En réponse à Mr Daniel Van Merris qui exprime son opinion dans le courrier « Le voile islamique » (Solidaire n° 14 du 07 avril 2011), je voudrai vous raconter une histoire édifiante, l'histoire vraie d'une musulmane belge portant de sa propre volonté, le voile islamique. Cette dame trouve un emploi dans une administration publique et comme l'exige la loi il est signifié qu'elle ne pourra porter son voile au travail car elle sera au contact du public. Cette jeune dame fait un pas énorme et propose un compromis qui sera accepté et qui est qu'elle ne portera pas le voile mais que ses cheveux seront retenus par un bandana. Elle travaille donc pendant un temps plus ou moins long dans ces conditions à la plus grande satisfaction de tous, employeur et clients. Jusqu'au jour ou une cliente dit à l'agent avec laquelle elle s'entretenait « pourquoi cette jeune dame peut-elle porter le voile ? ». L'agent est surpris et la cliente insiste en désignant notre jeune dame « elle ». Bien entendu l'incident est rapporté et remonte jusqu'à la direction qui décrète contre l'avis des responsables intermédiaires « C'est un voile elle doit l'enlever » et cela sans vraiment d'argument. Bien entendu la dame refuse et c'est alors que commence son enfer. Afin de pouvoir continuer à assumer son choix, elle propose même si cela la fait souffrir d'être transférée dans un service sans contact avec le public. Mais même là, on met la pression pour qu'elle enlève son bandana. Elle refuse encore et encore et la pression augmente de plus en plus, car la direction n'accepte pas que cette dame refuse d'obéir à une injonction non motivée. On la surveille alors à la recherche de la moindre faute si minime soit-elle. En résumé, il ne s'agit certainement pas là de manipulation de quelconque « intégriste ou extrémiste », cette femme a fait un choix adulte et courageux. Les pires pressions viennent de ceux qui prônent le libre choix, la liberté et ce sont eux qui mettent en place les interdictions qui font le plus de mal à l'être humain.
Michel Ancora, Carnières
Ce 1er avril, Sandro Bonafede trouve la mort après une arrestation particulièrement musclée. Il a préalablement absorbé de la cocaïne. Le commentaire officiel de l’évènement retient la drogue frelatée comme raison essentielle et unique de la crise cardiaque de Sandro, un jeune homme de 28 ans. Pendant ce temps à Gilly, commune de la victime, les jeunes s’échauffent et donnent à Gilly un climat d’émeutes à la française pendant plusieurs nuits. L’incident pose question. Que Sandro soit arrêté parce qu’il se promène avec une arme dans la rue, rien n’est plus normal. Il y a néanmoins une différence entre arrêter quelqu’un et tabasser quelqu’un en bonne et due forme. Or, des témoins directs affirment que Sandro a été secoué au-delà ce qui était nécessaire. Certains parlent même d’acharnement en ce qui concerne les coups donnés par la police. « Sa tête avait triplé de volume », dira sa famille. Que dire aussi de l’utilisation de gaz lacrymogène et des conséquences physiologiques pour Sandro ? Comment peut-on affirmer quelques heures après les faits que la crise cardiaque n’est en rien liée au tabassage et à l’usage de gaz lacrymogène contre Sandro ? Ensuite, il y a le traitement médiatique de la mort de Sandro. D’après ses amis et sa famille, Sandro n’a rien d’un toxicomane. Consommer de manière récréative, à l’occasion d’une sortie en boîte de nuit par exemple, c’est illégal, mais ce n’est pas de la toxicomanie. C’est pourtant l’image qui a été donnée de Sandro. Une partie importante des incidents survenus à la suite de la mort du jeune Sandro sont clairement causés par le malaise de jeunes qui ressemblent à Sandro, mais qui n’acceptent pas d’être assimilés à des toxicomanes. Enfin, la réaction communale pose aussi certaines questions. Jean-Jacques Viseur a parlé de « tolérance double zéro ». Il semble avoir envisagé les évènements de Gilly uniquement sous l’angle répressif. Sans se poser la question du pourquoi de la colère de certains jeunes. Un éducateur dira « je ne soutiens pas le fait de cramer des voitures, mais il faut reconnaître qu’une grande partie des jeunes qui dérapent ces derniers jours sont conscients que leur avenir sera ardu voir bouché. Si en plus, on leur colle une étiquette de toxicomane, ça ne simplifiera pas les choses ». Beaucoup de Gilliciens ont l’impression de vivre dans une zone abandonnée par les autorités politiques. Axer toute la démarche communale sur la répression ne règlera pas le problème à long terme. Il est essentiel maintenant de réhabiliter la mémoire de Sandro Bonafede. À peu de choses près, nous sommes tous des Sandro Bonafede. Il est aussi essentiel de se poser la question des perspectives qui est donnée à toute une population. D’être à l’écoute des problèmes et des difficultés que les Gilliciens rencontrent. En terme de vie de quartier, mais aussi en terme d’emplois.
Germain Mugemangango, Président PTB-Charleroi