
Pour faire face aux pertes dûes à l’interdiction de voler, le Président du conseil d’administration de Brussels Airlines quémande l’aide de l’Etat. Il a appris de son ami le banquier Maurice Lippens que l’Etat était devenu une sorte d’assurance tous risques pour les compagnies privées. (Photo Jhon Lee)
Eyjafjallajökull. L’éruption de ce volcan au nom improbable qui bouleverse la vie de millions de gens nous offre une leçon de vie : la nature n’est pas une chose établie et définitive, elle est en constant mouvement. Et nous amène à nous interroger sur notre mode de vie.
Il y a ces milliers de vacanciers coincés dans des contrées lointaines. Parfois avec bonheur, parfois en ayant le porte-monnaie serré. Il y a ces rayons de magasins qui se vident de produits exotiques.
Et surtout, l’Eyjafjallajökull place un grand point d’interrogation sur notre dépendance au transport aérien. Pourquoi devons-nous avoir tant de vols de courte distance ? Pourquoi ne pas développer largement le rail à grande vitesse et bon marché ? Pourquoi importer par avion des fruits et légumes d’Afrique et d’Amérique du Sud – à des prix inéquitables pour les paysans de là-bas – quand il est tellement nécessaire de réduire l’émission de CO2 ? Les hommes d’affaires doivent-ils être si souvent en voyage ? Les vidéoconférences ne sont-elles pas une bonne alternative ? Et pourquoi l’économie doit-elle être just-in-time, avec livraison dans la journée, dans le seul but d’accélérer la prise de bénéfices ?
Le progrès est indispensable, mais pourquoi ne pas travailler à un développement plus rationnel qui préserve la planète ? Et qui dépasse les coups médiatiques où le temps d’un sommet international, on se vante d’économiser quelques litres de kérosène.
Et puis, il y a ces compagnies aériennes, confrontées à des pertes de 140 millions d’euros de pertes par jour, qui appellent les Etats à la rescousse. Ainsi on a vu Etienne Davignon, Président du conseil d’administration de Brussels Airlines, quémander l’aide de l’Etat. Il a appris de son ami le banquier Maurice Lippens que l’Etat était devenu une sorte d’assurance tous risques pour les compagnies privées. Certes ici Wall Street, la City ou le Bel 20 ne sont pas responsables de l’éruption islandaise mais la demande des compagnies est pour le moins incongrue.
Pendant des années, les compagnies privées ont plaidé pour la dérégulation et la libéralisation du transport aérien jusqu’à démanteler des compagnies publiques comme la Sabena. Or, ce sont les mêmes qui appellent à une aide d’Etat, qui réclament en temps habituels des baisses de taxes sur leurs bénéfices et appellent au désengagement de l’Etat. S’il s’agit d’une aide publique pour un service public, ils crient à la « violation de la concurrence ». S’il s’agit d’un imprévu, l’Etat peut cracher au bassinet. Car avant d’assurer la sécurité des voyageurs, la mise en sécurité de leur profit est cruciale.
Et comble, certaines compagnies comme British Airlines envisagent de reporter les coûts en s’en prenant aussi sur les salaires de leurs employés.
De deux choses l’une, si les compagnies sont privées, qu’elles assument les risques imprévus. Sinon qu’elles redeviennent publiques, qu’on puisse les contrôler et orienter en fonction d’un autre développement du transport aérien.