En décembre, la fronde gagne Grand Bigard et Dilbeek dans la périphérie bruxelloise tandis que l’Union des villes et communes de Wallonie s’insurge contre la suppression de bureaux de postes en Région wallonne. A mentionner aussi, l’initiative du Parti communiste qui a lancé la pétition Sauvons la poste (www.sauvonslaposte.be) demandant pour 2009 le retour à une Poste cent pour cent publique.
Les actions menées tout au long de l’année dernière sont des prémisses encourageantes pour contrer la nouvelle vague de fermeture de 198 bureaux prévues en 2008. Toutes ces actions ont au moins eu le mérite, si ce n’est d’empêcher totalement les fermetures, d’au moins parfois en repousser l’échéance. La direction de la Poste doit aujourd’hui composer avec ces différentes expressions du mécontentement populaire.
Le personnel aussi se mobilise contre le plan de la direction de La Poste. Ici, en action à Liège contre le plan Géoroute en juin 2006. (Photo Solidaire, Roos Demyttenaere) |
Une Poste publique pour un service au public
1. La meilleure restriction à la libéralisation est de revenir à une Poste et une banque de la Poste complètement publiques. Thijs pose la question du financement d’un service public. Et bien si le financement d’un service censé être public pose problème, que l’État le reprenne, disent les postiers, en imposant une taxe sur les bénéfices d’entreprises comme l’actionnaire privé de la Poste, CVC (voir encadré). Le monopole public reste la meilleure solution pour le financement. Le syndicat hollandais FNV (qui a subi les effets de la privatisation au Pays-Bas) exige maintenant le retour au monopole public pour certaines activités.
2. Maintien de tous les bureaux de Poste.
3. Instauration d’un salaire minimum pour le secteur postal, comme en Allemagne.
4. Distribution sur tout le territoire, les 5 jours de la semaine, pour tous les opérateurs postaux.
En attendant, les actions contre les fermetures des bureaux de poste doivent continuer. Si votre bureau est concerné par une fermeture prochaine (voir liste), n’hésitez pas à contacter votre secrétariat régional du PTB.
Le salaire minimal pour un service maximal
La libéralisation complète du courrier doit intervenir pour 2011. Les Etats peuvent en définir les conditions. C’est donc une question de choix. Ainsi en Allemagne, les syndicats ont réussi à imposer un salaire minimal pour le secteur postal. Première conséquence, cela a dissuadé les opérateurs concurrents à la poste allemande de s’installer sur le marché, empêchés qu’ils étaient à faire jouer le jeu des salaires. La libéralisation a été ralentie, preuve qu’un changement de cap est possible. En Belgique, cette mesure serait à même de mettre un frein aux prétentions des concurrents privés.
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Fortis fort en tête
La Banque de la Poste a été partiellement privatisée. Au profit de Fortis qui pourrait ne pas être étrangère à certaines fermetures.
Un million deux cent mille Belges ont ouvert un compte à la Banque de la Poste. Guidés parfois par la volonté de soutenir un service public contre les géants privés de la finance. Bien pratique en plus puisque banque et service postal sont dans la même agence. Pas besoin de faire deux fois la file. Mais aujourd’hui force est de constater que les requins de la finance ont rattrapé la Poste. Et la Banque de la Poste a de quoi attirer. Avec 1,2 million de clients et 6,85 milliards d’euros de dépôts, elle est la onzième du pays. La banque publique est donc passée à raison de 49 % dans les mains de Fortis. Et tous les bureaux de poste devront d’ici 2009 vendre des produits bancaires (650 bureaux concernés). Est-il utile de vous dire que les produits vendus sont des produits Fortis ? Les employés qui travaillent aux guichets des bureaux de poste ont comme devoir de vendre, vendre, vendre. Sans compter que l’on peut légitimement se poser la question de la survie d’un bureau de poste et d’un guichet de banque à proximité d’une agence Fortis.
Le rapport 2006 de La Poste révèle que les montants d’épargne récoltés par sa banque ont fait un bond de 13 % en 2006. Qui en profite si ce n’est Fortis.
Fortis pousse à une restructuration des bureaux restant pour les orienter vers les produits bancaires. De là à reprendre ensuite à bon compte tout le réseau, il n’y a qu’un pas.
En attendant, le patron de la poste, Thijs, joue le chantage avec l’État en promettant de reconsidérer les fermetures annoncées si l’État finance le service minimal (voir ci-dessus). Mais un financement par l’État reviendrait à subsidier une filiale de Fortis alors que les bénéfices de Fortis s’élèvent à 4,5 milliards d’euros en 2006.
CVC, drôle de partenaire
CVC Capital Partners est un fonds d’investissement britannique (en passe de devenir le leader mondial) spécialisé dans la transformation d’entreprises publiques en sociétés purement privées. Depuis sa création en 1981, CVC a réalisé plus de 220 acquisitions d’entreprises d’une valeur totale de plus de 60 milliards de dollars. CVC cible des entreprises qui ont une position de leader sur le marché, qui sont stables et qui rapportent plus que la moyenne (comme la Poste).
