Chaque année, d’après les calculs de la CREG (Commission de Régulation de l'Électricité et du Gaz), entre 2,07 et 2,228 milliards d’euros disparaissent des poches des consommateurs en direction du quartier général parisien de GDF Suez, où cette manne céleste est généreusement distribuée aux actionnaires. Grâce aux centrales nucléaires belges, GDF Suez s’enrichit donc comme Crésus.
Pas de chance, Electrabel. Au début de ce mois, après que le PTB ait révélé que le géant de l’énergie payait à peine 0,04 % d’impôt sur les sociétés en Belgique, voilà que la CREG, qui contrôle officiellement l’énergie, débarque avec de nouveaux chiffres sidérants sur les faramineux bénéfices des centrales nucléaires. Vendredi, à la Chambre, le ministre de l’Énergie Magnette (PS) s’est employé à mettre en doute la crédibilité de l’étude de la CREG. Hélas pour lui, tout se tient parfaitement. Le fossé entre les coûts réels de production d’Electrabel (20 euros par MW/h) et les prix à la vente sur le marché (de 60 à 70 euros par MW/h) permet des marges bénéficiaires phénoménales.
Les chiffres de la CREG tombent de façon particulièrement inopportune pour Magnette. Tout comme l’an dernier, celui-ci propose d’imposer à Electrabel et aux autres producteurs nucléaires une « cotisation nucléaire » d’à peine 250 millions d’euros. Sur un bénéfice colossal de 2 milliards d’euros, il s’agit naturellement d’une broutille. Et déductible fiscalement, en plus. C’est comme si vous voliez dix voitures et qu’à votre procès, le juge vous disait que vous pouvez en garder neuf et déduire la dixième de vos impôts en tant que frais professionnels.
Dans le même temps qu’Electrabel reste hors d’atteinte et se voit garantir un remarquable échantillon de stabilité fiscale, les taxes sur l’énergie augmentent pour le consommateur. En 2011, la « cotisation fédérale » pour l’électricité va augmenter de 29 %, passant à 5,26 euros par MW/h. Pour une famille de quatre personnes, cela reviendra à près de 20 euros par an. De l’argent dont le gouvernement a besoin pour ses efforts climatiques et pour financer le dégagement des déchets nucléaires et qui, pour plus de commodité, est facturé aux familles. La « cotisation fédérale » pour le gaz augmentera même de 54 %.
Magnette montre donc clairement son jeu et il ne reste hélas pas grand-chose de son image de chevalier blanc de l’énergie. En 2008, quand la véritable ampleur de la rente du nucléaire a été on ne peut plus clairement révélée, Magnette avait menacé dans Le Soir d’introduire de véritables prix plafonds pour l’énergie, « afin de rendre la facture d’énergie plus supportable pour les familles ». « Cette rente pose un problème. Je n'ai pas d'autre solution », avait-il dit alors, prêt à entrer dans l’arène.
En 2009, dans La Libre Belgique, Magnette réitérait sa promesse d’écrémer les bénéfices faramineux, et proposait en même temps toute une série de méthodes possibles : « Je suis un socialiste pragmatique et je ne suis pas accroché aux moyens ; seul l’objectif de la disparition de la rente nucléaire compte pour moi. Elle doit être captée pour être ristournée aux consommateurs qui l’ont payée et qui continuent de s’en acquitter ou servir à des investissements d’augmentation de la capacité de production. »
Un an plus tard, les promesses sont loin. Depuis l’an dernier, Electrabel dispose d’un solide gentlemen’s agreement : en échange du maintien des centrales plus longtemps que prévu, le géant de l’énergie verse annuellement un minable 250 millions d’euros dans les caisses de l’État. Il en récupère un tiers des impôts, avec les compliments du gouvernement. Reste donc une cotisation de 160 millions. En échange, Electrabel ne doit pratiquement plus payer d’impôt sur les sociétés (0,04 %) en Belgique et peut continuer à enfourner dans ses poches le gros des 2 milliards d’euros de bénéfices supplémentaires émanant des centrales nucléaires. Et ce, jusqu’en 2025, car le gouvernement veut aussi maintenir en service dix ans de plus que prévu les trois centrales nucléaires les plus anciennes du pays.
Le PTB veut qu’Electrabel paie les impôts qu’il est censé payer : 33,99 % au lieu de 0,04 %. En outre, tous les bonus du nucléaire doivent être écrémés, et pas simplement une fraction de ce montant. C’est de l’argent que nous payons en trop depuis des années déjà et auquel nous avons droit. Les bénéfices colossaux doivent être restitués aux familles. Primo, en ramenant à 6 % la TVA sur le gaz et l’électricité et ce, aux frais d’Electrabel. Secundo, les autorités doivent investir en économie de l’énergie pour les familles ainsi que dans ses propres projets d’énergie verte.
Vous dénoncer les grippages de notre société, ok; à l'heure qu'il est nous avons besoin de solutions par l'action.
avez-vous des idées?
merci