« Un meeting de clôture particulièrement intense »« Contrairement à l’année dernière, j’ai opté cette année pour le groupe de travail, La lutte linguistique comme levier du socialisme, avec le professeur Jan Blommaert et Johan Van De Voorde. Nous avons cherché à savoir ce qui se cache derrière des mots et des expressions comme « le sauvetage de la zone euro », « nous savons tous que nous devrons travailler plus longtemps », « employeur et employé », « allègement des charges », « ne pas céder », « deux démocraties », etc.… Des expressions utilisées quotidiennement dans nos médias, d’apparence neutre, mais loin de l’être.
Les discours de clôture de Didi de Paris – un pur régal – et de Peter Mertens ont été particulièrement intenses. Ce que Thomas Decreus, coorganisateur de la manifestation SHAME, a raconté sur le mouvement Occupy était également très intéressant. Dans un premier temps, j’avais trouvé ce mouvement sans revendications, sans leaders ni organisation plutôt apolitique, mais leur démocratie horizontale montre que les jeunes sont en attente.
La mentalité obtuse de certains m’a déçu. Ainsi à l’entrée du Vooruit, on avait à gauche un stand du PSL et à droite un stand de Rood!, chacun avec leurs 15 fervents supporters. Pour moi, un jour comme celui-là doit justement être l’occasion de s’ouvrir aux autres, faire connaissance avec de nouvelles personnes et partager de nouvelles idées. Maintenant, il nous faut évaluer ces deux journées et voir comment nous pourrions éventuellement collaborer avec d’autres initiatives comme Vooruitgroep, Socialisme 21 ou Manifiesta. »
Dominique Willaert, directeur artistique Victoria Deluxe et membre de la Ronde Tafel van Socialisten

« Ces dernières années, le mouvement socialiste s’est un peu refroidi. Autrefois, on avait un pilier socialiste avec un cercle sportif, une chorale, etc. Ce pilier veillait à ce que les gens entrent en contact les uns avec les autres et participent à des activités communes. Pour beaucoup, il n’y avait rien de comparable. Le mouvement socialiste s’est alors concentré sur les changements structurels du système. Mais il a oublié son entourage immédiat, alors que c’est justement avec les gens qui nous entourent qu’il faut commencer.
Dans le groupe de travail culture, nous avons délibérément laissé le grand débat idéologique de côté. Nous nous sommes penchés sur notre histoire commune. De grands musiciens ont mis leur âme à nu et ensemble nous avons appris divers chants de lutte que nous avons ensuite chantés sur le podium. Un grand moment de réconfort.
La plupart des groupes d’action restent repliés dans leur zone. Autrefois, on avait des analyses et des visions globales, mais cela a disparu. Aujourd’hui, l’idée que l’on bute contre les limites du système refait surface dans les mouvements écologique, féministe, antiraciste et pacifique. Si la Ronde Tafel van Socialisten veut jouer un rôle dans l’union de tous ces mouvements, elle va devoir proposer pour son projet socialiste une formulation très large. Comme le dit un poème espagnol : « Il n’y a pas de voie déjà tracée, cette voie c’est en marchant qu’elle est frayée. »
Toutes ces belles promesses qu’on nous fait sur le libre marché ne sont que des Parole, Parole, Parole. Sp.a et Groen! pensent pouvoir arrondir les angles du système, mais le véritable problème, c’est justement le marché libre. Tant que l’on refuse de toucher à la propriété privée des moyens de production, on ne pourra apporter aucun changement fondamental aux inégalités et c’est cela notre point de départ.
Anke Hintjens, féministe, musicienne et membre de la Ronde Tafel van Socialisten
« Plus de 600 personnes sont venues aujourd’hui, pour débattre d’une alternative à notre société. Depuis quand 600 personnes issues de toutes les couches de la population – syndicalistes, ouvriers, employés, fonctionnaires, hommes, femmes, Belges et immigrés – ne s’étaient plus réunies ? Non pas pour discuter de choses futiles, mais de choses sérieuses. Car ce que nous voulons ce ne sont pas de nouvelles tentures ni de nouvelles tapisseries pour la Commission européenne, nous ne voulons rien fignoler. Ce que nous voulons, c’est carrément transformer l’Europe. Ensemble, nous pouvons réaliser ce rêve. Car aujourd’hui, les gens se disent qu’il existe une alternative à la misère du capitalisme et que cette alternative a un nom, le socialisme. Si on associe ce débat à la colère du peuple et aux révoltes, on peut mettre le feu aux poudres.
