
Vendredi 17 juin, des dizaines de milliers de Libyens ont manifesté à Tripoli leur colère contre l'Otan, contre les bombardements de la coalition occidentale. Aviez-vous vu des images de cette manifestation à la télévision ? (Photo Belga/EPA)
Un reportage sur CNN montrait des dizaines de milliers de manifestants qui, à Tripoli, exprimaient leur colère contre l’Otan. Le reportage était aussi impressionnant que bref (51 secondes). Le journaliste David Mc Kenzie concluait : « Après plus de 4 000 bombardements, il semble que l’Otan ne soit encore nulle part. Quand on voit ces scènes, ici, quand on écoute les gens d’ici, on se rend compte que la crise en Libye est encore loin d’être terminée. » Les médias belges n’ont pas dit un mot de cette manifestation de masse.
Les États-Unis ont déjà dépensé 750 millions de dollars dans cette guerre. D’après des chiffres du ministère belge de la Défense, ces trois derniers mois, les six F-16 belges ont effectué 158 sorties pour 75 missions, dont 39 consistaient en bombardements : quelque 80 bombes ont été larguées.
Le journal financier belge De Tijd écrivait, vendredi : « À l’Otan même, c’est la grogne. L’alliance est surprise par la détermination avec laquelle Kadhafi se maintient. Ce qui était prévu comme une guerre éclair destinée à offrir la victoire aux insurgés s’est mué en une guerre de tranchées. »
Seuls 8 des 28 membres de l’Otan participent directement à la guerre. Et, là aussi, le doute s’installe. Pour les bellicistes, il n’y a qu’une façon de sortir de l’impasse et elle consiste à poursuivre les bombardements « aussi longtemps que cela sera nécessaire ». Autrement dit, « tant qu’on ne se sera pas débarrassé de Kadhafi ». Le ministre belge de la Défense, De Crem, a réitéré ce point de vue la semaine dernière. Mais De Tijd déclare : « De plus en plus souvent apparaît le scénario dans lequel l’Otan arrête les combats et opte pour la situation actuelle, dans laquelle les rebelles contrôlent l’est de la Libye alors que Kadhafi reste seigneur et maître à l’ouest. »
D’autre part, des informations indépendantes filtrent peu de la Libye. Le bref reportage de CNN est l’un des rares exemples où l’on peut entrevoir la réalité à Tripoli. Pour certains, il est manifeste que toutes les informations sur la Libye ne peuvent passer que par l’Otan. La radiotélévision libyenne est absolument inaccessible de l’étranger du fait que les émetteurs satellites ont été bloqués.
Dans la nuit de samedi à dimanche, les avions de l’Otan ont bombardé des quartiers habités à Tripoli. Les autorités libyennes ont traîné des journalistes occidentaux sur place et, devant les caméras occidentales, les corps des victimes ont été sortis des décombres de maisons complètement anéanties par les bombes. Neuf corps ont été ramenés, dont cinq d’une même famille, et 18 blessés ont été transportés à l’hôpital. Le commandant de l’Otan, le lieutenant-général Charles Bouchard, n’a pu nier les faits. Son explication ? « Des indications permettent de dire qu’un système d’armement qui ne fonctionnait pas est à l’origine de cet incident. »