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8 février 2012 14:03 | Il y a : 106  jour(s)
| Thème: Belgique, Belgique, Pauvreté/Riches, Logement

Plus d’1,6 million de Belges potentiellement à la rue

Le risque de pauvreté augmente de plus en plus. Avec la politique désastreuse d’accueil des demandeurs d’asile, la précarité pousse des milliers de personnes à dormir dans la rue.

Axel Bernard

Photo Solidaire, Salim Hellalet

C’est le 4e hiver consécutif qu’on nous fait le coup. Les températures plongent brusquement en dessous de zéro. Le gouvernement s’aperçoit que des milliers de personnes sont dans la rue et que, faute d’interventions urgentes, elles risquent d’y laisser leur vie. La catastrophe a chaque année été évitée de justesse. Grâce à une énorme mobilisation citoyenne et l’engagement des ONG et autres associations. Celles-ci lancent d’ailleurs un nouveau cri d’alarme : « On ne peut plus continuer comme ça. » Il faut un plan coordonné qui anticipe le froid de l’hiver et qui assure un toit à tous ceux qui l’ont perdu. Mais en même temps, rajoutent-elles, il est inacceptable que des personnes soient sans abris, « hiver comme été ». Il faut dès lors mettre fin à la spirale de l’exclusion.
    Il y aurait en Belgique entre 17 000 et 50 000 SDF. Comment expliquer qu’il y en ait autant ? Les gens qui dorment dans la rue ont deux visages : les victimes de la pauvreté et les demandeurs d’asile devenus sans abri. Les premiers sont ceux qui, concrètement, n’arrivent plus à payer leur loyer, faute de revenus suffisants. Une étude réalisée en 2010 par le Service de lutte contre la pauvreté montre en effet que plus de 70 % des sans-abri vivent sous le seuil de pauvreté. La majorité touchant moins de 450 euros par mois. Est particulièrement montré du doigt le dernier filet avant l’exclusion sociale, le revenu d’intégration sociale (RIS), dont les montants sont largement en dessous du seuil de pauvreté. De 20 % en dessous pour un isolé à 40 % pour un couple avec deux enfants. Dans ces conditions, la hausse des prix des loyers et de l’énergie pousse littéralement des milliers de gens à la rue. L’urgence est telle qu’aujourd’hui, on estime que plus d’1 Belge sur 7 connaît un risque accru de pauvreté. Soit environ 1,6 million de personnes.

Les victimes de l’accueil

La rue accueille aussi des milliers de demandeurs d’asile. Particulièrement à Bruxelles. Ils sont victimes de la « crise de l’accueil ». Pour rappel, le gouvernement a supprimé en 2007 toute forme d’aide financière aux candidats réfugiés. La seule aide acceptable était l’hébergement dans un centre pour demandeurs d’asile. Le but était clair : il fallait à tout prix décourager les demandes d’asile en Belgique. Immédiatement, il s’est avéré qu’il n’y avait pas assez de place pour accueillir le nombre supplémentaire de personnes à héberger. D’autant que toute l’Europe connaissait au même moment une hausse des demandes d’asile. Des milliers de réfugiés se sont donc retrouvés à la rue, faute de place. « Un cas de force majeure », justifiait Fedasil, l’agence fédérale chargée des demandeurs d’asile. « Faux » , vient de rétorquer la présidente de la commission « étrangers » de la Ligue des Droits de l’homme, l’avocate Céline Verbrouck sur le plateau de Mise au Point (RTBF) : « On ne peut pas parler de force majeure quand la situation se répète d’année en année ». En affirmant tout haut ce que tout le monde pense tout bas, à savoir que la Belgique organise volontairement une crise humanitaire. Pour diffuser le message que « les étrangers ne sont pas les bienvenus en Belgique ». Le crime de Maggie De Block fut finalement de poursuivre cette politique initiée par les gouvernements précédents et de croire qu’elle échapperait à l’hiver.

Combattre réellement la pauvreté

Tant les sans-abris que les demandeurs d’asile qui se retrouvent à la rue sont les témoins de l’insuffisance de notre système de protection sociale. « Face à une telle situation, il faut des mesures urgentes mais aussi structurelles », avance Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB. Avant de pointer que des mesures pourraient enrayer fondamentalement la machine à fabriquer des sans-abri : relèvement des allocations sociales au-dessus du niveau du seuil de pauvreté, fixation par la loi de loyers maximaux, réduction de la TVA sur l’énergie et prix maximas sur l’énergie, par exemple. Ces mesures sont revendiquées depuis des années par les associations actives sur le terrain ou les syndicats. « Nous vivons dans un pays qui produit assez de richesses pour éliminer la pauvreté, souligne-t-il. Pourtant, pendant que des sans-abris et des demandeurs d’asile gèlent dans le froid polaire, les fortunes de quelques millionnaires restent bien au chaud, toujours non taxées. » Jusqu’à quand ?


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