En 2005, CVC a ramassé 6 milliards d’euros.
Un bureau de poste ça compte énormément
La fermeture annoncée de cent nonante-huit bureaux de poste pénalise les consommateurs au profit des actionnaires.
« Le facteur sonne toujours huit fois ». Sous ce titre Marco Van Hees soulevait il y a quatre mois dans nos colonnes l’absurdité de la libéralisation de la distribution de courrier prévue pour 20111. La libéralisation signifie que les entreprises postales se concentreront sur des zones rentables donc très peuplées ou sur de gros clients. Il y a beaucoup de chance donc qu’à Bruxelles vous receviez la carte de Noël de grand-mère du facteur et votre facture Electrabel d’un distributeur privé. Pour pallier les écarts évidents de telles pratiques (qui se souciera de distribuer le courrier à Outsiplou), l’Union européenne a imposé un service minimum à charge de la Poste historique. Le courrier sera donc distribué par votre facteur cinq jours par semaine. Pour financer ce service, la Poste doit trouver des financements soit d’opérateurs privés, soit de l’État. Chaque gouvernement décide.
Un pacte avec le diable
Seulement voilà, notre gouvernement a, en octobre 2005, conclu avec la Poste un partenariat stratégique avec le consortium formé par Post Danmark et CVC Capital Partners, un fonds d’investissement privé dont la spécialité est racheter des entreprises (souvent publiques) pour les revendre ensuite (après restructuration) à un prix supérieur (voir encadré). Voilà donc la Poste en partie privatisée à hauteur de 49%. Et il est évident que CVC ne recherche dans l’affaire que le profit maximum.
CVC pousse donc à des rationalisations, des fermetures de bureaux. Exactement ce que Johnny Thijs, actuel patron de la Poste, propose aujourd’hui : 198 fermetures supplémentaires, après la saignée de 2007, pour arriver à terme à un total de seulement 650 bureaux pour le pays. Au passage, Johnny Thijs a travaillé jusqu’en 2004 pour…CVC. Chacun jugera.
Un bureau pour 15 384 habitants
Mais en attendant, c’est le petit consommateur qui trinque. Une enquête d’Eurostat le révèle. La Belgique figure parmi les pays européens où la densité de bureaux de poste permanents par nombre d’habitants est la plus faible. En 2005, la Belgique comptait un bureau de poste pour 7 395 habitants en moyenne, derrière l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France.
Les plans de fermetures de Johnny Thijs qui prévoient le maintien de seulement 650 bureaux de poste signifierait une densité de bureaux de un pour 15 384 habitants. Alors que nombre de bureaux affichent déjà de longues files d’attente.
Moins de bureaux de poste, moins de services et moins de qualité de service. Et ce ne sont pas les Points Poste, ces points de retrait de courrier et d’achat de produits de base de la Poste prévus dans les grands magasins ou chez votre libraire, qui arrangent les choses. Comme le révèle le CSC, la qualité du service et surtout le manque de confidentialité sont les principaux problèmes de ces Points Poste. « Un de nos permanents est allé retirer un recommandé dans un Point Poste, on ne lui a même pas demandé sa carte d’identité ! », témoigne André Blaise de la CSC2.
Johnny Thijs justifie les fermetures par le poids des salaires dans l’entreprise qui serait anti-concurrentiel. Cela entraînerait une hausse des coûts de 3% par an et une perte de 400 millions d’euros d’ici 2012.
Faux, répondent les postiers, chiffres à l’appui. La masse salariale en 2006 représentait 1,114 milliard d’euros, soit 0,7 million de plus qu’en 2005, une augmentation de 0,05%. Loin des 3% annoncés. La question que se posent les postiers est plus que légitime. À qui ont profité tous les sacrifices salariaux si ce n’est à la soif de profit des actionnaires de CVC. Nous sommes loin aussi des 400 millions de perte d’ici 2012. Le rapport annuel 2006 de la Poste le révèle. L’ensemble des ventes et prestations a augmenté de 5% passant de 2,12 milliards à 2,23 milliards d’euros.
Thijs justifie les fermetures en affirmant que le contrat de gestion qui court jusque 2010 lie la Poste à un service universel de 5 jours par semaine. Il estime que cela coûterait entre 100 et 300 millions par an. Les postiers soulèvent à juste titre que rentabiliser un secteur (distribution du courrier) qui par définition n’est pas rentable revient à le limiter drastiquement. C’est une question de choix de société.
