Keny Arkana est née à Marseille fin décembre 1983. Elle rappe ses premiers textes à l’âge de 12 ans devant ses camarades au foyer où elle est placée. Son enfance tumultueuse va forger son moral de battante.
En 2005, elle sort son premier missile L’esquisse. En 2006, son premier album Entre ciment et belle étoile va inscrire son nom dans la short-list des rappeuses contestataires reconnues. Les chansons La Rage ou Ils ont peur de la liberté défient les politiciens, remuent une société conservatrice, véhiculent sa critique du monde actuel. Keny se fait l’écho de la rage du peuple. Elle montre sa sympathie pour les mouvements sociaux. Mais chante aussi son parcours personnel. Je me barre ou Eh connard passe au vitriol son enfance difficile. En 2007, elle sort un mini-CD Désobéissance civile qui appelle à l’action face à l’ordre néolibéral.
En 2011, c’est le retour avec L’esquisse 2. Après trois ans sur les routes de France et d’Amérique latine pour se ressourcer, elle revient incapable de marcher au pas, ne tenant plus en place comme dans le rythme enjoué de A la vibe et mektoub. Dans Buenos Dias, son introduction à son 4ème missile, elle « voit la liberté s’en aller » pendant que « la moitié de la planète crève de faim ». Elle y salue à sa manière la révolte tunisienne « Allez leur dire, pas de ceux qu’on dresse la carotte au bout d’une ficelle, rêvant de chasser les maîtres comme la jeunesse tunisienne ! ». Au final, « tout ce qui est bâti sur l’injustice est voué à s’écrouler ».
Le rap, elle le critique aussi dans son évolution vers le rap business, car elle, elle « rappe avec des principes », pas pour son nombril. Dans une décennie d’un siècle, elle repasse dix ans du nouveau millénaire avec un regard lucide pour dénoncer le tout sécuritaire, le communautarisme, la police qui réprime les jeunes… « Ça fait 10 piges que ça crache sur les muslims, mais si tu critiques le nazisme israélien, on te traitera d’antisémite »
Dans V pour vérités, elle met en scène dans sa chanson un détournement d’un média pour faire passer son message à l’instar du film V pour Vendetta en dénonçant les « mensonges dans la bouche des médias ». Dans Planquez-vous, elle signe un son sur un de ses thèmes traditionnels, son rejet de Sarkozy et de sa police. Finalement, dans Au milieu du chaos, elle se dit « débranchée de vos doctrines où la masse s’crève pour que les autres brillent ». Et lance un appel :
« Qui sera prêt à assumer d’avoir défendu de son âme ?
De nobles principes de vie à l’heure où on écrit son drame
Qui sera prêt à être en paix et même au milieu du chaos ?
Qui gardera la main ouverte malgré un poing levé bien haut ? »
Au milieu du chaos
Déçue des politiciens, elle accueille le printemps arabe avec joie. Elle est touchée de voir un peuple uni se libérer de la peur ! Son prochain album Tout tourne autour du soleil, prévu pour début 2012, tentera peut-être de faire réfléchir l’humain en lequel elle croit sur les moyens de dépasser ses peurs et de faire reculer l’ordre mondial néolibéral. La petite Marseillaise revient inonder de sa fraîcheur le rap français.
Où est passée la solidarité, l’entraide dans nos quartiers ?
Où est passée la tolérance depuis que le zéro est pointé ?
Où est passé la vibe d’avant qui régnait dans nos ruelles ?
Centre-ville, Marseille colonisé par EuroMed
Une décennie d’un siècle
Keny Arkana, L'Esquisse 2, label Because Music, sortit le 23 mai 2011