
Une délégation de Médecine pour le Peuple Schaerbeek en visite de solidarité au piquet de grève des travailleurs de la SABCA, à Bruxelles. La Belgique était paralysée par la grève générale, ce 30 janvier. Aux quatre coins du pays, des piquets de grève étaient organisés contre les mesures d’austérité imposées par le gouvernement. (Photo Solidaire, Emel Kaplaner)
« Je comprends l’inquiétude, mais une grève générale... Il faut garder la bombe atomique pour la guerre mondiale, pour le dernier combat, pour le gouvernement de droite qui applique vraiment des mesures de droite ! »1 Vous avez peut-être entendu Bruno Tobback, le président du sp.a, la semaine dernière. Qui s’est joint au chœur de ceux qui chantaient que la grève générale « ne servirait à rien », voire qu’elle était « dangereuse ».
Pour nos ministres, nous ne devrions pas nous inquiéter : ces mesures « ne font pas si mal qu’ailleurs ». C’est vrai que vu des bancs du Parlement, travailler à pauses, à la chaîne ou comme infirmière à soixante ans passés, c’est très théorique. Comme de devoir finir les mois avec une paie de 1 500 euros.
Mais il y a pire. « Le gouvernement qui applique des mesures de droite », il est là ! Pendant que le pays était à l’arrêt, les chefs d’État européens sont venus, escortés militairement depuis Beauvechain jusqu’à Bruxelles, pour signer le Pacte budgétaire européen de Merkozy.
C’est le bâton. Le nouveau pacte oblige les pays de la zone euro à prendre des mesures antisociales. Sinon, amendes et mise sous tutelle suivent. Di Rupo l’a aussi signé. En pleine crise, cette recette du « budget à l’équilibre » nous mène à une profonde récession. Ce qui nous garantit un deuxième, troisième plan d’austérité. « Nous avons vu la fin du film en Grèce, nous avons vu à quoi tout cela mène », nous ont déclaré les grévistes du 30 janvier. Qui veulent changer le scénario dès le début de la séance.
Mais, affirment Di Rupo et consorts, nous voulons aussi, à côté de l’austérité, un plan de relance. C’est la carotte, pour amener les syndicats à négocier sur des points et des virgules. Mais un plan de relance avec quel argent ? Emprunter temporairement ? « Impossible », stipule le Pacte budgétaire. Trouver des nouvelles recettes ? Oui, mais lesquelles ? Tobback écarte d’emblée une piste : « Il y a une crise, ce n’est pas crédible de répondre : “Il n’y a qu’à faire payer les riches !” » Supprimer les intérêts notionnels, faire payer les banques, imposer les millionnaires : ce n’est donc pas crédible.
Et pourquoi pas, Monsieur Tobback ? Vous en avez, d’autres pistes ? Les vieilles recettes néolibérales ? Baisser les « coûts salariaux » ? Augmenter la TVA pour faire baisser les cotisations patronales sur les salaires, comme l’avance Sarkozy ? Faire un saut d’index ou modifier l’index, comme se prépare à l’imposer la Commission européenne ? Ou des mesures qui ne coûtent « rien », comme celles que propose notre ministre de l’Emploi : des contrats ultra flexibles, de six à huit mois, qui seraient facilement résiliables par le patron ?
Cette politique absurde doit s’arrêter. Faire grève est nécessaire et responsable. Pour imposer un changement de cap radical. Car ce n’est pas une grève qui tue une économie et détruit la protection sociale, mais le hold-up des banques, des spéculateurs et des millionnaires et les cinq à dix ans d’austérité qu’on nous promet.
1. Le Soir, 26 janvier 2011