Avec ces phrases critiques sur la Commission, le 12 janvier dernier, Paul Magnette a été présenté comme « populiste », « euro-sceptique », « indigne » par tous les tenants de la pensée unique. Visiblement, ils ont tous peur du débat. Bart De Wever a été jusqu’à dire que Magnette s’opposait à l’Europe alors que Magnette critiquait... la politique de la Commission européenne. Une institution peu démocratique : non élue, ces membres sont désignés par les États, mais exercent des pouvoirs comme une institution ayant des « pouvoirs spéciaux » quasiment illimités, comme l’a encore montré l’intervention d’Olli Rehn. On ne peut qu’être d’accord avec Magnette quand il affirme qu’« il y a beaucoup d’hommes politiques qui se cachent derrière la Commission pour faire passer des réformes de droite sans l’assumer ».
Mais la critique de Magnette (dont la sortie a été concertée avec Di Rupo) n’est pas très conséquente.
D’abord, le PS choisit quand même d’appliquer une politique qu’il prétend ne pas défendre. Magnette déclare ainsi : « On doit prendre nos responsabilités, appliquer la rigueur et appliquer des réformes économiques difficiles. C’est la Commission européenne qui impose cela. » Donc le PS va quand même faire le sale boulot.
Ensuite, au lieu de placer l’espoir du monde du travail à changer le rapport de forces dans les rues, Magnette nous demande d’attendre les élections et l’alternance en France et en Allemagne : « On espère beaucoup une alternance politique en France en 2012, en 2013 en Allemagne, et en 2014 une élection européenne qui changera la donne. On espère ensuite une reprise économique pour envisager une autre politique dès 2015. » Drôle de perspective. Est-ce que Schröder et Jospin ont fait la différence entre 1998 et 2002 quand ils dirigeaient les deux principaux États européens et que 11 des 15 pays européens étaient gouvernés par des socialistes ? Peut-on espérer, s’il est élu, que François Hollande, qui s’inscrit sur les traces de Dominique Strauss-Kahn, fera une autre politique ? Et comment espérer une reprise économique en 2015 avec la politique suivie actuellement ?
Enfin, peut-on le suivre quand il affirme qu’« il faut que nous démontrions en Belgique, mais aussi à l’Europe, qu’une autre politique de rigueur sociale est possible » ? N’est-ce pas ce que Zapatero, Papandréou et Socrates ont essayé de montrer en Espagne, Grèce et Portugal, avec l’échec que l’on connaît ? Est-ce qu’on peut faire une politique de rigueur de gauche dans la structure actuelle de l’Union européenne dont le moteur est la concurrence et l’inégalité ?