
Une fanfare avec des Flamands, Wallons et des Français du Nord : « Au début, il y a bien eu un peu de confusion question langues mais, entre-temps, nous avons tous appris à bien parler français, et les francophones parlent aussi le néerlandais. Pour faire de la musique, on n’a pas trop besoin de parler. » (Photo Orchestre International du Vetex)
Depuis que nous les avons vus sur la Sint-Jacobsplein noire de monde, lors des Fêtes de Gand, devant un public extatique, nous savons qu’il ne faut les manquer sous aucun prétexte à ManiFiesta, le samedi 24 septembre entre 14 h 15 et 15 h 15. L’Orchestre International du Vetex, composé de nombreux musiciens (15 à 25), joue de la « musique des Balkans », mais cette étiquette est franchement réductrice. L’Orchestre est certes festif, mais aussi mélancolique ; international, mais aussi belge ; musique des Balkans, mais aussi samba.
Trois heures avant leur concert gantois, je rencontre Tobe (joueur de trombone) et Boergie (trombone et cornet ténor) à une terrasse devant trois eaux pétillantes – preuve de sérieux… « Nous ne sommes vraiment pas un groupe balkanique au sens étroit du terme, lance Boergie. Nous nous basons certes sur la musique de l’Europe de l’est, mais nous jouons de tout – parfois un petit reggae, une valse ou un slow -, avec beaucoup d’instruments à vent. »
Cela ne doit pas être une sinécure de rassembler tout le monde pour les répétitions et les concerts.
Boergie. C’est toute une organisation, mais nous avons un management fantastique à cet effet, qui règle tout pour nous. On ne doit pas s’occuper de l’administration, et le planning est toujours parfait.
Orchestre International du Vetex est un nom original. D’où provient-il ?
Boergie. Le Vetex est en fait une ancienne usine textile de Courtrai. Il y a quelques années, il y avait plusieurs projets sociaux dans ce quartier. Pour l’un d’entre eux, il a fallu une fanfare. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une fanfare de quartier. Au début, le projet ne devait durer qu’un trimestre, mais nous avons eu de plus en plus de demandes pour des concerts. Et voilà, sept ans plus tard, nous sommes toujours là.
Et vous-mêmes, avez-vous un lien avec ce quartier ?
Boergie. J’y habite. Ce quartier est en train de rajeunir, une nouvelle génération vient s’y installer, des gens de toutes les couches de la société. Quand je vais à la boulangerie, je fais la file tant avec Mohammed qu’avec Georges. Ce n’est pas un ghetto de riches, comme on voit souvent dans des quartiers « rénovés ».
Tobe. Je suis d’Anvers, mais c’est dans ce quartier que j’ai trouvé ma femme. Donc, oui, il y a bien un lien ! (Rires).
Vous êtes devenus bien plus qu’une fanfare de quartier. Vous jouez partout en Europe.
Boergie. On peut bien sûr se dire que nous allons nous focaliser sur la Belgique, mais notre pays est très petit et, en tant que groupe, il est important pour nous de voyager, de pouvoir partir en tournée, ainsi nous apprenons d’autres choses. A l’étranger, nous nous sentons bien, nous vivons notre aventure. On remplit nos valises de nouvelle inspiration et de courage pour écrire de nouvelles musiques.
Tobe. Lorsqu’un groupe grandit, cela va de soi d’aller à l’étranger. Si, en plus, notre musique plaît à tout le monde, oui, on peut aller partout et faire la fête.
Vous êtes allés enregistrer votre nouveau CD, Total Tajine, en Serbie. N’y a-t-il pas de bons studios ici ?
Tobe. Oui, mais ils sont beaucoup beaucoup plus chers. Là-bas, pour le même montant, on peut consacrer plus de temps aux enregistrements. Ce qui est chouette, c’est que tout le groupe se retrouve dans un seul endroit, avec un seul but : enregistrer l’album. On n’est pas dérangés par toutes sortes d’obligations quotidiennes. C’est du travail très agréable.
Boergie. Il y a quelque temps, nous avons entamé un projet d’échanges avec des musiciens des Balkans. C’est donc aussi un choix de travailler avec des musiciens de Serbie, de Bosnie…
Tobe. En tout cas, nous sommes contents du résultat. C’est un album pour danser, avec également davantage de morceaux plus sobres.
L’Orchestre International du Vetex ne franchit pas seulement les frontières au plan musical. Vos musiciens sont flamands, wallons et du Nord de la France.
Boergie. Cela s’est passé naturellement, de manière organique. Ces contacts existaient déjà auparavant. Et il faut bien dire que cela n’a pas été un choc culturel, bien au contraire. La mayonnaise a pris étonnamment vite. Au début, il y a bien eu un peu de confusion question langues mais, entre-temps, nous avons tous appris à parler bien français, et les francophones parlent aussi le néerlandais. Pour faire de la musique, on n’a pas trop besoin de parler. L’alchimie doit juste passer.
C’est la preuve vivante que francophones et néerlandophones peuvent parfaitement travailler ensemble.
Tobe. Sans aucun doute.
Boergie. A l’étranger, les gens sont parfois surpris que nous nous entendions si bien. Ils pensent parfois qu’ici, en Belgique, c’est la guerre civile et, donc, cela les étonne que nous, Flamands, nous parlions français. Mais cela n’a jamais été un problème pour nous. Je pense que nos politiciens auraient beaucoup à apprendre des collaborations dans le domaine culturel.
En fait, c’est la même chose pour tout. Il faut essayer de voir le meilleur dans chacun et trouver le plus grand dénominateur commun pour travailler ensemble. Si nous pouvons collaborer avec des musiciens anversois, pourquoi cela ne serait-il pas possible avec des Wallons et des Français du Nord ? (Rires).
En septembre, vous viendrez jouer à ManiFiesta, la fête de la solidarité qui réunit Wallons, Flamands et Bruxellois. Que pensez-vous de ce concept ?
Boeigie. Ça, c’est une bonne chose.
Tobe. Oui, super.
Boegie. Dans la musique et les arts, c’est bien plus courant que les gens venus de partout travaillent et fassent la fête ensemble. Dans d’autres milieux, il y a plus souvent des disputes, ou on cherche des conflits qui, en fait, n’existent pas. Lorsqu’on danse et qu’on fait la fête, la provenance, la langue, la culture ou la religion des gens n’ont aucune importance.
L’Orchestre International du Vetex se produira le 24 septembre à ManiFiesta, à 14 h 15.