
Lors d’une manifestation à Dublin ce 27 novembre, 100 000 Irlandais se sont opposés aux mesures imposées par le FMI et prises par le gouvernement. D’après le Parti communiste d’Irlande, le plan de sauvetage des banques prescrit par le gouvernement pourrait créer une dette de 240 milliards d’euros, voire de 500 milliards d’euros, à charge du peuple irlandais. (Photo lusciousblopster)
Les communistes irlandais sont au coeur de la lutte contre les mesures d’austérité prises par le gouvernement de centre droit irlandais. Eugene McCartan, secrétaire général du Parti communiste d’Irlande, nous explique les mesures antisociales que le peuple irlandais va subir.
Le Parlement irlandais a pris récemment des mesures de restrictions dans les dépenses budgétaires. Quelles en sont les conséquences les plus importantes pour le peuple irlandais ?
Eugene McCartan. Le budget de 2011 est un prolongement des budgets d’« austérité » des trois années précédentes. Ce budget a été élaboré sous le contrôle et la conduite de l’Union européenne et, en particulier, de la Banque centrale européenne. La stratégie de l’UE et du FMI réclamait une correction de 6 milliards d’euros sur les quatre prochaines années pour un budget annuel de 15 milliards d’euros et avec une économie luttant déjà pour se maintenir à flot. Dans les trois budgets précédents, 14,5 milliards d’euros avaient déjà été coupés.
La priorité politique et économique instaurée durant ces trois dernières années et qui se poursuivra dans le futur consiste à faire porter par les pauvres, les personnes dépendant de l’aide sociale, les modestes hommes d’affaires, les petits indépendants et les exploitations agricoles familiales, le fardeau de la crise et le problème structurel profond au cœur de l’économie du pays.
Il n’existe aucune stratégie de création d’emplois pour les quelque 500 000 chômeurs ni pour les dizaines de milliers de personnes qui émigrent dans l’espoir de trouver du travail.
L’État a socialisé et transformé les dettes des banques privées en dette publique. Les communistes l’appellent la dette illégitime.
Le salaire minimum légal a été réduit de 11,5 % (passant de 8,65 euros à 7,65 euros de l’heure) en guise de prélude à une attaque de longue haleine contre les conventions officielles de travail. Celles-ci avaient fixé le salaire minimum et les normes pour les travailleurs de toute une série d’industries, pour des travailleurs déjà mal payés.
La véritable ventilation du budget n’apparaîtra que lorsque le projet de loi sur les finances sera publié en février. C’est là que les véritables coupes sombres apparaîtront nettement.
Qu’est-ce que cela signifie pour une famille de travailleurs ?
Eugene McCartan. Les trois quarts des économies projetées de 1,8 milliard d’euros viendront du département de la Protection sociale (873 millions), du département de la Santé et de l’Enfance (746 millions) et du département de l’Éducation (170 millions), et le reste viendra d’autres départements gouvernementaux. Le minerval des universités et des collèges a également été augmenté, accroissant encore les difficultés et les obstacles auxquels sont confrontés les jeunes de familles des travailleurs.
De nouvelles mesures de taxation augmenteront le niveau de l’inégalité. Elles comprennent une réduction des paiements de l’aide sociale de 8 euros par semaine en plus de la réduction déjà proposée du salaire minimal. Les allocations familiales ont été réduites de 312 euros par an. La réduction des crédits d’impôt annoncée dans le budget est régressive, parce qu’elle réduit le revenu de toutes les personnes gagnant plus de 18 000 euros par an de 12 %. Elle aura un impact plus grand sur les petits et moyens salaires que sur les groupes à revenus élevés.
Les coupes sombres dans l’aide sociale signifieront que les familles qui reçoivent des indemnités sociales perdront entre 619 et 1 115 euros par an. Plus de 14 % de la population de la République vit en dessous du seuil de pauvreté. Ce nombre augmente, de même que celui des pauvres au travail.
Le gouvernement irlandais s’attend-il réellement à ce que cela contribue à sortir de la crise ?
Eugene McCartan. Sous le plan de sauvetage des banques du gouvernement, les dettes privées de six banques et institutions financières irlandaises ont été socialisées. Ceci pourrait avoir pour conséquence que le peuple irlandais devra supporter une dette non acquittable de 240 milliards d’euros, voire même, finalement, de l’ordre de 500 milliards d’euros – pour une population de 4,5 millions d’habitants. Cette stratégie a été imaginée et imposée par la Banque centrale européenne et par la Commission européenne.
Au cœur même de cette stratégie se trouve l’objectif de soutenir le système bancaire et financier allemand, de même que les banques britanniques et françaises. On estime que les banques irlandaises doivent aux banques allemandes un montant de l’ordre de 130 milliards d’euros – et c’est désormais au peuple irlandais qu’il incombe de payer cette facture.
Tout ceci se fait dans le but de sauver l’euro, ce qui explique pourquoi les communistes irlandais ont fait campagne contre l’adhésion à l’euro de l’État irlandais. Aujourd’hui, en réclamons publiquement la rupture avec l’euro.
Quelles sont vos propositions de solution au problème, en tant que communistes irlandais ?
Eugene McCartan. Nous avons réclamé l’instauration d’une Banque publique de développement, sous contrôle démocratique et sous garantie de la constitution, afin d’assurer les économies et les pensions des gens.
Nous avons également proposé la création d’une Société économique de développement pour toute l’Irlande, afin d’étendre le secteur d’État aux secteurs des nouvelles technologies, afin de gérer et de développer toutes les ressources naturelles, et tout particulièrement le pétrole et le gaz (l’État irlandais estime qu’il existe des réserves d’une valeur de 500 milliards d’euros au large de la côte ouest du pays) et les ressources de la mer.
Les forces en faveur du changement ont progressivement pris de l’ampleur, avec plus de 100 000 travailleurs lors d’une manifestation de masse en novembre dernier. Une conférence qui s’est tenue en octobre a rassemblé plus d’un millier de militants sous le slogan « Réclamons notre avenir ». Après le budget, des milliers de militants de la communauté ont participé à un carnaval de rue sous le slogan « Vous coupez, nous saignons ».
Tout récemment, le Parti communiste d’Irlande a tenu un meeting public sur le thème « Après le budget, que faire maintenant ? ». Certains membres de la direction du mouvement syndical y ont participé, et cela représente une rupture importante vis-à-vis de l’idéologie anticommuniste qui a infecté la majeure partie du mouvement syndical durant des décennies). Les communistes irlandais renouvellent leur campagne sous le slogan « Bâtissez la résistance du peuple, construisez l’alternative du peuple ».
Ali Ruckert (*)
(*) Ali Ruckert est rédacteur en chef de "Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek", journal du Parti Communiste de Luxembourg.