Il y aura des économies dans le secteur des médicaments et dans celui des moyens médicaux. Une première version de la note Di Rupo révélait des mesures qui rejoignaient une certaine application du modèle kiwi. On voulait introduire des systèmes permettant de faire baisser les prix des médicaments et d’en prescrire davantage à plus bas prix. Rentrées estimées : 200 millions d’euros.
Une de ces mesures, c’est le recours à des contrats prix-volume. Cela revient à ce que, par l’achat en grandes quantités, on peut obtenir des prix plus bas. On voulait également appliquer ce système au prix des implants, des moyens médicaux, des appareils auditifs et des appareils orthopédiques. Ici, on répondait même à une exigence de Médecine pour le Peuple. Avec l’application de l’appel public d’offres pour ce matériel médical, on peut réduire de moitié le prix de ces produits. Ainsi, on peut les mettre gratuitement à disposition des patients, sans qu’il en coûte un cent de plus à l’assurance maladie. À l’heure actuelle, les suppléments sur le matériel médical sont l’une des principales raisons pour lesquelles les patients doivent s’endetter afin de pouvoir payer leurs factures d’hôpital.
Dans la version finale de la note Di Rupo, nous ne retrouvons plus rien de tout cela. Toutes ces mesures semblent avoir été remplacées, d’une part, par une baisse imposée des prix de tous les médicaments (en moyenne de 1,95 % à partir du 1er avril 2012) et, d’autre part, par la non-indexation du prix des implants en 2012. Cela nous fait penser à la nuit du 22 mars 2005 quand, au Parlement, un projet de loi kiwi de Demotte, censé rapporter 450 millions d’économies, a été réduit en une légère mousse kiwi. (Voir dossier dans Solidaire n° 45 du 1er décembre)
Le gouvernement Di Rupo veut obliger les entreprises pharmaceutiques à annoncer une baisse de prix dans les pays voisins, afin d’amener cette baisse en Belgique. Si ça devait échouer, les pharmaciens seraient automatiquement obligés de livrer, pour chaque prescription, l’antibiotique ou l’antiacide de la marque la moins chère.
Mais, pour un même médicament mis sur le marché par différentes firmes, on ne veut rembourser qu’en fonction du prix des marques les moins chères. Cela s’appelle un système de remboursement référentiel.
C’est surtout cette dernière mesure qui est dangereuse. Car si, pour un certain médicament, le médecin prescrit une marque plus chère, le patient devra payer de sa poche la différence de prix avec la marque la moins chère. Le gouvernement stipule qu’il va « mieux informer les patients à propos des médicaments bon marché », mais ce sont des fadaises. Ce n’est pas au patient d’entamer la discussion avec son médecin afin que celui-ci lui prescrive une autre marque. Ce n’est même pas au médecin de gaspiller du temps et de l’énergie à chercher sur Internet quelles sont précisément les marques les moins chères. Les prix changent d’ailleurs tous les deux ou trois mois.
C’est aux autorités d’obtenir le meilleur prix via des appels publics d’offres entre plusieurs marques d’un même médicament, ou de médicaments similaires, et de ne rembourser que celui-là. En outre, cela simplifie le travail du médecin, et cela garantit au patient qu’on lui prescrit les meilleurs médicaments. Maintenant, par contre, l’attitude de prescription de la plupart des médecins est déterminée par la force de marketing de l’industrie pharmaceutique.
Cette année encore, dans ce pays, il a été prouvé, avec le vaccin contre le cancer du col de l’utérus, à quel point l’application d’un véritable modèle kiwi pouvait être efficace. Par l’achat selon la procédure kiwi, le prix du vaccin HPV est passé de 375 euros à 52 euros par traitement. Grâce à cela, il peut aujourd’hui être administré gratuitement aux filles de la tranche d'âge concernée dans les écoles. Cette procédure permet à l’INAMI d’économiser 17 millions d’euros par an, et le taux de vaccination s’est élevé à 88 %.
Trois raisons de maintenir la norme de croissance
1. On constate dès à présent qu’un nombre important de besoins criants en soins de santé ne sont pas remboursés.
2. La crise ne fait qu’accroître les carences en soins de santé.
3. Le financement d’un « fonds pour l’avenir » qui permettrait de couvrir le coût grandissant dû au vieillissement de la population.