Les prochaines années ne seront pas calmes. Au contraire, nous allons traverser une période mouvementée. Nous n’en sommes qu’au tout début de la protestation populaire, une protestation qui changera nécessairement le monde. C’est la raison pour laquelle la Ronde Tafel van Socialisten est si importante. Nous tendons la main à toute forme d’opposition, qu’elle soit grande ou petite. Cette table, nous l’avons voulue ronde pour que tous les participants aient droit à la parole, et des participants socialistes, car notre objectif n’est pas seulement de nous insurger, mais aussi de proposer une alternative au capitalisme.
Si des gens comme Bart De Wever prétendent que la Flandre a toujours été à droite, qu’il n’y a pas de place ici pour les socialistes, alors nous taperons du poing sur la table et nous crierons : Qui a construit le Vooruit ? Qui a apporté du pain aux mineurs en grève dans le Borinage ? Grâce à qui avons-nous des congés payés ? Une sécurité sociale ? Qui s’est battu pour les obtenir ?
Notre histoire EST celle du mouvement socialiste au sens large. Et aujourd’hui encore, nous avons plus que jamais besoin du socialisme. Nous avons besoin de gens qui osent appeler les choses par leur nom, des gens qui ne baissent pas la tête face aux inégalités, de gens qui disent : nous voulons un autre monde.
Ici, autour de cette Table Ronde des Socialistes, nous savons tous qu’il y a encore du pain sur la planche. Mais, pour atteindre la source, il faut oser aller à contre-courant. Ce n’est pas la Ronde Tafel van Socialisten qui apportera la solution, mais les travailleurs et eux seuls. Cette solution, elle ne sera possible que si nous agissons ensemble. C’est pourquoi j’invite chacun d’entre vous à nous rejoindre, il reste encore de la place à notre Table Ronde. »
Peter Mertens, président du PTB et membre de la Ronde Tafel van Socialisten
« SHAME s’en est surtout pris au fonctionnement politique de notre pays mais, à mesure que la crise européenne s’est intensifiée, nombre de ces jeunes ont commencé à comprendre que tout dysfonctionnait sur le plan social et économique, non seulement en Belgique, mais partout en Europe et dans le monde. Et beaucoup ont évolué de SHAME vers les Indignados et leur engagement s’est radicalisé.
En tant que philosophe politique, j’ai estimé important, lors de la Journée du socialisme, d’entretenir une réflexion sur les mouvements tels que SHAME, les Indignados et Occupy Wall Street. Ca discute encore beaucoup à ce propos et c’est très bien. Pour moi, ces mouvements sont une nouvelle flamme. Ils sont le vent nouveau qui souffle sur l’Europe, c’est là qu’on réinvente le socialisme. Car, pour moi, le socialisme s’inscrit dans une lutte d’émancipation plus large, dans un combat pour plus de démocratie et, en gros, c’est aussi ce que veulent les Indignados : plus de démocratie et de justice sociale, les deux étant bien sûr indissociable. Pour moi, cela cadre dans le socialisme, formulé de façon plus large. Mais je pense vraiment aussi que le socialisme est bien plus étendu que les socialistes.
En raison des circonstances, je n’ai pu assister qu’à une partie de l’atelier avec Peter Mertens sur l’Europe et au meeting de clôture, et encore, presque en coulisse. Ce que j’ai vu de l’atelier et ce que j’ai pu voir du meeting final était particulièrement captivant. L’an dernier, je n’y étais pas. L’an prochain, j’y serai à coup sûr. »
Thomas De Creus, philosophe politique et coorganisateur de la manifestation SHAME.
