Une sidérurgie publique est possible dès maintenant
Le vice-président de la Région wallonne, Jean-Claude Marcourt (PS), a soufflé le... chaud et le froid. Le soir de l’annonce, il a d’abord déclaré : « Avec Arcelor-Mittal, il est clair que le chaud à Liège, c’est fini. » Puis, il précisait : « S’ils ne cèdent pas l’outil alors que nous avons un repreneur, nous exigerons le démantèlement, la remise en état et la dépollution du site. » Le lendemain, il affirmait que « la nationalisation est impossible ». Pour le surlendemain, affirmer : « Je n’ai personnellement aucune difficulté idéologique à ce que le repreneur soit les pouvoirs publics. »
Pour Ecolo, il faudra veiller à ce que « le gouvernement wallon prenne toutes les mesures pour venir en aide aux travailleurs ». Comment ? Ecolo ne se positionne pas. Tout juste a-t-il proposé d’ajuster les intérêts notionnels dans le futur. Dans le futur ? Et en quoi cela va-t-il donner de l’emploi aux travailleurs licenciés ? Bernard Wesphael, le chef de groupe au parlement wallon d’Ecolo a déjà plaidé pour « un pôle européen intégré de l’acier qui, [...] harmonisera par le haut les législations nationales et évitera tout dumping en proposant des critères de convergence sociaux et environnementaux. »1
Interdire la recherche du bénéfice maximal
Pour Ecolo, il faut donc coordonner les entreprises privées de la sidérurgie européenne au niveau continental et leur interdire de rechercher le plus grand bénéfice. Autant obliger un tigre à devenir herbivore...
Pour résumer, ni le PS ni Ecolo n’excluent une survie de la sidérurgie liégeoise. Ils ont plutôt l’air de dire que « si ça reste ouvert, tant mieux, et si ça ferme, on essaiera de faire payer Mittal en l’obligeant à dépolluer ».
Abandonner les habits de Saint-Nicolas
Pourtant, il s’agit bel et bien de volonté politique. « On n’a pas donné un franc à Mittal », a osé déclarer Jean-Claude Marcourt. Pas un franc, mais bien plus d’un milliard d’euros ! (Voir ci-contre.) Les politiques doivent abandonner leurs habits de Saint-Nicolas qui offrent des cadeaux fiscaux pour attirer les grandes multinationales. Et Mittal ferme quand même.
Il faut changer de fusil d’épaule et mettre Mittal devant un choix :
Soit, il maintient une sidérurgie intégrée combinant le chaud et le froid. Et il maintient l’emploi. Et il peut le faire en répartissant ses quotas de production sur tous ses sites en Europe. Suivant cette première option, Mittal devrait juste baisser (un peu) son bénéfice.
Soit Mittal refuse de maintenir la phase à chaud, l’État réquisitionne l’ensemble de la sidérurgie liégeoise, y compris la phase à froid. Mittal l’a acheté ? Oui, mais il a reçu tellement de cadeaux fiscaux que l’État a le droit de reprendre Arcelor-Liège et y réinvestir avec l’argent que Monsieur Mittal a pris au contribuable, soit plus d’un milliard d’euros. Cette somme doit être récupérée.
« Impossible pour l’Union européenne », affirme Jean-Claude Marcourt. Faux. La commissaire européenne à la concurrence qui a toujours brandi les directives européennes pour empêcher les nationalisations ou les aides publiques aux entreprises les a subitement levées en 2008 pour permettre aux États européens de venir au secours des banques. Vu la crise, on devrait pouvoir aussi imposer la levée d’une telle interdiction.
1. Parlement wallon, le 13 mars 2009.
Les avantages d’une sidérurgie sous statut public
Face à l’instabilité de l’économie de marché et à la dictature des actionnaires, Le PTB est favorable à la mise sur pied d’une sidérurgie publique.
1. Cette sidérurgie publique ne subira pas cette dictature des actionnaires et pourra se contenter d’un retour sur investissement de quelques pourcents.
2. Elle serait bénéficiaire, vu que les outils actuels sont relativement modernes et qu’ils rapportent encore au groupe énormément de bénéfices. Par exemple, Arcelor Mittal Upstream, société qui comprend uniquement les différents sites de la phase liquide (que Mittal veut fermer), a encore fait un bénéfice de 35 millions d’euros en 2010.
3. Le public est incapable de gérer la sidérurgie, affirment certains. Or c’est Mittal qui n’a pas investi et montre qu’avec le privé, on fonce dans le mur. Précisons que fin des années 1990, la sidérurgie liégeoise était redevenue bénéficiaire quand elle était encore publique et que c’est alors qu’on l’a revendu avec l’accord de tous les partis au Parlement, d’Ecolo au MR (voté le 31 mars 1998, au parlement à Namur)
4. Le groupe de consultance Laplace, spécialisé dans l’analyse du marché sidérurgique mondial, a étudié la possibilité d’une reprise par le public il y a deux ans. Et sa conclusion s’est avérée positive.
5. La sidérurgie liégeoise procure des emplois à 10 000 personnes. Ce sont 10 000 personnes qui consommeront plus qu’avec une allocation de survie du chômage. Nationaliser la sidérurgie, c’est garantir que l’économie continue à tourner, et c’est important.
6. L’option de la nationalisation est plus que crédible. La Fabrique nationale (FN) à Herstal appartient à la Région wallonne, et ça tourne. Et en Finlande, le secteur de la sidérurgie est encore (en grande partie) dans les mains de l’État et est performant.