De 1941 à 1943, le régime fasciste italien, à la suite des juifs et des tsiganes, a interné tous les chinois d’Italie dans la région des Abruzzes. Travail aux champs ou dans les fermes, longues attentes, désoeuvrement, souvenirs ressassés, observation à l'infini du paysage dans les moindres détails, mutisme et immobilisme. Pas de révolte dans le camp, mais une insondable soumission et même, pour certains d'entre eux, une conversion au catholicisme - journée mémorable où le ban et l'arrière-ban des autorités religieuse et politique se déplacent pour quelques heures d'hystérie triomphatrice. Certains entreront en résistance, prêts à en découdre avec ces années d'humiliation, d'autres s'évanouiront dans la nature sans qu'on sache ce qu'ils sont devenus. Le livre restitue aussi, à travers cet épisode peu connu, le climat étouffant et grotesque du fascisme italien, comme une menace sourde et mal organisée.