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8 février 2012 14:00 | Il y a : 106  jour(s)
| Thème: Belgique, Belgique, Logement, Pauvreté/Riches

« Ma seule adresse, c’est le parc »

Fazal Ghani a 23 ans. Il est ici depuis près de deux mois. Il vient d’Afghanistan. Pour arriver en Belgique, il a voyagé pendant trois mois, traversant les montagnes dans des camions. Il vit aujourd’hui dehors, dans le parc qui fait face à l’Office des étrangers. Rencontre(s)

Riet Dhont

Fazal Ghani a 23 ans. Il est venu d’Afghanistan il y a près de 2 mois. Depuis, il vit dans le parc en face de l’Office des étrangers, à Bruxelles. Dans une cabane qu’il a construite avec ses compagnons d’infortune. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)

La première chose que Fazal a faite a son arrivée, c’est demander l’asile tout de suite. Il a passé une première audition à l’Office des étrangers, chaussée d’Anvers à Bruxelles. Après l’audition, il est allé à Fedasil (Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile), pour demander une place dans un centre en attendant la réponse. Mais Fedasil était complet. « La seule réponse que j’ai reçue était de chercher un avocat. Je l’ai trouvé, dans la région de Gand. »
    Après un mois, Fazal a reçu une réponse négative à sa demande. Entre-temps, il est resté à Bruxelles, mais sans aucune adresse. Un proche lui a conseillé de chercher une petite place dans le parc en face de l’Office.
A quatre dans une cabane, à sept dans une tente
Avec d’autres demandeurs d’asile afghans, il a construit une petite cabane, avec deux lits superposés, et clôturée avec du bois et du plastique. « C’est ma petite maison, dans laquelle nous dormons à 4 personnes. D’autres on trouvé une petite tente igloo, des matelas, où ils dorment à 7. »
Il n’a pas encore reçu une seconde audition, « vu que je n’ai pas d’adresse. Ma seule adresse est le parc. Comment peuvent-ils m’envoyer une lettre de convocation ? »
    Il mange dans le « point soupe » organisé par des ONG, qui distribuent de la soupe, du pain, de l’eau et une tasse de café aux demandeurs d’asile qui viennent de l’Office des étrangers ou de Fedasil.
    La petite salle est remplie quand nous rencontrons les jeunes Afghans. Où vont ils dormir cette nuit ? Dans cette petite tente ? Dans cette petite cabane ? « Nous pouvons, chacun a notre tour, aller dormir dans le nouveau centre organisé par les ONG, à la Gare de l’ouest, à Molenbeek. Mais c’est pour une nuit. Le lendemain, les responsables regardent qui sont les plus vulnérables, et ceux-là peuvent alors aller dormir dans le centre. On doit se présenter à 17 h, et puis on attend de voir qui est sélectionné. On y mange de la soupe, on dort, et puis à 9 h du matin, on doit quitter le centre. Le centre est fermé pendant la journée. Le centre du Samu, géré par le CPAS, n’est pas pour des demandeurs d’asile, mais pour des personnes sans abris. Nous ne pouvons pas y aller. » Son ami ajoute qu’ils ont peur de quitter leur tente ou leur cabane, parce d’autres demandeurs d’asile peuvent alors prendre leur place...
Pris entre deux feux
Fazal a encore sa mère et sa sœur, restées en Afghanistan. Son frère est mort, tué par les Taliban. « En Afghanistan, nous sommes menacés des deux cotés. Mon frère a été tué par des Taliban parce qu’il traduisait pour un soldat écossais. Il travaillait soit-disant pour l’ennemi, les Américains. Mais quand tu es avec les Taliban, alors tu es menacé par les soldats américains, par des troupes de l’Otan. Je l’ai expliqué dans ma première audition, mais j’ai reçu une réponse négative... »
    Son ami, Abdelhadi Fahiri, 34 ans, nous raconte la même chose : « Je travaillais dans une firme qui fabriquait des produits pour les Américains. Alors, nous avons été attaqués par les Taliban. Mais, en même temps, il y avait des bombardements des troupes américaines... Ici, nous vivons pendant la journée dans la rue, aussi le week-end, il n’y a pas d’accueil dans le “point soupe”, alors, rien à manger. Nous n’avons pas d’argent, rien du tout. Nos vêtements viennent de l’église ici à coté... »
    Autour de leur petite maison, nous retrouvons encore d’autres amis à eux, qui se réchauffent un peu dans les rayons de soleil. Abil, avec qui nous avions discuté la veille, nous rejoins, paniqué. Il a accompagné un de ses copains à l’hôpital pour voir un médecin. Ils ont attendu de 9 h jusqu’a 14 h, mais ils n’ont pas pu voir de médecin. Ces gens, très malades, toussent, ont mal à la gorge. Ils confient que c’est surtout vers 5h du matin qu’il fait le plus froid...



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