
En 2008, les Jeux Olympiques avaient lieu à Pékin. Tous les yeux se tournèrent alors vers le mystère chinois : des infrastructures modernes, des projets ambitieux, l’ouverture, les défis politiques et économiques actuels,… (Photo Xinhua)
En 1750, l’économie chinoise était la première au monde. Pendant les deux siècles qui ont suivi, elle a été colonisée et a subi de nombreuses guerres, surtout entre 1920 et 1945. Quand Mao a proclamé la république, le peuple, miséreux et illettré, et dont l’espérance moyenne de vie n’allait pas au-delà de 35 ans, vivait sous le joug d’une dictature corrompue. Bref, en 1949, la moitié du monde souhaitait à Mao et à son Parti communiste chinois beaucoup de succès, dans leur « mission impossible ».
Depuis lors, la Chine est allée de l’avant. Elle est redevenue la troisième économie mondiale, la première nation exportatrice et le marché à la croissance la plus rapide en énergie solaire et éolienne. Nulle part dans le monde, on n’achète plus de voitures qu’en Chine. Le pays a également le plus grand nombre d’étudiants du supérieur et… il prévoit une expédition lunaire. Pour toutes ces raisons, la quasi-totalité des pays du tiers monde voient en la Chine, plutôt que dans le Japon, « le pays du soleil levant ».
Le pays est dirigé par le Parti communiste chinois, le PCC, depuis 60 ans. C’est donc à ce dernier que sont surtout imputables les résultats enregistrés depuis.
Le PCC de Mao était très affûté dans l’organisation de la révolte, moins dans la construction économique. Jusqu’à la mort de Mao, en 1976, l’économie a progressé lentement, mais tout de même avec une croissance moyenne de 6 % l’an, même dans les années difficiles du Grand Bond en Avant (1959-60) et de la Révolution culturelle (1966-68). Déjà à l’époque, la Chine prestait mieux que l’Inde mais, vu la croissance démographique si rapide – de 450 millions en 1949 à 1 milliards en 1980 ! – le Chinois moyen ne voyait pas se combler le fossé avec les pays capitalistes développés. Au contraire, en comparaison avec le Japon, la Corée du Sud, Hongkong et Taiwan, ce fossé ne cessait de s’élargir.
Il doit y avoir moyen de faire mieux, estimait Deng Xiaoping. Sous la devise « Qu’importe que le chat soit blanc ou noir, du moment qu’il attrape des souris », il amenait en 1978 une correction au modèle maoïste de « l’égalité pour tous ». Dans son « socialisme à la chinoise », tout le monde peut viser son intérêt individuel, du moins tant que cela profite à toute la société. Pas à pas, il a introduit l’économie de marché. Pas la libre économie de marché, mais une économie dirigée : il reste un plan central. Des parties importantes de l’économie sont privées, mais, via les principales entreprises et les secteurs les plus importants, l’État garde en main le contrôle final. Le capital étranger est le bienvenu, tant qu’il rapporte à la Chine. La Chine est également entrée dans l’Organisation mondiale du commerce, car le commerce extérieur est avantageux pour elle. Avec la règle d’un enfant par famille, la croissance démographique a été freinée. Deng a fait en sorte que le pouvoir politique reste bien solidement aux mains du PCC.
Depuis le changement de cap de Deng, la Chine connaît une croissance économique moyenne de 10 %. Depuis plus de 30 ans. Et les Chinois ont énormément progressé, même si la vitesse n’a pas été la même pour tous. Environ 200 millions de Chinois ont un pouvoir d’achat comparable à celui des Portugais ou des Grecs. Le nombre de Chinois qui, selon les normes locales – qui tiennent bien davantage compte de la durée locale de vie que celles de la Banque mondiale –, vivent dans la pauvreté, a baissé durant cette période, passant de 30 % à 1 %. Tous les enfants chinois ont droit à 9 années d’enseignement gratuit et peuvent suivre l’enseignement supérieur à condition de réussir un examen national auquel tous peuvent participer sur un pied d’égalité.
D’un pays campagnard, la Chine a évolué vers une nation où 45 % des habitants vivent dans les villes. Dans les zones les plus éloignés du pays, on construit des routes ou des lignes ferroviaires. Le GSM et Internet fonctionnent presque partout. Les habitations vieillies des campagnes sont remplacées par des constructions plus spacieuses et modernes. Les villes chinoises délabrées sont démolies et remplacées par des villes modèles et modernes.
Depuis les années 50, la Chine s’emploie à la solidarité Sud-Sud. Ces dernières années, le commerce Sud-Sud a énormément augmenté. La Chine est aujourd’hui un important partenaire commercial entre autres du Brésil, du Venezuela et de Cuba. En Afrique, elle propose son aide au développement sans condition et y est, pour la première fois, une concurrente des multinationales occidentales. En Asie du Sud-Est, elle travaille à une zone de libre-échange avec dix pays voisins, représentant en tant plus de deux milliards d’humains.
Tant que le PCC sera au pouvoir, l’Occident considérera le succès chinois comme une menace pour l’idéologie capitaliste et pour son influence dans le monde. La Chine est toujours perçue comme le « péril jaune » parce qu’elle repousse lentement le pouvoir de l’Occident et qu’elle est une source d’inspiration pour les pays en voie de développement qui cherchent une voie indépendante, tels le Venezuela ou la Bolivie.
Sur le plan économique, l’affaire est un peu plus compliquée : les pays occidentaux voudraient bien freiner la montée de la Chine mais les entreprises considérées individuellement sont très intéressées de faire du commerce avec la Chine, pour une question de bénéfices. Et tous aujourd’hui placent leurs espoirs dans des commandes émanant de Chine afin de sortir le capitalisme mondial de l’impasse.
Les syndicats occidentaux, de leur côté, ont longtemps évité tout contact avec les syndicats chinois mais ils se mettent de plus en plus à chercher la collaboration. C’est un point positif et cela va à l’encontre de la démagogie qui prétend que les Chinois vont s’encourir avec nos emplois. Ce n’est quand même pas les Chinois qui vont fermer Opel Anvers ?