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15 mars 2011 17:50 | Il y a : 1  an(s)
| Thème: Belgique, Union européenne, Dossier crise, Belgique, Campagne pouvoir d'achat, Pensions

Pacte pour l’euro :: Mettre le roi Sarkozy et la reine Merkel en échec

Question à un euro : qu’est-ce qui est dangereux pour votre salaire, nuisible pour votre pension, mauvais pour votre emploi ? Le Pacte pour l’euro que Merkel, Sarkozy & Co veulent imposer à tous les pays de l’Union européenne.

David Pestieau

Sarkozy et Merkel veulent imposer leurs vues à toute l’Union européenne : ils visent nos salaires et nos pensions. Alors que les entreprises font de gros bénéfices, nous refusons de payer l'austérité. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

L’Union européenne, c’est comme le monoxyde de carbone : on ne la voit pas, on ne la sent pas, mais elle peut avoir, l’air de rien, des conséquences terribles sur nos vies. Depuis la crise grecque du début 2010, l’Union européenne, Allemagne en tête, impose au pas de charge réforme sur réforme. Elle vient encore de le démontrer à l’issue du sommet du 11 mars.

Place désormais à la « gouvernance économique » : plus question de simples recommandations, voire d’orientations de la Commission européenne pour les politiques nationales. Budgets nationaux, salaires, emplois, pensions : tout passera par la surveillance étroite de la Commission européenne, chargée de contrôler les engagements concrets des États. Avec sanctions à la clé. Joëlle Milquet, ministre belge de l’Emploi, le reconnaît : « On vit depuis quelques mois une mutation majeure. Ces nouveaux règlements, le nouveau rôle attribué aux conseils européens qui donneront des injonctions impératives aux États membres… Les États membres risquent d’être dépossédés de leurs volants économiques. »1

Vous a-t-on demandé votre avis ?

« Lorsque la Commission européenne entame les travaux portant sur une nouvelle initiative politique ou qu’elle souhaite procéder à une révision de la législation en vigueur, elle lance généralement une consultation publique sur le sujet », dit le site officiel de l’Union européenne. Vraiment ? Vous a-t-on demandé votre avis sur la gouvernance économique ? C’est un véritable coup d’État : le parlement belge se voit dépossédé des maigres pouvoirs de contrôle qu’il a sur notre gouvernement, qui devient de plus en plus l’exécuteur des décisions du Conseil européen.

Ceci dit, le sommet du 11 mars a quand même mis des gants : le pacte pour l’euro dont il a accouché est loin des diktats du pacte pour la compétitivité proposé par Merkel et Sarkozy début février. On en laisse l’application aux États membres, « dans le respect des traditions nationales de dialogue social et de relations avec les partenaires sociaux ». On y a donc mis les formes. Mais les idées clés du couple infernal Merkel-Sarkozy sont restées.

• Salaires
Les salaires sont dans le collimateur, en particulier l’index qui n’est nullement sauvé, contrairement à ce qu’affirmait Leterme au soir du sommet. On devra « accorder une attention particulière » à « réexaminer les dispositifs de fixation des salaires (…) ainsi que les mécanismes d’indexation ». Après le sommet du 24 mars qui doit avaliser ce pacte, « en juin, ce sera au tour des recommandations, pays par pays. On y risque une nouvelle remise en cause de notre système d’indexation », avoue Milquet.

• Pensions
« Il faut adapter le système de retraite à la situation démographique, par exemple en adaptant l’âge réel de la retraite à l’espérance de vie » et « limiter les régimes de préretraite ». Traduction pour la Belgique : fin de presque toute forme de prépension ou de pension anticipée. Tout ceci est mis sous le chapitre de « viabilité des finances publiques », dans lequel on ne trouve pas l’impôt sur les fortunes, ni la fin des avantages fiscaux aux entreprises. Au contraire, l’Union européenne promet de nouvelles baisses de cotisations patronales, baisses qui devront être compensées afin de « préserver le niveau global des recettes fiscales ». Autrement dit, attendons-nous à des nouveaux impôts, probablement sur la consommation (accises, TVA, … ).

• Flexibilité
Les emplois précaires risquent de se généraliser avec « les réformes du marché du travail destinées à favoriser la flexicurité », autrement dit la flexibilité.

Le 24 mars, pour un pacte de solidarité

Pour les travailleurs, qui réclament depuis plusieurs semaines une véritable hausse des salaires dans le cadre de l’accord interprofessionnel, la phase d’alerte rouge est atteinte. Contre les ordres de Merkel et Sarkozy, mais aussi contre tous ceux qui veulent présenter des manipulations ou des sauts d’index comme solutions de rechange. Le 24 mars, les syndicats belges et européens marqueront le coup en organisant un grand rassemblement aux abords du sommet européen. Pas question de laisser l’Union européenne soutenir les multinationales et imposer l’austérité aux travailleurs.

1. Le Soir, 14 mars 2011

Le 24 mars, rendez-vous à 10 h 30, rue de la Loi (métro Maelbeek)

 


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