1 Voir Solidaire, 10 octobre 2007 • 2 Idem
L’action des habitants du quartier de Sint- Amandsberg à Gand, avec le soutien du PTB, a permis se sauver le bureau ( Photo Solidaire, Veerle Lambrecht) |
198 fermetures annoncées en 2008
Brabant Wallon | Braine St-Sébastien, Nivelles Shopping, Villers-la-Ville, Waterloo Joli-Bois
Bruxelles | Anderlecht Abattoirs, Anderlecht Erasme, Anderlecht La Roue, Anderlecht Marius Renard, Anderlecht Zamenhof, Bruxelles Bogards, Bruxelles Marolles, Laeken Trade Mart, Ixelles Louise, Bruxelles Belliard, Evere Olympiades, Schaerbeek Terdelt, Molenbeek Crystal Palace, St-Josse Méridien, Woluwe Ucl, Woluwe Ste-Alix, Uccle Calevoet, Watermael-Boitsfort, Watermael-Boitsfort Wauters
Hainaut | Pont-De-Loup, Ath Les Primevères, Maffle, Beloeil, Stambruges, Bernissart, Harchies, Pommeroeul, Binche Gendarmerie, Bray, Leval, Petit Hornu, Charleroi Nord, Jumet Station, Montignies Centre, Châtelet Faubourg, Paturages, Trazegnies, Farciennes Le Wainage, Wanfercee-Baulet, Ham-sur-Heure, Thulin, Jolimont (Haine-Saint-Paul), La Louviere Cora, Strepy-Bracquegnies, Mellet, Seloignes, Cuesmes, Flenu, Ghlin, Mons ch Du Roeulx, Mons Peupliers, Shape Village Shop Center Area, Mouscron Tuquet, Quaregnon Sud, Taintignies, Baudour, Tertre (Saint-Ghislain), Seneffe, Rance, Gaurain-Ramecroix, Kain (Tournai), Tournai St-Eleuthere
Liège | Alleur, Ans, Eben-Emael, Bellaire, Saive Elsenborn (Butgenbach), Beaufays, Vaux-Sous-Chevremont, Poulseur, Flémalle Grande, Liers, Vottem, Jalhay, Bressoux Centre, Bressoux Haut, Grivegnée Haut, Liège Congrès, Liège Gén Leman, Liège St-Léonard, Liège Their, Neuville-En-Condroz, Hermalle-Sous-Argenteau, Montegnée, Boncelles, Ougrée Haut, Seraing Biens Communaux, Soumagne Bas, Nessonvaux, Verviers Harmonie, Cheratte
Luxembourg | Arlon Sainte-Croix, Forrieres (Nassogne)
Namur | Andenne, Anhee, Faulx-Les-Tombes, Meux, Salzinnes, Treignes, Thy-Le-Chateau (Walcourt)
Anvers | Berendrecht, Dam, St-Jansplein, Berchem Pulhof, Deurne Boekenberg, Ekeren De Bist, Hoboken Zwaantjes, Merksem Nieuwe Wijk, Boom Velodroomstraat, Brasschaat Driehoek, Brasschaat Kaart Hendrik, St-Job-In-’T-Goor, Booischot, Lier, Mechelen, Mortsel, S Gravenwezel, Schoten Deuzeld, Hoevenen, Turnhout
Brabant Flamand | Essene, Zellik, Lot, Groot-Bijgaarden, Strombeek-Bever, Halle St-Rochus, Jezus Eik, Testelt, Ruisbroek, Sterrebeek, St-Stevens-Woluwe, Zaventem Centrum, Anzegem
Limbourg | Beringen Mijn, Beverlo Dorp, Jeuk, Hasselt Rac, Hasselt, Heks, Heusden-Zolder, Houthalen Oost, Eisden Tuinwijk, Gruitrode, Brustem, St-Truiden, Tongeren Vrijthof, Remersdaal, S Gravenvoeren (Fouron-Le-Comte)
Flandre occidentale | Brugge, Damme, Moerkerke, Nieuwkerke, Ichtegem, Ieper Centrum, Heule, Lauwe, Rekkem, Nieuwpoort Bad, Oostende Nieuwe Stad, Oostende Vuurtorenwijk, Ruddervoorde, Roesbrugge-Haringe, Roeselare Ol-Vrouwmarkt, Tielt Stationswijk, Desselgem, Geluwe, Wevelgem
Flandre orientale | Aalst, Moorsel, Boekhoute, Overmere, Beveren, Kieldrecht (Beveren), Grembergen, St-Gillis-Bij-Dendermonde, Destelbergen, Gent Martelaarslaan, Gent Rabot, Sint-Amandsberg, St-Denijs-Westrem, ,Zwijnaarde Baron, Moerbeke-Geraardsbergen, Eine, Nieuwkerken-Waas, St-Niklaas Hogen Akker, St-Niklaas Tereken, Machelen, Zulte Centrum
Hebdomadaire du Parti de Travail de Belgique | bd M. Lemonnier 171, 1000 Bruxelles | 38e annee n° 7(1690) du 20 février 2008 Découvrez cette nouvelle formule et prenez un abonnement à l'essai |