
LU, Herentals, mercredi 6 octobre. Tant pour l’équipe du matin que pour celle du soir, la détermination pour l’action est très forte. La pression au travail chez LU est incroyablement forte. (Photo Solidaire, Gaston Van Dyck)
Marc Mariën a été remercié sans la moindre explication. Mercredi 6 octobre, soit trois jours plus tard, nous l’avons rencontré au piquet. Il nous explique, plein d’émotion : « Licencié pour mauvaise collaboration, ont-ils écrit sur le C4. Après 28 années de service, à cause d’un ridicule incident qui m’a valu un avertissement. De plus, mon job consiste à lutter contre les parasites, autrement dit, je suis, la plupart du temps, seul pour faire ce travail, je ne reçois de l’aide que très rarement. » L’émotion est aussi perceptible auprès de ses 1 100 collègues en grève par solidarité. Le lendemain, cette solidarité est récompensée lors des négociations entre syndicats et direction. Le délégué principal FGTB, Ludo Driesen, explique : « Marc Mariën ne reviendra plus travailler chez LU, il est muté sur le site de Milka non loin d’ici, aux mêmes conditions que celles de son contrat actuel. Et la direction a promis qu’elle ne tiendrait plus compte des plaintes anonymes dans sa politique de sanctions. Nous sommes extrêmement satisfaits de ce résultat, Marc Mariën aussi bien sûr. »
Une chose est certaine, la grève était inévitable. Cela fait des années que le travail à l’usine est de plus en plus pénible et depuis la reprise, il y a deux ans, de l’usine de biscuits Danone par la multinationale américaine Kraft, la pression et l’ambiance au travail n’ont cessé de se dégrader. « S’il y a quelqu’un qui doit se taire à propos de mauvaise coopération, c’est bien la direction », réagit un ouvrier au piquet. « C’est elle qui rend toute coopération impossible ! La pression au travail est énorme, nous sommes tous débordés, aider un collègue en difficulté ce n’est plus possible ».
Le fait que la direction ait licencié Marc Mariën « pour mauvaise coopération » en se basant simplement sur une plainte anonyme d’un collègue a fait déborder le vase. Ce n’est pas la première fois que la direction recourt aux mouchards, même si elle s’est empressée de le nier dans les médias. Selon le délégué principal CSC, Geert Van Herck, d’autres personnes ont été sanctionnées sur base de plaintes anonymes de collègues. « Certains chefs encouragent ouvertement leurs travailleurs à venir dénoncer les collègues qui passeraient trop de temps aux toilettes, par exemple. »
Le secrétaire CSC, Dirk Verhaegen, confirme les conditions pénibles chez Kraft : « Chez Kraft-Herentals, la pression est devenue énorme, la direction ne jure que par le rendement et les chiffres de production, et elle applique une politique du personnel répressive. L’ouvrier en difficulté n’a droit à aucune forme d’aide. De plus, la direction se montre extrêmement arrogante envers les syndicats. A plusieurs reprises, elle n’a pas daigné se présenter aux réunions qui étaient prévues. »