
Ce vendredi soir, j’affrontais Rudi Thomaes, patron de la FEB, sur Bel-RTL. Je lui ai dit : « En Belgique, l’impôt sur les sociétés est l’un des plus bas du monde. » C’est ce qu’on pouvait lire dans une brochure destinée à attirer des investisseurs japonais en Belgique. Signé : Thomas Leysen, président de la FEB en 2010. (Photo Knack.be)
« Je ne trouve pas moralement justifiable, par rapport à tous ceux qui paient leurs impôts, que des sociétés ne paient pas d’impôt. Des banques, des grosses sociétés comme InBev, Solvay… Ils contournent les mécanismes fiscaux. Il faut leur imposer un prélèvement1. »
Ce n’est pas Peter Mertens ou Raoul Hedebouw qui parle mais Laurette Onkelinx, vice-Première ministre, PS. Vivons-nous la fin d’un tabou ? Le travail incessant du bureau d’études du PTB commencerait-il à inspirer certains partis traditionnels ? Je sais, un ballon d’essai d’une ministre socialiste juste avant une négociation se dégonfle souvent.
Mais là n’est pas l’essentiel. A peine Onkelinx avait-elle fini de parler que la FEB, les libéraux et le CD&V poussaient de grands cris : « Une mesure dangereuse et inintelligente ! »
Les chiffres sont pourtant incontestables. Mais la FEB affirme, par exemple, que la grande majorité de ces multinationales paient la plus grande partie de leurs taxes à l’étranger et ne doivent donc plus les payer ici. C’est faux dans quasiment dans tous les cas cités : ils ne paient rien grâce à l’utilisation des intérêts notionnels et de la non-taxation sur les plus-values sur actions. Des trucs bien « belges ».
Et ce vendredi soir, j’affrontais, comme responsable du service d’études du PTB, Rudi Thomaes, patron de la FEB, sur Bel-RTL. Un duel corsé.
Je me permets de lui citer la déclaration suivante : « En Belgique,l’impôt sur les sociétés est l’un des plus bas du monde2. » Du monde ! C’est ce qu’on pouvait lire dans une brochure destinée à attirer des investisseurs japonais en Belgique. Signé : Thomas Leysen, président de la FEB en 2010. Autrement dit, la FEB pratique le double langage.
Thomaes n’apprécie pas du tout, surtout que Peter Mertens l’avait déjà confronté à cette citation : « Ce que fait le PTB est scandaleux. Le PTB fait campagne depuis des mois pour confronter les travailleurs avec le monde des entreprises. » Parce que nous faisons des révélations, nous pousserions à la confrontation ? Ben voyons...
Thomaes sort alors l’argument massue : « Si on continue à attaquer l’imposition des sociétés, alors de plus en plus d’entreprises vont délocaliser. » Votre serviteur lui répond : « Il faut arrêter avec ce chantage à l’emploi. Car avec la politique actuelle des zéro virgule zéro d’impôts, on licencie et délocalise déjà. Regardez ArcelorMittal : 0 euro d’impôts. Regardez Bekaert : 0 euro d’impôts. AGC-Moustier : 0,27 % d’impôts. Et, pourtant, des vagues de licenciements. Pour vous, à la FEB, cela ne sera jamais assez. Car si on vous écoute, Monsieur Thomaes, les patrons demanderont bientôt l’impôt négatif... »
Nous devons quitter ce monde des zéro virgule zéro. Et inverser la logique. Le gouvernement a déjà décidé de faire payer les premiers 11 milliards d’euros d’austérité par les travailleurs. Il veut repasser les mêmes plats. Ça suffit : ceux qui sont responsables de cette crise doivent payer. En commençant par supprimer les intérêts notionnels et par introduire une taxe des millionnaires.
1. Le Soir, 17 février • 2. Belgium-Japan Association, Belgium and its neighbour’s business climates compared, Bruxelles, 2010, p. 6, révélé par Solidaire en mars 2010