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24 août 2011 14:40 | Il y a : 183  jour(s)
| Thème: International, Royaume-Uni, Pauvreté/Riches, Dossier crise

« On n'a pas fini d'entendre parler des émeutiers anglais »

Bruno Stas, militant de Comac, mouvement de jeunes du PTB, est parti deux jours dans la capitale anglaise afin de visiter les quartiers où les émeutes ont fait des ravages. Et surtout comprendre les événements des dernières semaines. Carnet de bord.

Bruno Stas

Façade brûlée à Croydon

Foot locker brûlé à Croydon

Affiche de soutien à un magasin brûlé à Hackney

Magasin brûlé à Hackney

Affiche contre le gouvernement Cameron à Hackney

Mick Carty (YCL)

11h30. Je suis à Londres depuis quelques minutes seulement, mais mon périple commence fort. Mick, mon contact sur place, du YCL, le mouvement de jeunes du Parti Communiste de Grande-Bretagne, m'a arrangé un rendez-vous avec le président de la RMT, le syndicat des transports. Un des syndicats les plus combatifs du pays. Cette rencontre est fort instructive et répond à pas mal de mes questions (voir l’interview ici).

L'après-midi commence par une visite de deux quartiers où des émeutes ont eu lieu, Croydon et Brixton. À Brixton, tous les rez-de-chaussée sont occupés par des commerces, parfois de moins d'un mètre carré. Mais aucun ne porte de stigmates des violences. Le seul bâtiment qui semble touché, et surveillé de près par les fameux bobbies (policiers anglais) pendant que les ouvriers communaux réparent comme ils peuvent les dégâts, est le Foot Locker local. La précarité est visible à l'œil nu ici, et sur la route, nous croisons plusieurs travailleurs dont le seul job est de tenir une pancarte indiquant un magasin un peu plus loin. Les plus chanceux ont un parapluie pour se protéger de la colère du ciel anglais.

 

18h. Nous nous rendons maintenant dans un des quartiers où les émeutes ont été le plus violente, Hackney, pour y rencontrer Kevin, un travailleur social dans un foyer de sans abris. Il y habite un des nombreux blocs de logements sociaux, depuis 30 ans. Il m'explique que depuis peu, les nouveaux bénéficiaires d'un tel logement peuvent y rester pour une durée maximale de deux ans. La propriété a en fait changé. Appartenant autrefois aux autorités locales, ils ont été cédés à un fonds d'investissement américain qui en a profité, la première année où cela leur était possible, pour augmenter tous les loyers de 20 %. « On nous fait passer pour des profiteurs, parce que nous habitons dans des logements sociaux. La vérité est qu'aucun de mes voisins n'est au chômage, ils travaillent tous. Ils gagnent peu, certes, mais cela ne fait pas d'eux des profiteurs ».

Ici, tout le monde comprend les émeutes, me dit-il, la colère à la base de ces violences n'est étrangère pour personne. Mais la manière est reprochée. La colère, le ressentiment vont grandissant dans ces quartiers. Non seulement il est difficile de trouver un boulot, les indemnités de chômage sont risibles et peu en bénéficient (6 % des habitants de Hackney reçoivent une allocation de chômage, alors qu'ils sont 30 % à être sans emploi1), les mesures d'austérité sont féroces (les budgets sociaux sont les premiers à être sacrifiés), et tous les services locaux sont démantelés : la grande majorité des maisons de quartiers ont été fermées. « Il n'y a plus aucun club de sport ici, alors qu'ils étaient légions il y a 20 ans, la piscine qui coutait moins d'une livre (un peu plus d'un euro) coûte maintenant plus de 8 livres (9 euros), et les exemples comme celui-ci, j'en ai un camion rempli ».

À Hackney, on construit un nouveau stade, pour les Jeux Olympiques de l'année prochaine. Les investisseurs ont vendu le projet aux habitants en promettant des milliers d'emplois. Résultat ? Deux apprentis originaires de Hackney travaillent à la construction du stade.

L'horizon bouché, chacun se débrouillant avec les moyens du bord pour survivre au quotidien, voilà qui semble caractériser ce que j'ai pu voir lors de cette première journée. Cela se confirme le soir, en discutant avec des habitants dans un des « pubs » du quartier : « La colère on la ressent tous. Ce n'est pas facile tous les jours » me confient plusieurs d'entre eux, mais « ce n'est pas une façon de l'exprimer ». Comment faire alors, leur ai-je demandé ? Mais personne ne semblait savoir...

 

Au matin de cette deuxième journée, un journaliste du Morning Star2 ayant couvert les évènements vient me chercher pour m'emmener dans le centre de Tottenham, où tout a commencé. Sur le chemin il me raconte des anecdotes qu'on lui a rapportées lors de ses interviews. Comme ce témoignage de solidarité de la communauté conservatrice juive locale – une des minorités les plus présentes dans la localité – qui s'organisait afin de distribuer du pain aux émeutiers pendant les échauffourées.

Après avoir dépassé le commissariat où tout a débuté, sur tout le trajet, des magasins occupent ici aussi, tous les rez-de-chaussée sans exception. Sur le chemin, j'ai compté deux supermarchés brûlés, trois échoppes de bookmaker (style Ladbrokes, forts présents) et deux banques. L'odeur de brûlé stagne encore dans l'air, conférant un sentiment particulier

 

Au final, ce que j'aurai retenu c'est le clivage, clairement défini entre deux mondes. Celui de l'apparence, dont les photos et les histoires garnissent tous les quotidiens anglais. Celui dont les scandales de détournement de fonds n'ont quitté la une des journaux anglais que par un heureux hasard de calendrier, laissant leur place aux émeutiers. Et celui, majoritaire, de la classe ouvrière – « working class » - qui doit lutter pour arriver à joindre les deux bouts. Toutes les personnes que j'ai rencontré mon confié la même chose : « On a pas fini d'entendre parler des émeutiers anglais ».

 

1. www.hackney.gov.uk/xp-factsandfigures-employment.htm • 2.  http://www.morningstaronline.co.uk/

 


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