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15 novembre 2011 15:07 | Il y a : 190  jour(s)
| Thème: International, Italie, Dossier crise

Italie :: « Monti est l’homme qui va faire le sale boulot »

Enfin, Berlusconi est parti! En Italie, de nombreuses personnes s’en réjouissent, et pensent que tous les problèmes sont résolus. Pourtant, le nouveau gouvernement de Mario Monti, aux ordres de l’Union européenne, prévoit une austérité très dure.

Quentin Vanbaelen

Le 28 octobre dernier, la CGIL (syndicat italien de gauche) a organisé une manifestation à Rome pour l’emploi et les pensions. La résistance des travailleurs, en Italie comme en Europe, s’intensifie. (Photo CGIL)

Domenico Moro est économiste et membre du Parti des communistes italiens (PdCI). Nous lui avons posé quelques questions pour comprendre la situation actuelle.

L’Italie est présentée comme le prochain pays à risquer l’effondrement, après la Grèce. Comment cela se fait-il ?

Domenico Moro. D’abord, il y a des déséquilibres internes à la zone euro. L’euro a favorisé les exportations de l’Allemagne, au détriment de celles de l’Italie.

La crise de la dette publique, ensuite, ne concerne pas que les pays comme l’Italie, mais tous les pays avancés, à commencer par les États-Unis. À l’origine, il y a une chute du profit qu’on a tenté de résoudre à travers l’endettement privé. Celui-ci s’est progressivement transformé en dette publique.

Berlusconi a déclaré lors de la conférence du G20 : « La crise ? Quelle crise ? En Italie on est très bien ! » Est-ce vrai ? Ou y a-t-il des symptômes de la crise déjà sensibles ?

Domenico Moro. L’Italie est un pays riche – la Banque centrale est la quatrième mondiale en termes de possession d’or – mais les citoyens deviennent de plus en plus pauvres. La part de profit par rapport au PIB italien est passée de 23,1% en 1993 à 31,3% en 2005. Et, d’un autre côté, le salaire net a beaucoup diminué depuis les années 90. Dans le secteur de la manufacture, le coût salarial horaire par employé était de 24 euros en 2008, alors que la moyenne de la zone euro était de 27,7 euros. En Italie, une minorité s’est enrichie tandis qu’une majorité s’appauvrit sans cesse.

Qu’est-ce qui a provoqué cette mauvaise situation économique ?

Domenico Moro. Il y a trois causes au déclin économique de l’Italie : la précarisation du travail, les privatisations et les délocalisations.

La précarisation du travail a conduit à la réduction des investissements, liée à une diminution de la productivité. Les privatisations ont éliminé ou affaibli les entreprises actives dans les secteurs technologiquement avancés. Les délocalisations, elles, ont réduit la masse salariale, ce qui a provoqué un haut taux de chômage.

La gestion du pays par le gouvernement de Berlusconi est-elle en cause ?

Domenico Moro. La responsabilité de ces politiques économiques ne revient pas seulement à Berlusconi, mais à tout la classe dirigeante, économique et politique, italienne.

En fait, paradoxalement, la Confindustria (organisation patronale italienne, NDLR) attaque Berlusconi parce qu’il n’a pas été assez « libéral ». Ce qui est en partie vrai, car Berlusconi a moins privatisé que les gouvernements de centre-gauche. Le problème, c’est que, durant plus de vingt ans, les coalitions de centre-gauche ont appliqué des politiques économiques de droite. Les réformes du marché du travail, par exemple, ont été lancées par un gouvernement de centre-gauche.

Que va-t-il arriver maintenant, avec ce nouveau gouvernement, dirigé par Mario Monti1 ?

Domenico Moro. Monti est l’homme qui va faire le sale boulot. C’est confortable pour tous les partis car, comme ça, personne ne devra assumer la responsabilité des coupes importantes dans la sécurité sociale et dans les salaires. Monti est un homme du capital financier européen et international, mais il arrange tout à fait le grand capital italien, qui a fortement poussé pour un gouvernement « technique ».

C’est ainsi qu’on définit ce gouvernement, car il est composé d’experts qui n’appartiennent à aucun parti. Un tel gouvernement doit bien obtenir l’appui de la majorité au Parlement, mais il n’est le fruit d’aucun mandat électoral. Dans les faits, on assiste à une grave limitation de la démocratie formelle, qui dévoile les bases oligarchiques qui fondent les prétendues démocraties occidentales.

Quelle serait une vraie alternative pour sortir de la crise ?

Domenico Moro. Face à la crise mondiale du marché autorégulé et du mode de production capitaliste, la seule solution est le socialisme et la planification économique. Pour y arriver, il faut d’abord passer par la reconstruction de la coordination de la classe ouvrière européenne. Jusqu’à présent, l’euro et l’Union européenne ont été un moyen pour attaquer les travailleurs européens. Nous devons renverser cette situation, en faisant en sorte que la crise de l’euro serve à reconstruire l’unité, en rassemblant les travailleurs européens autour d’un programme intermédiaire applicable tout de suite.

1. Mario Monti est un ancien commissaire européen, qui a longtemps travaillé à la Goldman Sachs. Cette banque, comme nous l’écrivions dans le Solidaire de la semaine passée, a truqué les chiffres de la dette grecque, ce qui a empiré la situation dans le pays.


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