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6 juillet 2011 10:37 | Il y a : 323  jour(s)
| Thème: Belgique, Congo, PTB

« Ludo nous aidait à trouver la voie de notre révolution »

Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB, a parlé de son expérience au Congo avec Ludo Martens, lors de la commémoration de ce dernier.

Raoul Hedebouw


Chers camarades,
 
J’ai eu le plaisir de travailler avec Ludo deux années durant en république démocratique du Congo. Pendant ces deux années, j’ai pu constater le formidable travail que Ludo a pu abattre au Congo. La semaine passée, je me suis rendu à Kinshasa afin d’assister aux différentes commémorations organisées en son honneur. Et croyez moi bien,  j’y ai vu plus d’un camarade congolais qui avait les larmes aux yeux en apprenant la nouvelle de son décès. Dans la bouche des camarades congolais revennait systématiquement cette phrase : « Ludo était un des nôtres, il était quelqu’un de simple qui savait nous écouter et nous aider à trouver la voie de notre révolution ». Vous savez, tout le monde surnommait Ludo le « mundele congolais ». Mundele étant le synonyme de l’homme blanc. Lorsqu’il est arrivé à Kinshasa en 1998, les services de la présidence lui avaient proposé de venir vivre dans un quartier un peu plus confortable de Kinshasa. Mais Ludo avait poliment refusé, préférant s’installer dans les quartiers populaires comme Matonge, Kasavubu ou Massina. Cela a marqué beaucoup de Congolais.
 
Ces deux années de travail avec Ludo ont aussi été une formidable école pour moi. Ceux et celles qui ont eu l’occasion de travailler avec lui le savent, Ludo n’était pas toujours du type des plus accessibles. Mais quelque chose de  congolais nous a beaucoup rapproché Ludo et moi. Enfin c’était plutôt l’absence de quelque chose. Cette absence, c’était l’absence d’électricité. C’était devenu un vrai rituel. Souvent le soir, nous travaillions chez nous à la maison chacun dans notre chambre sur nos ordinateurs. Et deux soirs sur trois, c’était le même scénario. Vers 20 h 30, coupure électrique. En une seconde, nous voilà plongé dans la plus grande obscurité et en absence de ventilateurs. 5 minutes plus tard, le temps d’allumer une bougie j’entend toquer à ma porte : toc toc toc. J’allais ouvrir et j’avais Ludo devant moi qui me disait : « on va boire une bière ». C’était tout ce que nous pouvions faire dans cette obscurité. Et c’est ainsi que Ludo et moi avons pu aller passer des heures et des heures à refaire le monde, à discuter de la situation congolaise devant quelques bonnes bières congolaises. Depuis, j’ai repris cette tradition de Ludo et je fais mon possible pour être très présent sur les terrasses à Liège.
 
Plus sérieusement, sa méthode de travail était vraiment surprenante et a été une véritable inspiration pour moi.
 
Ludo était un homme ouvert et curieux. Que ce soit des curés, des militaires, des paysannes, des profs d’unifs … Ludo discutait avec tout le monde.  Je n’exagère en rien en disant que chaque jour 15 à 20 personnes différentes passaient voir Ludo pour lui expliquer ce qu’elles pensaient de la situation au congo.
 
Ludo avait un sens de la politique hors pair. Afin de préparer les conférences que je donnais à Kinshasa, j’ai étudié son livre Kabila et la révolution congolaise. Je voudrais aujourd’hui encourager tout le monde à lire ce livre. Le nombre d’applications de la dialectique marxiste y est nombreux et appliqué à une réalité contemporaine. Un seul exemple : Ludo y décrit la pauvreté démocratique de toutes les transitions démocratique organisées par l’occident et y démontre à quelle point la conception des comités de pouvoir populaire impliquait une démocratie nouvelle, une démocratie de classe des travailleurs congolais.
 
Ce qui me frappait aussi, c’est que Ludo était foncièrement un grand optimiste. Optimiste pour deux raisons. Tout d’abord parce qu’il avait l’intime conviction que le 21ème siècle sera celui des révolutions victorieuses des peuples du monde. Son empressement à aller aider les camarades dans ces parties du monde où l’histoire s’accélère, comme ce fût le cas en RDC  fin des années 90 cadre dans cet optimisme. Mais Ludo était aussi optimiste par son attitude à trouver des solutions politiques et organisationnelles concrètes pour résoudre une situation concrète. Je peux vous garantir qu la situation politique au Congo n’était et n’est toujours pas simple. Mais Ludo arrivait à trouver des initiatives qui permettaient de résoudre des problèmes.
 
Finalement, je dois vous avouer aussi que personnellement, j’ai vraiment eu de la chance de pouvoir travailler avec Ludo. Comme jeune cadre, j’ai beaucoup appris à ces côtés. Ludo n’était pas du genre à tenir par la main. 10 jours après mon arrivée, il m’a demandé de donner une conférence sur son livre à l’université de Kinshasa devant 400 étudiants parce qu’il ne pouvait pas y être. Je dois vous avouer que j’ai eu une trouille bleue. Les deux premiers jours, il m’a laissé dans mon coin pour étudier son livre. Puis il est venu me demander si ça allait aller. C’est à ce moment là que j’ai commencé à lui poser des dizaines de questions à laquelle il a répondu une à une pendant des heures. C’est à ce moment là que j’ai compris comment Ludo fonctionnait : il s’attend à ce que les jeunes camarades prennent leur responsabilité en toute autonomie. Et qu’ils viennent eux-mêmes avec leurs questions pour être à la hauteur de leur tâche. C’était parfois un peu sec comme méthode, mais cela m’a beaucoup inspiré dans ma vie militante.
 
Ludo, il est temps de te dire au revoir. Tu nous manqueras. Mais compte sur nous, on continue le combat.
 
 
 


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victor, 01-08-11 16:45:
Ludo etait un fin connaisseur de l'Afrique,il se comprennait très bien les politiciens africains ,mais aussi la strategie des imperialistes et autres neocolonialistes en Afrique.
Il faut reconnaitre que sa mort laissera un vide au sein du PTB notamment en ce qui concerne les questions africaines que peu de cadres comprennent aussi bien que le defunt camarade revolutionnaire.
Reposes en paix Ludo.
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