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20 décembre 2011 17:33 | Il y a : 155  jour(s)
| Thème: International, Iraq, Paix/Guerre

Irak :: Pas de retrait, mais un redéploiement des troupes américaines

Il y a quelque temps, le président américain Obama avait annoncé le « retrait complet » des troupes américaines de l’Irak. De quoi s’agit-il vraiment ? Quelle leçon pouvons-nous tirer de l’Irak après plus de huit ans de guerre et d’occupation ?

Tony Busselen

La guerre américaine contre l’Irak a un coût humain énorme : 5 millions d’orphelins et plus d’un million de veuves... (Photo Usarmy)

Le 21 octobre, Obama avait annoncé le retrait complet des « dernières » troupes américaines du pays. « Nous maintiendrons une présence importante dans la région et, ce faisant, nous prouverons notre engagement permanent vis-à-vis de l’avenir de l’Irak et de la région », expliquait la ministre américaine des Affaires étrangères, Hillary Clinton. En effet, l’ambassade des États-Unis à Bagdad est la plus grande ambassade américaine au monde : 16 000 Américains y sont en service et elle dispose, selon l’ambassadeur James Jeffrey, d’un budget de 6,5 milliards de dollars pour la seule année 2012. Sur le plan de la superficie, l’ambassade est aussi vaste que l’État du Vatican et elle garantit une présence permanente des États-Unis dans le pays, confirme la chaîne conservatrice Fox News. De plus, 5 500 mercenaires sont engagés via des firmes privées afin de protéger les citoyens américains dans tout le pays.

L’an dernier, Bagdad même s’est transformée en une ville qui se protège d’un monde extérieur hostile. Comme au Moyen Âge, on a construit autour de la ville une grande enceinte de béton, et on n’y accède plus que par huit portes. La construction du mur a débuté en mai 2010 et s’est terminée en juillet dernier. Le ministre américain de la Défense, Leon Panetta, a confirmé que les États-Unis maintenaient 40 000 hommes stationnés dans la région, dont 23 000 au Koweït. La collaboration militaire avec l’Arabie saoudite, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, les Émirats arabes unis et Oman sera en même temps élargie en vue du maintien de l’emprise militaire des États-Unis sur la région.

Hier Kadhafi, demain Poutine ?

Après la chute du mur de Berlin, les États-Unis ont lancé toute une série de guerres. Le moindre doute sur la nécessité d’une guerre a été balayé au cours des dernières décennies par une série d’insinuations, d’accusations et de poussées d’indignation. Ensuite, l’une ou l’autre coalition, chaque fois dirigée par les États-Unis, est partie en guerre contre les dictateurs possédant des armes de destruction massive, qui représentaient une menace pour la démocratie ou qui maltraitaient leur propre peuple. Hier, Saddam Hussein, les Taliban, Kadhafi et Gbagbo. Aujourd’hui, le président syrien Assad et le pouvoir spirituel en Iran. Demain, le président soudanais Bachar, voire peut-être Kabila ? Où la série se terminera-t-elle ? Par le président russe Poutine et le Parti communiste chinois ? La guerre en Irak est la plus importante de la série, jusqu’à présent, mais qu’a-t-elle représenté, en réalité ?

Plus de 12 000 milliards de dollars de dégâts

Après l’invasion des troupes américaines en Irak en 2003, plus de 100 000 Irakiens ont été tués et 4,4 millions de personnes ont dû prendre la fuite. En 2007, il y avait dans le pays 5 millions d’orphelins et entre 1 et 2 millions de veuves. Aujourd’hui, 70 % de la population n’a pas d’eau potable, 50 % est au chômage, 43 % vit dans la pauvreté absolue, 80 % ne dispose pas d’équipements sanitaires. Une commission d’experts irakiens a calculé que, ces 20 dernières années, les guerres dans toute la région avaient provoqué plus de 12 000 milliards de dollars de dégâts. 

La guerre coûte cher et mutile la jeunesse

Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel d’économie, a calculé en 2008 que la guerre et l’occupation de l’Irak avait jusqu’alors coûté 3 000 milliards de dollars. Il a également calculé ce qu’on aurait pu faire avec tout cet argent aux États-Unis mêmes : la construction et l’entretien de 8 millions de logements sociaux, le coût d’une année de soins de santé pour 530 millions d’enfants et les frais de scolarité de 43 millions d’étudiants du supérieur. Avec ces 3 000 milliards de dollars, les problèmes de sécurité sociale des États-Unis auraient été résolus pour 50 ans, affirme Stiglitz.

Mais la guerre anéantit aussi les vies de nombreux jeunes qui, en tant que soldats, sont obligés de collaborer aux atrocités et à l’injustice. L’année écoulée, plus de soldats américains sont morts par suicide que sur les champs de bataille : 468 suicides contre 462 tués. Plus de 31 % des militaires qui sont rentrés chez eux après leur séjour en Irak ont eu des problèmes au travail ou dans leur relation de couple pour des raisons de dépression et de stress post-traumatique. Pour la moitié d’entre eux, cela s’est traduit par de graves problèmes dans leur vie quotidienne.


Avec mes remerciements à Dirk Adriaenssens


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