
À l’avenir, le sénateur Frank Vandenbroucke (sp.a) propose de travailler jusqu’à 67 ans pour toucher une retraite complète. Mais les parlementaires touchent 75 % de leur traitement après vingt ans de carrière, payable dès 55 ans, selon Gilbert Swert de l’ACV. (Photo Archives)
Quelle est la portée de la proposition de Franck Vandenbroucke ?
David Para. Vandenbroucke propose que celui qui, à 65 ans, n’aura pas atteint 45 ans de carrière professionnelle puisse continuer à travailler. Cela peut paraître étonnant mais ce système existe déjà. Il est en effet actuellement possible pour les travailleurs et les indépendants de travailler au-delà de l’âge légal de la retraite. Il leur faut bien entendu trouver un emploi qu’ils sont capables d’assumer physiquement.
Si sa proposition correspond au système existant, où se situe le problème ?
David Para. Instaurer un âge flexible de la pension, c’est ouvrir la porte à la suppression de ce que l’on appelle les « périodes assimilées ». Ce sont ces périodes durant lesquelles le salarié ne travaille pas, mais qui entrent tout de même en ligne de compte pour la pension, à savoir les congés maladies, grossesse, congé parental ou congé palliatif, vacances, chômage, invalidité…. C’est un droit pour lequel nos parents se sont durement battus. La FEB, le Voka, la N-VA et l’Open Vld veulent réduire l’impact de ces périodes dans le calcul de la pension. Avec sa proposition pour un âge flexible de la pension, Vandenbroucke adhère entièrement à cette théorie.
S’il voulait instaurer un âge flexible de la pension qui serait équitable, il devrait demander aux salariés de travailler dix ans de moins. C’est en effet la différence entre l’espérance de vie d’un ouvrier et celle d’un employé supérieur ou un cadre.
N’y a-t-il quand même pas une nécessité de répondre au vieillissement de la population ?
David Para. En réalité, cette nouvelle proposition libérale de Vandenbroucke se concentre uniquement sur le vieillissement de la population et passe sous silence la question des salaires. Car la pension est ce que l’on appelle également le salaire reporté. Mais vu que la part des salaires dans le PIB n’a cessé de régresser au cours des trente dernières années (à l’avantage des profits), on se retrouve aujourd’hui face à un sérieux problème pour le paiement des pensions. Le socialiste Vandenbroucke oublie cet aspect du problème. Une plus grande masse salariale est la solution pour assurer le paiement des pensions.
On fait souvent référence au modèle suédois, en quoi cela consiste-t-il exactement ?
David Para. Le modèle suédois transfère en effet le risque financier du paiement des pensions de la société à l’individu. En Suède, les cotisations sociales prélevées sur les salaires pour la pension légale sont bloquées à 18,5 %. Les individus doivent placer une partie (2,5 %) dans des fonds d’assurance privés et ainsi se construire une pension pour l’avenir. Ils ont le choix entre 700 fonds différents ! Si les affaires marchent bien, le pot commun augmente, si au contraire cela va mal, le pot diminue. L’autre partie (à savoir les 16 % restants) sert au paiement des pensions actuelles. Mais, lorsque les revenus ne suffisent pas à couvrir les dépenses, on diminue les pensions. C’est par exemple ce qui s’est produit en 2010. Avec un tel système, ce sont les pensionnés qui supportent directement les conséquences de la crise.
Les politiciens qui, chez nous, plaident pour le modèle suédois feraient bien d’envisager aussi tous les aspects de ce modèle. En effet, la Suède possède un système de soins de santé pour personnes âgées beaucoup plus développé que le nôtre. Et il ne faut pas perdre de vue que pension et soins de santé abordables pour les personnes âgées vont de pair.
Quel est l’âge de la retraite de ceux qui veulent nous faire travailler plus longtemps ?
Gilbert De Swert, aujourd’hui pensionné et l’année dernière encore responsable du bureau d’études de l’ACV (pendant flamand CSC), rédige un ouvrage intitulé Le spectre des pensions, qui paraîtra aux éditions EPO en septembre. La semaine dernière, il a publié un article dans le quotidien De Morgen dans lequel il rappelle à l’ordre ceux-là mêmes qui plaident pour une augmentation de l’âge de la pension à 67 ans ou pour une carrière de 45 ans. En effet, il faut savoir que les parlementaires touchent 75 % de leur traitement après 20 ans de carrière, payable dès 55 ans. La plupart des PDG arrêtent de travailler vers 60 ans, avec une coquette assurance « dirigeant d’entreprise » taxée au minimum. Les carrières de 45 ans sont tout aussi inexistantes chez les cadres de la Commission européenne, de l’OCDE et de la Banque Nationale alors qu’ils nous rabâchent les oreilles avec un allongement des carrières et un relèvement de l’âge légal de la pension. Bref, ces personnes qui veulent que les salariés travaillent 45 ans ou jusqu’à 67 ans ne le font pas elles-mêmes. Pour De Swert, il convient de d’abord traiter tout le monde de façon identique, « et seulement après, on pourra lancer le débat sur les pensions, le travail et les conditions de vie ».