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6 décembre 2010 19:09 | Il y a : 1  an(s)
| Thème: International, Pakistan, Environnement

Pakistan :: Fonte des glaciers et intérêts militaires

Le professeur pakistanais Qalandar Bux Memon affirme que les inondations qui ont ravagé son pays l’été dernier résultent du réchauffement du climat mais aussi du pillage du pays par les capitalistes pakistanais et étrangers

Nick Dobbelaere

En juillet dernier, le Pakistan a fait face à des inondations qui ont coûté la vie à des milliers de personnes et ont fait une dizaine de millions de sans-abri. Le professeur Qalandar Bux Memon reproche au gouvernement de son pays sa négligence. L’aide financière est restée bloquée localement à cause de la corruption, et les intérêts militaires américains ont eu la priorité sur les intérêts des citoyens. (Photo IRIN Photos)

Cet été, pour la seconde fois en cinq ans, le Pakistan a été frappé par une catastrophe naturelle. Après le grave tremblement de terre qui, en 2005, avait coûté la vie à plus de 100 000 personnes, ce pays d’Asie a fait face en juillet à des inondations qui ont coûté la vie à des milliers de personnes et ont fait une dizaine de millions de sans-abri.

« Les inondations sont une conséquence de la dégradation du climat. Mais cela est aggravé par les conditions historiques que connaît le pays et par la situation politique actuelle », déclare Qalandar Bux Memon, professeur à l’université de Lahore (deuxième ville du Pakistan) et qui, fin novembre, a été invité en Belgique par le Mouvement climat et justice sociale, pour la manifestation pour le climat et l’Assemblée européenne pour une justice climatique. À la base de ces inondations, le professeur voit cinq facteurs.

Primo, le fleuve Indus, artère vitale du pays, naît de la fonte des glaciers du massif de l’Himalaya. Avec le réchauffement climatique, ces glaciers fondent anormalement vite, ce qui fait qu’une plus grande quantité d’eau coule en un laps de temps plus court. Un milliard d’humains vivent dans des bassins d’origine himalayenne.

Un Indus très boueux

Le deuxième facteur est historique. Quand le Pakistan faisait partie de l’Empire britannique, on a creusé des canaux en travers du cours de l’Indus afin d’irriguer les terres éloignées. Ces canaux d’irrigation ne sont pas pourvus de vannes de fermeture, de sorte que l’eau peut se frayer rapidement un chemin loin de son lit d’origine. En outre, le détournement d’eau pour l’irrigation fait qu’en temps normal moins d’eau s’écoule dans le lit d’été. De ce fait, la boue alluviale ne coule pas jusqu’à la mer, mais se dépose dans le lit. Celui-ci monte de plus en plus, alors l’écoulement est de plus en plus entravé. Jamais le gouvernement n’a cherché de méthode pour creuser à nouveau le lit.

Un troisième facteur est la déforestation. Dans le nord du pays, sur les flancs des montagnes, 5,2 % du pays était couvert de forêts. La plupart de ces forêts ont été déboisées et le bois vendu. Les précipitations ne sont plus des captées par les arbres, elles s’écoulent plus rapidement et érodent les sols. Il y a alors plus de boue dans l’Indus.

Quatrième facteur. Dans le sud, le delta de l’Indus était couvert de mangroves, freinant la montée des eaux venant de la mer d’Oman et de l’océan Indien. Pour des raisons commerciales et industrielles, ces forêts ont été abattues. Depuis leur disparition, la marée pénètre bien plus loin dans les terres deux fois par jour. De ce fait, l’écoulement des eaux de fonte et des eaux de pluie venues de l’amont est entravé. Cette eau se cherche une voie vers la mer via les canaux d’irrigation : elle inonde plus facilement des régions plus éloignées du lit du fleuve.

La base militaire épargnée

Un cinquième facteur, enfin, qui a contribué aux inondations résulte clairement de la dégradation du climat : en un jour, il est tombé deux fois plus de pluie qu’il n’en tombe normalement en un an. Le phénomène est lié à la chaleur et à la sécheresse en Russie. Par une modification du jet-stream à très haute altitude dans l’atmosphère, le Pakistan a reçu la pluie qui, normalement, devait tomber en Russie.

Le professeur Qalandar Bux Memon reproche au gouvernement de son pays sa négligence. L’aide financière est restée bloquée localement à cause de la corruption et les intérêts militaires américains ont eu la priorité sur les intérêts des citoyens. « À un moment, il a fallu faire le choix : ou sacrifier une base militaire, ou laisser l’inondation gagner toute une zone habitée », raconte-t-il. « La base militaire a été épargnée et l’eau détournée sur une zone où vivaient 600 000 personnes. Et la demande de faire intervenir des hélicoptères américains pour aider l’Afghanistan a été rejetée. Plus grave encore, les Américains ont exercé des pressions afin de maintenir les troupes pakistanaises en Afghanistan au combat contre les Taliban au lieu de les envoyer au Pakistan afin d’appuyer les secours. » 


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