
D’ici au 30 juin, 1 250 des 2 298 travailleurs doivent quitter l’usine d’Opel Anvers. En compensation, ils reçoivent une prime ridicule. Comment, dans une région où des milliers d’emplois ont disparu, une prime de quelques milliers d’euros peut-elle apporter le moindre soulagement à un jeune ? (Photo Solidaire, Peter Vanloffelt)
« Pour la direction de General Motors (GM), il semble que tout aille pour le mieux, les affaires continuent comme si de rien n’était, elle s’en met plein les poches tout en réduisant son personnel à la misère », lance Wouter Van Damme. « Voici quelques jours, GM a payé d’un coup 9 millions de dollars à son PDG Ed Whitacre. Fritz Henderson, administrateur délégué licencié début décembre 2009, est finalement resté en service en tant que « consultant indépendant », ce qui lui rapporte 59 000 dollars par mois. Dans le monde entier, le petit personnel doit faire ceinture ou s’en aller. À Anvers, 1 250 personnes se retrouvent sans boulot et, en échange, on leur refile une prime ridicule. »
La prime est inférieure à la prime de départ versée en 2007, ce qui n’empêche pas la porte-parole d’Opel Anvers de prétendre qu’il s’agit d’un « accord équilibré ». Ah ?! Sans doute, si on le compare à ce que Whitacre et Henderson s’octroient… Puis, la situation actuelle est différente de celle de 2007. Anvers mérite même le titre de « champion des licenciements collectifs », écrivait De Tijd, le 2 février. Depuis le début de la crise, plus de 400 entreprises de la région ont déjà capoté. Anvers se mue en un réel cimetière social. Comment, dans une région où des milliers d’emplois ont disparu, une prime de quelques milliers d’euros peut-elle apporter le moindre soulagement à un jeune ? Plus que jamais, le meilleur plan social, c’est le maintien de l’emploi.
Où est Kris Peeters ?
« L’an dernier, Kris Peeters avait interrompu son voyage vers la lointaine Amérique pour discuter d’Opel avec les ministres européens. Où se cache-t-il aujourd’hui ? », s’interroge Wouter Van Damme. « Il prétend qu’il s’occupe de cette affaire, non ? Lors du débat parlementaire sur Opel, le 25 janvier, il se disait encore convaincu que ce n’était pas une cause perdue, vu qu’on avait demandé des compensations à certains pays européens afin de fermer dans d’autres États membres. La direction de GM demande toujours 1,8 milliard d’euros de soutien de la part des États membres de l’Europe – des 3,7 milliards d’euros au total que GM estimait nécessaires pour la restructuration d’Opel. Pour le PTB, il est inadmissible que l’argent de l’État serve à fermer des usines. Cet argent sert à assurer les emplois et à en créer d’autres ! »
Cette politique où les États sont là pour assurer les dividendes des actionnaires et n’offrent aucune garantie pour les emplois des travailleurs doit être abandonnée une fois pour toutes. Le PTB estime non seulement que les subventions publiques européennes à GM doivent cesser, mais aussi qu’il faut mettre GM sous pression pour qu’il restitue tous les cadeaux qu’il a reçus. Subsides à l’investissement, intérêts notionnels, exemptions d’impôts pour les centres de coordination, réduction des charges salariales pour le travail en équipe, réduction des coûts salariaux… Il s’agit de centaines de millions par an, que les gouvernements flamand et fédéral doivent exiger. À moins que GM ne renonce à sa restructuration.
Quoi qu’il en soit, le PTB continue à soutenir les travailleurs d’Opel et des entreprises de sous-traitance dans leur lutte pour leurs emplois et leurs primes.
L’accord social: Qu’y trouve-t-on?
Les syndicats et la direction d’Opel ont convenu d’un accord social pour les travailleurs du constructeur automobile. Jeudi ou lundi, l’accord sera présenté aux travailleurs.
Qu’est-ce qu’on trouve dans cet accord qui n’est pas défendu par les syndicats ? Eh bien, les travailleurs d’Opel peuvent prendre leur prépension à partir de 50 ans. Ils peuvent choisir entre une prime unique ou un appoint mensuel en sus de leur indemnité. Ceux qui ne vont pas en prépension reçoivent une prime de départ en fonction de l’ancienneté, du revenu et de l’âge.
Un travailleur de 30 ans qui a travaillé 5 ans chez Opel à un salaire de 14,59 euros de l'heure, recevra une prime brute de 12 249 euros.
Pour le 30 juin, 1 250 travailleurs doivent quitter l’usine. Le reste des 2 298 travailleurs pourront encore rester quelques temps. Opel a encore le temps jusque fin septembre de chercher un repreneur. S’il n’en trouve pas, l’usine fermera définitivement ses portes fin décembre. Si elle en trouve un, les travailleurs encore présents pourront continuer à travailler pour GM jusque fin décembre. Si le repreneur ne provient pas du secteur automobile, les travailleurs recevront une prime complète. Et si le repreneur est actif dans le secteur automobile, les travailleurs auront droit à un tiers de la prime. (ND)
Sources : Gazet van Antwerpen et DeWereldMorgen.be