Chaque jour, pendant le sommet de Copenhague, Climate Justice Action (un large réseau réunissant une série de groupes climatiques, d’altermondialistes, de groupes d’action directe…), organisait l’une ou l’autre action. Celle prévue le 16 était un point culminant. Une important groupe de manifestants comptait pénétrer dans le centre des congrès en même temps que deux cents participants au sommet climatique en sortiraient, mécontents de la façon dont les pays riches traitent le Sud lors des négociations. Le but était que les deux groupes se rencontrent à mi-chemin afin de dénoncer ce qui se passait à l’intérieur du centre des congrès et de dégager des propositions et solutions alternatives.
Frank Dubois a suivi les négociations du sommet en tant qu’observateur. Il a participé à la sortie du groupe composé des délégations de la Bolivie, des peuplades indigènes, de représentants d’ONG, et de délégations de jeunes qui ont quitté à grand bruit les négociations pour rejoindre les activistes de l’extérieur en scandant le slogan « Réclamer le pouvoir ». « Notre intention était de montrer que l’opposition venait également de l’intérieur », raconte Dubois. « Qu’à l’intérieur du Bella Centre, où se tenaient les négociations, on pouvait également entendre des voix pour un accord climatique juste. Après cette sortie, nous avons voulu tenir un speech commun, un happening commun, mais ça n’a pas été possible. » En effet, la police a empêché manu militari la sortie du groupe. « La police danoise aurait pu redorer son image de marque, qui en avait pris un coup les jours précédents mais ne l’a pas fait. Au contraire, elle s’est ruée à coups de matraque sur des manifestants pacifiques. La liberté d’expression s’est proprement fait tabasser. »
De l’autre côté, cinq mille activistes essayaient d’entrer. Parmi ceux-ci, Matthias Lievens, de Climat et Justice sociale, également active au sein de Climate Justice Action. Il raconte : « Bien vite, notre groupe a été encerclé par la police. Les coudes au corps, épaule contre épaule, nous nous sommes dirigés lentement vers le centre des congrès. Nous voulions arriver le plus près possible du centre, sans recourir à la violence. Nous avons atteint la ligne des policiers. Ils ont d’abord reculé. Ils ne savaient pas quoi faire face à un tel bloc de plusieurs milliers de gens. La police était très nerveuse. Ils ont alors crié par mégaphone qu’au nom de la reine et de la législation danoise, la manifestation était interdite. Sur ce, les agents ont commencé à frapper avec leurs matraques et ont utilisé des sprays au poivre pour tenter de nous repousser. Ils n’y sont pas vraiment arrivés, le groupe restait bien soudé. Mais il a été vite clair que nous ne pourrions pas rejoindre l’autre groupe, même si nous sommes arrivés à quelques mètres les uns des autres. Puis, tant bien que mal, nous avons tenu une assemblée à l’aide d’un mégaphone, avec des orateurs, entre autres, de Via Campesina (un réseau mondial de paysans, NdlR), des Indiens, qui ont parlé du changement climatique dans leur pays… Ce fut un moment très fort, qui aurait pu l’être encore plus, si les choses s’étaient déroulées comme nous le voulions. L’action a été un succès. Surtout car la presse était présente en masse. L’ambiance qui régnait était euphorique. Nous avions fait une déclaration forte. »