
Les supporters d’Ollanta Humala sont descendus dans la rue pour fêter la victoire de leur favori à l’élection présidentielle. Le candidat de gauche a été élu avec 52 % au second tour, malgré une coalition conservatrice face à lui. (Photo flickr, Paolo Aguilar)
Contrairement aux idées reçues, le Pérou n’est pas un pays pauvre. Il possède en effet d’importantes ressources naturelles en or, argent, zinc, cuivre, étain et plomb. Tous ces minéraux sont très bien cotés sur le marché mondial. Ces dernières années, l’économie péruvienne a connu la croissance la plus forte de toute l’Amérique latine avec 6,9 % contre 4,2 % au Brésil, par exemple. Malheureusement, la politique ultralibérale de ces dernières décennies a totalement privé les pauvres de ces richesses. Même par rapport à la norme latino-américaine, les inégalités sociales sont énormes. La population active ne représente que 22 % du produit national brut. Alors que dans les pays voisins tels que le Chili et le Brésil, ce chiffre s’élève à respectivement 45 et 40 %. Pire encore, 13 % de la population est sous-alimentée.
Les gouvernements successifs ont tous mené une politique ultralibérale. Le président sortant, Alan Garcia, était un social-démocrate dont le gouvernement a été décrit par la cellule de réflexion américaine, Council for Foreign Relations, comme « le plus favorable aux investissements. La faible taxation des exploitations minières rend le Pérou très attrayant et extrêmement profitable (pour les entreprises) ».
Sévère défaite pour le camp pro-américain
Keiko Fujimori, la concurrente de Humala, a remporté 48 % des voix au second tour. Il s’agit de la fille de l’ancien président Alberto Fujimori à la tête du pays de 1990 à 2000 et condamné à 25 ans de prison en 2007 pour corruption et l’assassinat de 25 de ses opposants politiques. Fujimori est également connu pour sa répression féroce exercée durant les années 90 contre le mouvement de guérilla Le Sentier lumineux. L’élite fortunée ainsi qu’Alan Garcia ont soutenu Keiko Fujimori lors du second tour pour empêcher la victoire de Humala. Mais en vain. Durant la campagne électorale, le président sortant Garcia n’a même pas osé se présenter dans certaines régions du pays.
Sur le plan international, Humala veut mettre un terme à la politique proaméricaine de ses prédécesseurs. Il entend poursuivre de bonnes relations avec Washington, mais sur un pied d’égalité. Après sa victoire du 5 juin dernier, Humala a entamé un voyage à travers le continent sud-américain, avec une première étape au Brésil. C’est le 28 juillet prochain qu’Humala prêtera serment en tant que président.
« C’est le début d’une nouvelle ère qui commence »
Pour le Parti communiste du Pérou (PCP), la victoire d’Ollanta Humala est « une victoire sur la peur, l’immobilisme, la mafia et les agissements suspects des conspirateurs au pouvoir ».
Dans son communiqué de presse du 5 juin, le PCP déclare que les forces conservatrices « ont tout misé sur la candidate fujimoriste pour empêcher la victoire d’Ollanta Humala ».
« Avec cette victoire électorale, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre dans l’histoire du pays. Pour la première fois, il est possible de former un gouvernement désireux de véritablement défendre les intérêts nationaux et ceux de la majorité, c’est-à-dire de toutes les personnes que le néolibéralisme et le droit a exclues et privées des avantages qui découlent de la croissance économique.
Nous savons que ce n’est pas facile et que l’administration du pays dépend en grande partie de la manière dont le pouvoir économique réagit. C’est lui le véritable pouvoir et, au second tour, il a tout fait pour rapprocher les forces conservatrices opposées au changement. Nous ne nous faisons pas trop d’illusions, car nous connaissons la nature réactionnaire de la bourgeoisie péruvienne. C’est pourquoi il est de notre devoir et de notre responsabilité politique de nous porter garants du droit de gouverner d’Ollanta Humala.
Le temps est venu de prendre des mesures concrètes pour assurer la mise en application des promesses électorales : fixer l’âge de la pension à 65 ans, augmenter le salaire minimum, attaquer de front la corruption, créer des emplois, promulguer une nouvelle loi sur le travail, abolir les contrats temporaires, lancer une réforme fiscale, taxer les super profits des entreprises minières, renforcer la démocratie, engager un dialogue permanent avec le peuple, etc.
Tel est donc l’engagement pris par les communistes : s’assurer que les promesses électorales pour lesquelles le peuple péruvien a voté deviennent réalité. »