
Avec le modèle kiwi, l’État organise des appels publics d’offre, de sorte qu’on peut obtenir les meilleurs prix.
La ministre de la Santé publique, Laurette Onkelinx (PS), veut faire baisser les prix des médicaments en obligeant les entreprises pharmaceutiques à annoncer leurs baisses de prix dans les pays voisins, afin qu’une même baisse suive en Belgique. Il y a un mois, le ministre Johan Vande Lanotte (sp.a) avait déjà lancé cette idée.
Un représentant de l’industrie pharmaceutique générale s’était alors plaint de ce que c’étaient « surtout les génériques qui étaient bien trop chers en Belgique, comparés aux pays voisins ». FeBelGen, la coordination des producteurs belges de génériques avait réagi en déclarant qu’« en Belgique, on prescrit trop peu de génériques » et que le volume de vente était trop faible pour proposer des prix plus bas.
Selon Dirk Van Duppen, spécialiste de la santé du PTB et lui-même généraliste à Médecine pour le Peuple, tous deux marquent un point. « La synthèse de ces préoccupations, c’est le modèle kiwi, explique-t-il. Avec le modèle kiwi, l’État organise des appels publics d’offre, de sorte qu’on peut obtenir les meilleurs prix par la concurrence entre deux marques différentes d’un même médicament ou de médicaments similaires ». Les mesures que la ministre Onkelinx propose sont « ambiguës et vagues », d’après lui. « Pourquoi une fois de plus cette mousse de kiwi ? », se demande-t-il.
Dirk Van Duppen indique que, l’an dernier, avec le vaccin contre le cancer du col de l’utérus, il a encore été prouvé à quel point l’application d’un véritable modèle kiwi peut être efficace et sauver des vies. « Avec l’achat selon la procédure kiwi, le prix du vaccin HPV a dégringolé, passant de 175 euros à 52 euros. De ce fait, aujourd’hui, le vaccin peut-être administré gratuitement dans les écoles aux filles concernées, il permet à l’Inami d’économiser 17 millions d’euros par an et le taux de vaccination est passé à 88 %. De ce fait, le nombre de séquelles cancéreuses à l’utérus chez ces filles diminue de moitié dans les trois ans, de même que le nombre de conisations et, partant, le nombre de naissances prématurées », ajoute Dirk Van Duppen.
Voici quelques semaines, Onkelinx décidait de rendre la prescription de nom de substance (PNS) obligatoire pour les inhibiteurs gastriques, les antibiotiques et les antimycosiques. Cela signifie que, pour ces médicaments, les pharmaciens sont obligés de fournir la marque la moins chère. Chaque mois, l’Inami publierait une liste des marques les moins chères. « Ici aussi, on a travaillé de façon très ambiguë, dénonce Dirk Van Duppen. Si on impose de fournir la marque la meilleur marché d’un même médicament, pourquoi ne pas procéder plutôt à un appel public d’offre entre différentes marques de ce même médicament et ne rembourser que le meilleur et moins cher ? En organisant cette adjudication pour, par exemple, un délai d’autorisation de trois ans, les firmes sont également assurées d’un débouché sûr et stable, alors qu’actuellement, chaque mois, une nouvelle firme peut devenir la moins chère. Ça les mettrait en mesure de proposer des prix bien plus bas à plus long terme. »
Onkelinx veut aussi mieux réglementer le marché du matériel médical et des implants. « Ici aussi, l’application du modèle kiwi pourrait améliorer la qualité du matériel et faire baisser fortement les prix, poursuit Dirk Van Duppen. Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé a calculé que, pour le matériel de stomie, les appareils auditifs et le matériel orthopédique, l’application de l’appel public d’offre, comme cela se fait déjà aujourd’hui dans les pays scandinaves, pourrait permettre de réduire les prix de moitié. Et on peut donc les mettre gratuitement à la disposition des patients sans qu’il en coûte un centime de plus à l’assurance maladie. Avec l’application du modèle kiwi, c’est en outre une équipe indépendante d’experts qui choisirait, entre les diverses sortes de matériel médical et d’implants, ceux qui pourraient participer à l’adjudication. Cela garantirait la qualité et la sécurité pour le patient, aujourd’hui livré pieds et poings liés à la prolifération commerciale de ces produits sur les marchés privés. »