« L’excédent » a toujours reçu le sceau officiel de ceux qui en tiraient profit. Mais ce ne sont pas eux qui doivent payer l’addition aujourd’hui. Les 85 milliards d’euros sont supposés provenir du FMI et de l’UE « pour l’Irlande ». Mais plus de 20 % de la somme (17,5 milliards) sont d’origine irlandaise, provenant en grande partie de la réserve destinée à financer les pensions (National Pension Reserve Fund – Financial Times, 29 11 2010), qui se verra pillée dans le but d’être attribuée aux banques. Plus précisément, l’argent sera donné aux principaux créanciers en obligations bancaires, qui « ne perdront pas un centime » : « Après moult débats, il a été décidé que les principaux détenteurs d’obligations ayant prêté des fonds aux banques irlandaises [pour engendrer un « excédent » – NA] ne devraient subir aucune perte. » Selon Olli Rehn, commissaire européen désigné aux affaires économiques et monétaires, « en ce qui concerne la dette prioritaire, aucune compression budgétaire ne doit être effectuée » (dans le Financial Times, 29 11 2010).
Mais qui sont ces créanciers principaux à ne pas déranger, alors que le peuple irlandais se prépare à des restrictions drastiques ? Selon le Financial Times (du 23 11 2010), les banques européennes sont créancières de plus de 500 milliards de dollars de la dette irlandaise. Les banques britanniques sont concernées par 150 milliards (6,6 % du PIB britannique). Les banques allemandes viennent en deuxième position, avec 139 milliards (4,2 % du PIB allemand). Et pour la petite Belgique, la dette s’élève à 54 milliards (11,7 % de son PIB : ahurissant). Le pack UE/FMI n’était pas destiné à sauver l’Irlande, mais bien à protéger les capitaux des gros centres financiers européens, qui risquaient de se voir dépouillés au cours du festin.
Une fois de plus, les banques sont secourues et les États, enterrés. Les dettes de l’Irlande ne doivent plus revenir aux banques, mais aux États européens (grâce aux mécanismes MESF). Dans les années à venir, on entendra, encore une fois, que les budgets des États ne sont pas viables et qu’il est nécessaire de réduire les salaires, les pensions et les services publics. Et le pillage se poursuivra : « Le gouvernement espagnol planche sur la vente d’actions de la loterie nationale et de l’entreprise gérant les aéroports, alors que l’Irlande doit faire face à la privatisation des secteurs du gaz et de l’électricité, dans le cadre du plan d’aide conjoint de l’UE et du FMI (dans le Telegraph, 1 12 2010). Pas même la carcasse du tigre ne demeurera. Cette tempête européenne n’aura qu’un seul effet positif, pour autant qu’elle en ait un, un jour : celui de se débarrasser d’un grand nombre d’usurpateurs (qu’il s’agisse de la droite ou de la gauche), dévolus à la cause du capitalisme européen et de l’UE. Il devient plus évident chaque jour que l’UE n’est qu’un grand centre de commande capitaliste.
Article traduit de l'Avante, journal du PCP.
(*) Membre du département international du Parti communiste portugais