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7 décembre 2010 16:58 | Il y a : 1  an(s)
| Thème: Éditorial, Belgique, Dossier crise communautaire, Dossier énergie

Les vrais égoïstes et les vrais profiteurs

David Pestieau

L’État n’hésite pas à donner des cadeaux aux grandes entreprises.

« Elio Di Rupo est à genoux dans la neige ». L’image est de Frank Vandenbroucke (sp.a). Et tend à montrer que le PS a capitulé devant la N-VA en acceptant le principe de l’autonomie fiscale. Cette indiscrétion révèle l’évolution des négociations en cours. En brisant ce tabou, le PS ouvre une vanne dans laquelle la vague séparatiste va s’engouffrer. Ainsi, selon le PS, les Régions et Communautés pourraient percevoir 42 % de l’impôt des personnes physiques pour leur compte. On n’est plus très loin des 50 % réclamés par De Wever.

Pire, les budgets transférés aux Régions seront amputés jusqu’à 10 %. Résultat : des centaines de millions devront être économisés dans le non-marchand, l’enseignement, la culture et la politique de l’emploi. Et si l’État fédéral n’est pas privé de toutes ses capacités d’action dans le modèle Vande Lanotte (contrairement à celui de De Wever), il devra affronter en grande partie les 22 milliards d’euros de déficit. « Personne ne devra s’appauvrir », continuent à affirmer les négociateurs des partis socialistes et écologistes. La pratique sera plutôt : « tout le monde va s’appauvrir ».

Tout le monde ? Enfin presque.

Car les multinationales et les grandes fortunes sont à l’abri de tous les modèles de lois de financement proposés jusqu’à présent.

Nos éminences à la table des négociations qui insinuent à longueur d’année que « les Wallons sont des profiteurs » (« De Walen profiteurs ») ou que « les Flamands sont égoïstes », restent muets devant l’énorme scandale révélé par le PTB : 14 milliards de cadeaux fiscaux à 50 grandes entreprises, 14 milliards de manque à gagner pour l’État.

« Je paie plus d’impôts qu’Exxon Mobile (1 019 euros), ça fait de moi un gros contribuable ? », ironise un internaute après ces révélations.

Les faits sont là. Notre étude montre que la fiscalité est un enfer pour les salariés, un purgatoire pour les PME et un paradis pour les multinationales. Les chiffres prouvent aussi qu’il n’y a aucun lien entre ces cadeaux fiscaux et la création d’emploi. Que du contraire.

Il y a même pire. Les organisations patronales veulent réduire les dépenses de l’État pour pouvoir maintenir – voire augmenter – leurs cadeaux fiscaux. Et comble du surréalisme, elles trouvent des oreilles attentives dans le monde politique.  Or, une telle politique mènerait en pratique à réduire l’emploi des services publics. Ainsi, au nom d’une augmentation de l’emploi hypothétique on aboutirait à une réduction bien réelle des emplois publics.

Il est temps de tourner le dos à ces recettes qui nous enfoncent dans la crise et ne profitent qu’à un petit nombre d’égoïstes obsédés par leurs dividendes.

Oui, il y a de l’argent. Dans d’autres poches que les nôtres. Il faut juste avoir un peu moins de respect pour les règles du marché, un peu plus pour les gens. Il faut vouloir faire tomber le tabou de ne jamais s’en prendre aux vrais profiteurs et vrais égoïstes. Mais bien s’en prendre aux vrais transferts de ce pays.


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