Des travailleurs venus des quatre coins du pays ont répondu à l’appel de la Fédération européenne des métallurgistes (FEM). Ils étaient près de 40 000 à braver le froid, puis la grêle, pour dénoncer la fermeture de la phase à chaud du site liégeois. Mais derrière cette solidarité avec ceux d’ArcelorMittal, l’inquiétude plus globale face à la crise et au plan d’austérité du nouveau gouvernement Papillon s’exprimait. Pour la deuxième fois en cinq jours.
Mis en mouvement à 10 h, dans le centre de la ville, mené par un bulldozer, le cortège était composé de camions, de camionnettes et de… milliers de travailleurs en colère, colorés de rouge et de vert. Si la population liégeoise s’est montrée solidaire (beaucoup de secteurs étaient en grève, à l’appel de la FGTB), l’accent liégeois n’était pas le seul à se faire entendre dans la foule : des syndicalistes de toutes les provinces avaient fait le déplacement. On voyait des métallos du Hainaut et du Brabant, des agents des services publics venus de Flandre, des enseignants...
La manifestation en front commun syndical, et la grève lancée par la FGTB, s’inscrivait dans un contexte particulier : des actions ont eu lieu sur tous les sites d’ArcelorMittal en Europe. Une première dans le groupe. Des délégations étrangères comme celle de la CGT ArcelorMittal Dunkerque étaient présentes.
5 jours après la manifestation nationale à Bruxelles qui a rassemblé 80 000 personnes, mobiliser plusieurs dizaines de milliers de travailleurs était loin d’être gagné d’avance. « Merci, dank u à tous ceux qui sont venus aujourd’hui, a déclaré en ouverture Marc Goblet, numéro un de la FGTB liégeoise. Ceux qui pensent que cette manifestation est la fin de notre combat pour maintenir la sidérurgie ouverte, se trompent. Ce n’est que le début. » Francis Gomez, le président des métallos FGTB, abondait dans le même sens : « Vous êtes de nouveau des milliers dans la rue. Au nom de tous les travailleurs d’ArcelorMittal, je veux vous répéter qu’on ne lâchera pas le morceau. »
« Liège est rentable et nous devons tout faire pour garder nos usines ouvertes », a ajouté le délégué principal CSC-Metea David Camerini.
« Si on peut trouver en une nuit 4 milliards pour Dexia, pourquoi ne pourrait-on pas trouver un milliard pour sauver de la pauvreté 10 000 familles ? » s’est indigné Egidio Di Panfilo pour le SETCa-Liège.
Jordan Atanasov, de la CSC a ajouté : « Partout dans le monde, les dictatures sont renversées. Nous devons aussi renverser la dictature des marchés financiers. »
Dans les rangs des manifestants, on avance aussi les pistes de solution comme la mise sous statut public de la sidérurgie : « Si on trouve de l’argent pour renflouer les banques, pourquoi ne pas faire la même chose avec l’industrie ? C’est l’État qui a les clés. Le gouvernement peut agir. Reste à savoir s’il le veut vraiment », avance l’un.
Car dans le dossier ArcelorMittal, les travailleurs ont eu droit à beaucoup de bla-bla : « Pire, j’entends de plus en plus les partis politiques traditionnels parler de reconversion », pointe Raoul Hedebouw, pour le PTB. Or, faut-il rappeler que les meilleurs emplois créés sont ceux que l’on ne perd pas ? La sidérurgie est un secteur qui structure l’économie de la région. Son maintien est crucial. Il faut faire preuve de volontarisme politique et passer une loi pour faire rembourser par Mittal toutes les aides et les cadeaux fiscaux (plus d’un milliard les trois dernières années) qu’il a reçus et qui n’ont pas servi à maintenir l’emploi. Cet argent permettra aux pouvoirs publics de moderniser une sidérurgie publique. »
Jean-Marc Namotte, secrétaire fédéral CSC, pointait aussi le gouvernement : « Nous sommes aussi vigilants et mobilisés vis-à-vis du gouvernement fédéral de qui nous attendons autre chose que des plans d’austérité injustes. Mesdames et messieurs, avec vos plans d’austérité, jeunes, femmes, chômeurs, nous sommes tous flingués. »
Car si l’inquiétude règne, l’annonce du plan d’austérité du nouveau gouvernement Papillon ne fait rien pour arranger les choses. Comme le disait un délégué CGSP : « Qu’on soit jeune ou vieux, l’accord gouvernemental est mauvais. Les plus vieux ne peuvent pas partir à la retraite et on allonge la durée du stage d’attente pour les jeunes. C’est n’importe quoi. » Comment croire Elio Di Rupo qui déclarait ce mercredi après-midi à la Chambre qu’ « une nouvelle Belgique va pouvoir se bâtir », alors qu’il annonce un plan qui va aggraver la crise et qui ne protège pas les travailleurs des coupables de licenciements, comme Mittal ?
Mais à Liège, si l’inquiétude quant à l’avenir était là, la résignation était absente. Comme le disait une banderole : « Austérité ? Ca sent le pavé ! »
Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB, était satisfait de la mobilisation : « Après les 80 000 de Bruxelles, les 40 000 manifestants de Liège ont rappelé avec détermination les priorités du monde du travail. Le PTB relaie l’inquiétude des manifestants de Liège et de Bruxelles concernant le plan Di Rupo-De Croo, en particulier en matière de prépensions et d’allocations de chômage. Dans un contexte de crise, le gouvernement veut faire travailler plus longtemps les anciens alors qu’il va s’attaquer aux allocations d’attente et aux allocations de chômage des jeunes. Rien de bon pour lutter contre le chômage. Pire, avec les atteintes directes et indirectes au pouvoir d’achat qui s’y ajoutent, ce plan d’austérité va aggraver la crise économique actuelle. Il est temps au contraire de se tourner vers les plus nantis, comme les millionnaires épargnés par le gouvernement papillon bleu. »
Et le nouveau Premier ministre est prévenu, le mot d’ordre du jour était : « Du respect ! » Pour l’instant, les travailleurs le demandent, mais, si ça ne change pas, ils seront moins patients. Car ça sentait le souffre ce matin à Liège. Et pas seulement à cause des pétards.