
Les chutes de neige ont paralysé la mobilité de nombreuses personnes. Une situation qui aurait pu être évitée… (Photo Flickr, Myben.be)
Les conditions hivernales que nous avons connues ont été exceptionnelles pour une grande partie de notre pays. Mais si une belle pagaille est inévitable durant les fortes chutes de neige, la situation devrait être rétablie assez rapidement si on y met les moyens. Or, les jours de fortes chutes de neige ont été limités (les 16, 19 et 23 pour la fin décembre). Pourtant, de nombreuses voiries communales sont restées blanches pendant près de deux semaines. Nous avons interviewé Thierry Warmoes, président de la section namuroise du PTB, pour revenir ce qui aurait pu, aurait du être fait.
Est-ce que les communes auraient pu prévoir ces chutes de neige ?
Thierry Warmoes. Les climatologues prédisent des hivers plus rigoureux durant les décennies à venir. On aura donc plus de neige et plus de températures négatives. C’est un des effets paradoxaux du changement climatique. Les communes doivent donc s’équiper en conséquence, car la sécurisation des voies publiques est une obligation légale pour elles. Et les citoyens, qui paient des taxes communales, ont le droit d’exiger un bon service public de déneigement.
On ne peut donc pas accepter qu’on laisse les populations à l’abandon pendant une période aussi longue. Nous avons calculé qu’au moins un tiers de la population de la commune – soit 35 à 45.000 personnes - n’a pas eu accès aux transports en commun durant les deux dernières semaines de décembre.
Que proposez-vous faire pour améliorer la situation ?
Thierry Warmoes. Les conseillers communaux PTB+ Hans Krammisch de Seraing et Johan Vandepaer de Herstal ont interpellé leur Conseil communal sur le sujet. Nous en avons fait de même. Nous revendiquons un déneigement total des itinéraires empruntés par les bus du TEC. Car c’est la circulation des bus qui permet à de nombreuses personnes – surtout âgées, jeunes et issues des milieux moins favorisés – de se rendre au travail ou à l’école, ou à faire des courses. Nombre de travailleurs du secteur privé ne peuvent en effet se permettre des retards (sous peine de perte de salaire ou de jours de congé, voire même de licenciement).
Pour chaque commune, il faut un plan neige, soumis pour consultation aux populations concernées. Il s’agit de délimiter les voiries à déneiger en priorité, mais aussi de se doter des moyens nécessaires pour faire face à des situations exceptionnelles : véhicules de déneigement, lames, mais aussi camions et bulldozers pour évacuer la neige en dehors des voiries. Il faut donc prévoir le personnel à libérer pour cela.
Pendant les chutes de neige, le sel a manqué...
Thierry Warmoes. De nombreuses communes sont tombées à court de sel. En cause : les entreprises privées qui ont le monopole de la vente de sel en Belgique : Esco et Willems. Ces entreprises n’ont pas été capables de suivre la demande en sel. Une nouvelle preuve qu’on ne peut laisser dépendre des tâches aussi essentielles des entreprises privées.
Les communes doivent dès l’été constituer des stocks suffisants de sel en faisant des achats groupés avec les gestionnaires des voies nationales et régionales (les Régions flamande, bruxelloise et wallonne). Ensemble, elles doivent pouvoir obtenir des prix avantageux auprès des fournisseurs et bénéficier en plus des ristournes accordées en été.
Qu’ont fait les élus locaux ?
Thierry Warmoes. Certains politiciens comme le bourgmestre de Namur ont fui leur responsabilité en appelant à la solidarité entre citoyens, ou en prônant l’utilisation (obligatoire ou non) de pneus neige. Mais les pneus neige coûtent cher, et on oublie ceux qui n’ont pas de voiture : piétons, cyclistes, personnes âgées, jeunes…
Le PTB demande aussi qu’on investisse dans des moyens pour déneiger efficacement les trottoirs et les pistes cyclables. Ainsi, sur proposition du conseiller communal PTB+ Harrie Dewitte, la ville de Genk s’est dotée l’an dernier d’une brosse à rouleau. Elle déneige très efficacement les pistes cyclables sans un gramme de sel. Coût : 2500 euros.
Face aux interpellations des élus du PTB, bien sûr, tous les partis – opposition et majorité confondues - se devaient d’y aller de leurs propositions et promesses. Mais si, comme à Seraing, on soumet au vote la seule obligation de maintenir les lignes de bus ouvertes à tout prix, alors bien sûr tant la majorité PS que l’opposition MR votent contre.