« Dans le groupe de travail Printemps arabe, nous avons eu un échange d’idées très intéressant sur la lutte contre les régimes antidémocratiques en Tunisie et en Égypte, mais également sur les problèmes sociaux et économiques. En Égypte, une grande partie de la population vit dans la pauvreté, la classe moyenne éprouve elle aussi des difficultés. De leur côté, les classes supérieures se sont énormément enrichies. Un problème universel, soulevé tant par les Indignados en Espagne que le mouvement Occupy Wall Street aux États-Unis. Organiser de temps en temps une journée où il est possible de discuter de ces problèmes est une excellente idée.
Un autre point fort de la cette journée, c’est que l’on a tenté d’aller au-delà des divergences propres à la gauche par la participation à un mouvement – et non un parti – grâce auquel socialisme pourra à nouveau être synonyme de valeurs positives, comme liberté, solidarité, démocratie…
Il y avait un peu moins de monde que la première fois. Je ne pense pas que ce soit la formule qui soit en cause, car elle était très bien. Mais peut-être faudrait-il davantage chercher des partenaires en mesure d’élargir la portée de l’initiative. Je pense notamment aux syndicats. »
Ludo De Brabander, asbl Vrede
Il est important qu’au niveau de la gauche on ne se laisse pas diviser. Il serait inconcevable que, comme organisation internationaliste, on soit dans une logique de solidarité avec tous les travailleurs du monde, sauf entre flamands et wallons. Je trouve donc important de venir chaque fois qu’on m’invite à ce genre d’échanges. Ça montre aussi que, contrairement à ce que certains peuvent dire, il y a encore un nombre important de militants qui a conscience qu’il faut se réunir.
Du côté francophone, je ne cesse d’essayer d’unifier tous ceux qui sont de gauche, parce que toute division de la gauche favorise la droite. Notre cible, ça doit être la droite et le patronat. Ce qui est dramatique aujourd’hui, et c’est tout le sens de mon combat, c’est que la droite cherche à diviser le monde du travail entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas. Et ce qui est incroyable, c’est qu’on est dans un monde où ceux qui ferment les usines, qui sont ceux qui ont bénéficié de tous les avantages fiscaux, se permettent encore de poser le problème par rapport à ceux qui sont privés d’emplois, et de dire qu’il faut la dégressivité des allocations de chômage, et les limiter dans le temps. C’est le cas de Mittal, par exemple. Là aussi, comme je l’ai souligné à Gand, le problème de la sidérurgie à Liège n’est pas un problème liégeois, ni wallon, c’est un problème belge !
Marc Goblet, président de la FGTB Liège
« En lisant le programme complet de la journée, j’ai trouvé un peu dommage de devoir y participer en tant qu’oratrice, car j’aurais voulu faire partie d’un des groupes de travail. Cela dit, il y avait tellement de thèmes intéressants qu’il aurait été très difficile de choisir. Je trouve merveilleux de pouvoir apprendre et transmettre tant de choses. C’est également l’occasion de créer des réseaux et de rencontrer des gens.
Pour moi, cette journée est un appel à la solidarité, au-delà des frontières des partis, au-delà de la politique. Le socialisme, c’est refuser la société de classes, mais aussi défendre les plus faibles. C’est une sensibilité qu’il faut absolument conserver. Le socialisme, c’est aussi agir. Car parler c’est bien, mais si on ne joint pas l’acte à la parole, cela ne sert à rien. Et si on veut changer les choses, il nous faut nous unir ».
Inge Neefs, Belgium to Gaza
La Journée du Socialisme – une « journée d’action et de réflexion pour le socialisme, la lutte et la solidarité » – est une initiative de la « Ronde Tafel van Socialisten ». Cette initiative n’a aucune ambition électorale et ne cherche en aucun cas à prendre la place des syndicats ou autre instance médiatrice. Son seul objectif est de « rassembler tous ceux qui pensent que les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui et que les défis de demain ne pourront être résolus par le capitalisme ». C’est également pour cette raison qu’une délégation a été envoyé lors de la manifestation « Occupy Gand » qui avait lieu le même jour. Yvan Praet a rappelé dans son discours de bienvenue que la « Ronde Tafel van Socialisten » a lancé le site openbarebank.be, qu’elle rédige des articles d’opinion dans différents quotidiens, qu’elle organise une université populaire et des conférences bimestrielles sur des thèmes spécifiques…