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5 juillet 2011 17:13 | Il y a : 324  jour(s)
| Thème: En direct des entreprises, Belgique, Sidérurgie - Non ferro, Chimie/Pétrole, AIP, Syndical

Négociations salariales :: Le carcan peut encore sauter

Les syndicats l’avaient annoncé après le « désaccord » interprofessionnel (AIP) : vu la bonne santé des grands secteurs économiques, l’objectif serait de faire sauter le carcan de 0,3 % d’augmentation salariale imposé par le gouvernement. Petit tour d’horizon.

Alice Bernard

Vu les plantureux bénéfices du secteur, les travailleurs du pétrole exigent plus que 0,3 % d'augmentation.Après la journée d'action du 31 mai, les négociations reprendront en septembre. (Photo Solidaire, Ward Coenegrachts)

Les négociations sectorielles touchent à leur fin. Il faut bien reconnaître que, globalement, les conventions conclues restent dans le cadre de la norme. Ce qui ne veut pas dire que les discussions ont été faciles. Les employeurs ambitionnaient des mesures draconiennes. Ils plaidaient pour le démantèlement de l’index et des prépensions. Ils demandaient aussi encore plus de flexibilité. Finalement, dans l’ensemble des secteurs, le système d’indexation reste inchangé et tous les systèmes de prépension sont maintenus. 

Mais si les prix continuent d’augmenter, se plaignent les PDG, l’index va suivre et donc les salaires seront encore une fois plus élevés que chez nos voisins. Pourquoi faudrait-il accorder des augmentations supplémentaires ?

Parce que vos bénéfices ont bien mieux progressé que les salaires, ont répondu les syndicats. Le journal Le Soir a calculé que, depuis 2006, les patrons ont augmenté leur pouvoir d’achat de 15 à 20 %. Et les travailleurs n’auraient que 0,3 % ? C’est injuste. Les patrons ont alors proposé toutes sortes de formules pour éviter des augmentations de salaire brut : bonus, primes, écochèques,…

L’index aussi a subi pas mal d’assauts patronaux. Ainsi dans les banques : « Toutes les possibilités de manipulation de l’index ont été passées en revue » dit Stefaan Decock, secrétaire national de la LBC-NVK Finances (CNE néerlandophone). Mais « l’attaque sur l’index a été évitée. C’est la meilleure manière de conserver le pouvoir d’achat que nous pouvons donner au personnel ». 

Métal : AIP légèrement dépassé

Dans le métal, les négociations ont finalement abouti à des accords qui vont plus loin que le projet d’AIP. Ainsi, en plus de l’index et des 0,3%, il sera possible de négocier par entreprise le « rebrutage » des 250 € d’écochèques et de négocier au niveau provincial l’affectation d’une augmentation de 2 x 0,1 % de la contribution au fonds de pension. 

Gardiennage : il a fallu montrer les dents

Face à l’arrogance des patrons, les travailleurs du secteur ont mené des actions dans tout le pays. Il y aura finalement augmentation du remboursement des frais de déplacement, de l’indemnité de chômage économique, de la prime d’ancienneté et allongement de 15 %  des délais de préavis ouvriers. Mais il reste un goût amer concernant le manque d’augmentation salariale en brut. Ce qui fait que l’accord n’a été approuvé que difficilement.  

Pétrole : la colère n’est pas encore calmée

L’insatisfaction est grande chez les travailleurs de l’industrie du pétrole. La fédération patronale ne voulait même pas entamer les discussions. Pourtant, les bénéfices dans le secteur sont faramineux. La rentabilité du capital investi s’élève à 12 %. Sans compter la déduction des intérêts notionnels. Dans le cas d’une entreprise telle que Shell, cela revient à 12 000 euros par employé. Les patrons profitent de l’allègement des charges patronales sans pour autant augmenter l’embauche. Après plusieurs actions et une journée nationale de protestation le 31 mai, les négociations reprendront en septembre. 

Après les secteurs, les entreprises

Fin juin, les travailleurs de l’usine chimique anversoise Evonik ont approuvé une convention qui prévoit une augmentation salariale de 3 %,  au lieu des 0,3 % prévus par la loi. Même chose chez Bayer.

Les 300 employés du producteur de silicone Dow Corning, à Seneffe, ont obtenu une hausse salariale de plus de 4 %, après une grève de sept jours. Les travailleurs qui partent en prépension conserveront 80 % de leur salaire. Quant au crédit-temps, il sera possible dès 50 ans. Chez Solutia, à Gand, l’accord prévoit une hausse du salaire brut de 50 centimes par heure. 

Chez Industeel à Charleroi, tant les employés que les ouvriers obtiennent aussi une augmentation supérieure aux 0,3 %. Les ouvriers réclamaient 1 euro brut sur le salaire horaire. Ce qui est tout à fait possible pour une multinationale qui fait presque 2 milliards de chiffre d’affaires annuel. 

Sanctions ou pas ?

Les accords conclus dans ces entreprises dépassent la norme prévue par le gouvernement. Grosse colère des patrons, mais aussi de la N-VA qui qualifie ces accords de « violation des normes juridiques ». Pourtant, ce parti ne voit aucun inconvénient à ce que des entreprises comme Exxonmobil ou Total paient 0 % d’impôt plutôt que le taux officiel de 33,99 %. Pour la N-VA, le sens de la légalité serait-il à géométrie variable ? 

Si la norme de 0,3 % est dépassée, c’est parce que le rapport de force dans les négociations entre syndicats et patrons le permet. Et on ferait mieux de se préoccuper des augmentations salariales plantureuses des hauts dirigeants, pour lesquelles on est moins regardant et qui enlèvent toute crédibilité à la norme salariale. A ne pas oublier pendant les vacances car, dans beaucoup d’entreprises, les négociations commenceront seulement après l’été.

 

 

Statut ouvrier-employé : Ceux d’InBev jouent les pionniers 

L’harmonisation des statuts ouvrier et employé était l’autre grand volet de l’accord interprofessionnel. Les travailleurs d’AB InBev viennent de poser un jalon important : les ouvriers auront les mêmes préavis que les employés.  

Tout a commencé début 2010 : la direction du n°1 mondial de la bière annonce le licenciement de 800 personnes, dont 300 en Belgique. Les travailleurs réagissent au quart de tour et bloquent la production pendant 15 jours. Comment accepter que la plus grosse fortune de Belgique jette ainsi des travailleurs à la rue ? Tout ça pour que les administrateurs (dont l’ancien premier ministre Jean-Luc Dehaene) puissent continuer à toucher des millions ? Tout ça pour que le PDG Carlos Brito puisse continuer à gagner chaque année 300 fois plus qu’un ouvrier ? La direction a été obligée de faire marche arrière. Mais elle n’a pas renoncé à son plan de restructuration. Les négociations ont repris et ont duré plus d’un an. 
Finalement, il y aura 170 emplois supprimés au lieu de 300 en Belgique. Essentiellement dans les dépôts et les services administratifs, dont les activités seront délocalisées vers Prague. Les départs se feront sur base volontaire et par le biais de prépensions. Les travailleurs qui restent obtiennent une garantie d’emploi de 3 ans. 
Le plus important à retenir de cet accord est que les travailleurs ont obtenu les mêmes conditions de départ pour tous, ouvriers et employés. Les prépensionnés auront droit à trois mois de préavis par tranche de cinq ans de travail et ceux qui quittent volontairement l’entreprise auront un mois de préavis par année d’ancienneté. (AB)

 


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