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20 décembre 2011 17:24 | Il y a : 156  jour(s)
| Thème: Éditorial, Belgique, Pensions

Pensions : renvoyer ce plat en cuisine !

David Pestieau

« Tout le monde sait bien qu’aujourd’hui, retarder le départ à la retraite des seniors va aussi retarder l’arrivée des jeunes sur le marché de l’emploi », selon le professeur de l’UCL Jean Hindriks. (Photo tomek.pl, via Flickr)

« Ceci n’est que le hors-d’oeuvre ! »1 Ainsi parle Michel Jadot, ex-président de la Conférence nationale des pensions, sur les lois que fait voter le gouvernement cette semaine au Parlement.

Vous devriez travailler au moins deux ans de plus, voire quatre ou cinq. Vous verriez votre pension diminuée si vous êtes agent de l’État ou si vous n’avez pas travaillé toute votre vie. Mais, pourtant, on vous le dit : « Ceci n’est qu’un hors-d'œuvre » !

« Il n’y a pas moyen de faire autrement dans la situation économique que l’on vit », a affirmé Laurette Onkelinx2. « Même si ça fait mal, il n’y a pas d’alternative, et ceux qui s’opposent à cette réforme sont des conservateurs » est aujourd’hui la pensée dominante sur le sujet. Or tout cela est faux.

D’abord, « tout le monde sait bien qu’aujourd’hui, retarder le départ à la retraite des seniors va aussi retarder l’arrivée des jeunes sur le marché de l’emploi », comme le stipule le professeur de l’UCL Jean Hindriks3, et membre de l’institut libéral Itinera. Car, en effet, avec plus de 600 000 chômeurs, pourquoi devrait-on travailler plus longtemps ? 

Ensuite, travailler plus longtemps est nuisible à la santé. Comme l’a montré l’étude des médecins du PTB : trois travailleurs sur quatre entre 55 et 65 ans souffrent d’au moins une maladie chronique. 

Les restrictions en matière de pensions rapporteront 674 millions d’euros à l’horizon 2014. Si les seuls Mittal et Electrabel payaient l’impôt légal sur le bénéfice des sociétés, cela rapporterait 825 millions d’euros... Un million et demi de gens valent-ils moins que deux sociétés ?

Enfin, les pensions de beaucoup de travailleurs vont encore diminuer. Comment nos anciens vont vivre leurs vieux jours ? Alors que déjà un quart des pensionnés vit sous le seuil de pauvreté... 

Mais il y a pire. On nous fait croire qu’il faudrait allonger les carrières pour assurer l’avenir des pensions. Mais on oublie de dire qui a vidé la caisse de la sécurité sociale. Au fil des années, les gouvernements successifs ont accordé 7 milliards d’euros de baisses de cotisations sociales au patronat. Si cette somme avait été gardée, on ne devrait même pas parler de problème de financement des pensions4.

Les pensions, impayables ? Faux, car si on activait les grandes fortunes de ces vieux riches comme Albert Frère, Étienne Davignon, le baron De Clercq, etc. avec une taxe des millionnaires, cela rapporterait 8 milliards pour le refinancement des pensions et la création d’emplois. Une réforme des pensions qui permette de garder le système de fins de carrière actuel et qui le refinance sérieusement est parfaitement possible. 

C’est le choix contraire qu'opère le gouvernement, qui veut forcer le vote au Parlement ce jeudi. Dans ce coup de force se cache aussi la peur d’un mouvement social de grande ampleur. Maintenant que la lutte a commencé, on ne doit plus lâcher, et continuer. Même si les lois sont votées. Car une loi peut aussi être abrogée. Comme en France, avec le Contrat première embauche (CPE), voté puis supprimé en 2006. Ou la loi Lebrun contre les étudiants du supérieur en 1995 en Belgique francophone, abrogée suite à la pression de la rue. 

Aussi, avec une année qui se termine dans la lutte, je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année. 

1. Sud-Presse, 20 décembre 2011 • 2. RTL-TVI, 19 décembre 2011 • 3. Le Soir, 20 décembre 2011 • 4. Pour en savoir plus : « Pensions : le débat de société », Jo Cottenier, Études Marxistes n°96, décembre 2011, www.marx.be


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