
Des patients et membres du personnel de la maison médicale de Médecine pour le Peuple de Schaerbeek, La Clé, se sont unis pour organiser un voyage en Palestine. Et un jumelage avec le village de Battir. (Photo Solidaire, Emel Kaplaner)
La solidarité internationale a toujours été au cœur de La Clé, la maison médicale de Médecine pour le peuple à Schaerbeek. Ses médecins ont participé à différentes missions d’observation ou ont soigné Samar, jeune palestinienne de Gaza, paralysée suite aux tirs de militaires israéliens. C’est au cours d’une journée d’information sur la Palestine organisée par La Clé que Dilek, une voisine, a demandé : « Qu’est-ce qu’on peut faire concrètement pour aider les Palestiniens ? » La question a interpellé toute l’équipe de La Clé et du PTB Schaerbeek. L’association palestinienne Health Work Comitees (HWC) cherchait du soutien pour leur centre de santé de Battir situé en Cisjordanie. C’est Fatma, patiente de la maison médicale, qui a proposé : « Réalisons un jumelage. En commençant par organiser un voyage de solidarité ».
Ce voyage, c’est en premier lieu des gens de milieux populaires qui ne se connaissaient pas, d’âges, d’origines et de confessions différentes, qui se sont rendus ensemble dans un pays sous occupation. En anglais, français, arabe ou turc, ils ont cherché à comprendre la situation, à recueillir des témoignages, à prendre des photos… Parmi les souvenirs, il y a certainement Jérusalem, ville unique au monde, abritant les lieux saints des trois grandes religions monothéistes. La vieille ville vit d’ailleurs au rythme de ces cultes. Une certaine communion pourrait même se ressentir s’il n’y avait pas la colonisation israélienne qui met la pression sur chaque maison de la vieille ville et menace des quartiers arabes entiers. La visite d’Hébron a également été intense. Cette ville sainte est devenue le symbole de l’apartheid israélien. Tant la présence militaire et des colons y est importante. Avec ces check-points au cœur de la ville. Avec ces rues réservées aux touristes venus d’Israël et interdites aux Palestiniens. Avec ces grillages protégeant les rez-de-chaussée commerciaux des ordures lancées par les colons israéliens occupant les étages.
Le village de Battir est situé à quelques kilomètres à peine de Jérusalem. Battir a reçu le 24 mai 2011 le prix Unesco pour la sauvegarde des paysages culturels. Pour son témoignage de 4 000 ans de culture en terrasses de la vigne et de l’olivier. Chaque terrasse de terres est accompagnée de canaux d’irrigation et d’autres bâtiments de pierre sèche. Selon l’Unesco, ce patrimoine revêt une valeur universelle exceptionnelle.
L’Unesco n’a pas tort. Battir est l’un des plus beaux villages de Palestine. Mais il est aussi exemplatif de tous les maux qui rongent ce pays. 10 % de ses terres ont été amputées par le tracé de ligne verte (ligne de démarcation de 1949). Des personnes stationnent d’ailleurs au loin sur la colline d’en face. « Des Bédouins, précise Nancy, l’institutrice du village. Payés par Israël pour contrôler la frontière. Si un enfant du village dépasse la ligne verte, des haut-parleurs se mettent en action. Après plusieurs rappels, ils tirent. » Battir est entouré de colonies parmi les plus importantes (Gilo, Betar…). Le village est aussi menacé d’être totalement ceinturé par le mur de séparation construit par Israël. Une partie des terres seraient encore perdues. Pire, le tracé menacerait l’école des garçons du village. Le risque de voir Battir isolé est important. Comme durant la période de la seconde Intifada, où la seule route reliant le village au reste de la Cisjordanie était barrée par un check-point israélien. Cela montre toute l’importance du centre de santé de HWC à Battir, notamment dans le soutien qu’ils ont apporté aux femmes enceintes qui ne pouvaient plus accoucher dans un hôpital des environs. Durant la seconde Intifada, les médecins restaient parfois à Battir jour et nuit.
Paradoxe : malgré cette situation, c’est l’optimisme qui se dégage. Dès l’arrivée à Battir, un petit attroupement s’est formé pour accueillir la délégation belge. « On ressent ici une très grande chaleur, une amabilité et une hospitalité, confie Fatma, nous avons été invités partout ». Par le comité de femmes du village, par les familles, par le directeur de l’école... La visite de cette école constitue d’ailleurs un moment fort du voyage. En raison de la conscience nationale manifestée par les jeunes Palestiniens. « Leur douleur est cachée derrière leur sourire, explique Fatma, à un tel point que, si on ne creuse pas, on ne la voit même pas. »
Le voyage a marqué les esprits de ses participants. « On avait peur d’être triste en partant. Au contraire, les Palestiniens nous ont communiqué une envie de résister », révèle Mustapha. « Leur courage et leur patience aident à vivre », confirme Fatma. Cette attitude est appelée en Palestine le « Soumoud », qui exprime cette force palestinienne alliant patience et résistance. Anissa précise ce sentiment : « J’admire chez eux cette fierté d’être Palestinien malgré la difficulté de leur combat. Ils gardent un mental d’acier et se nourrissent d’espoir. Ils sont convaincus qu’un jour ils vaincront. On dirait que plus Israël leur mettra des bâtons dans les roues, plus leur espoir sera grand. »
Le Dr Claire Gerarts, organisatrice du voyage, l’assure : « Je ressors de ce voyage avec la certitude que le rapport de force va changer. La politique israélienne est tellement réactionnaire. Notre rôle, c’est finalement d’accélérer ce changement de rapport de force… » Le jumelage entre La Clé et le centre de santé de Battir offre des milliers de possibilités d’y contribuer. Parmi les projets, un second voyage avec les patients de la maison médicale est déjà prévu en 2013. Les plus belles photos du voyage seront exposées à La Clé. Une collecte de fonds est organisée pour permettre l’acquisition d’un matériel radiographique par le centre de santé de Battir. Il sera mieux équipé encore pour permettre à ses habitants de continuer à vivre malgré l’oppression.
Compte-rendu du voyage au Nouvel An de La Clé, 29 janvier 2012 à 14 h, à l’école Sainte-Marie La Sagesse, chaussée de Haecht, 164 à 1030 Schaerbeek.
Soutien financier au centre de santé de Battir sur le compte de Médecine pour le Tiers-Monde : 001-1951388-18 avec la mention « Palestine-Battir » (attestation fiscale à partir de 40 euros par an)