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31 janvier 2012 17:08 | Il y a : 113  jour(s)
| Thème: International, Iran, Paix/Guerre, Union européenne

Irak, Iran : l’histoire se répète

La semaine passée, l'Union européenne a approuvé un embargo sur le pétrole iranien. Selon le commissaire européen Karel De Gucht et le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, il s’agit d’éviter un affrontement militaire. L'Iran, de son côté, affirme que l'embargo est voué à l'échec. Qu'en est-il vraiment ?

Cato Bergman

Le journaliste néerlandais Paul Brill a affirmé qu’il ne faudra pas trembler quand on recevra des « rapports sur des enfants iraniens affamés ». Ceux-ci seront, en effet, les premières victimes de l’embargo. Mais face à la sauvegarde des profits, cela pèse bien peu aux yeux de l’Union européenne. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)

Pour l’instant, l’UE achète entre 18 et 20 % du pétrole iranien. L’adoption d’un embargo pétrolier signifie que tout nouveau contrat dans le secteur pétrolier avec Téhéran est interdit. En outre, d’ici juillet, tous les contrats actuellement en vigueur seront annulés. L’approche graduelle doit permettre à la Grèce, l’Italie et l’Espagne, les pays européens qui importent le plus de pétrole iranien, de trouver de nouvelles sources d’approvisionnement. Le Japon et l’Australie ont déjà décidé de suivre le même chemin. L’UE a aussi gelé les avoirs de la Banque centrale iranienne (BCI) en Europe, bloquant nombre de transaction financières avec cette institution. 

Les Iraniens prétendent qu’ils seront capables de limiter les dégâts en exportant davantage vers d’autres pays. Mais la réaction iranienne aux sanctions suggère néanmoins un désespoir croissant. Suite à de récentes sanctions américaines, l’Iran a menacé vainement de fermer le détroit d’Ormuz, où passe 20 % du pétrole mondial. Loin de démontrer l’agressivité iranienne, ces menaces prouvent que le pays manque cruellement de moyens efficaces pour riposter.

Entre-temps, l’économie iranienne subit de plein fouet l’impact de l’embargo. La monnaie iranienne a perdu environ un quart de sa valeur vis-à-vis du dollar, ce qui fait augmenter les prix des marchandises de base et de la nourriture. Certains produits, comme le charbon, risquent de manquer. Quelques journaux et commentateurs iraniens envisagent d’ailleurs ouvertement la possibilité de la « famine » pour certaines couches de la population.

L’Irak n’est pas bien loin

Bien que ce scénario puisse paraître lointain, le président américain Obama s'est récemment vanté du fait que ses sanctions aient déjà réduit l'économie iranienne à une ruine. Une belle réussite, en effet, que de détruire un pays ! Le commentateur néerlandais Paul Brill a défendu l’embargo et a affirmé haut et fort que l'Occident doit se préparer à des sanctions de longue durée et ne pas trembler quand on recevra des « rapports d'enfants iraniens affamés ».

Le parallèle avec l'Irak ne semble plus si loin. Ce pays qui, après la première guerre du Golfe, a subi des sanctions meurtrières tuant plus de 500 000 (!) enfants. Ce pays à qui, après l'avoir suffisamment  affaibli par un embargo, on a imposé une guerre tout aussi criminelle. Pendant l'embargo, comme pendant la guerre, la première à souffrir était évidemment la population civile.

En Irak aussi, on prétendait qu'il fallait absolument arrêter le développement d'armes de destruction massive. Nous savons aujourd'hui que cela n’était qu'un mensonge qui devait servir à justifier la guerre. Les armes n'ont jamais été trouvées. Cette fois-ci, c'est l'Iran — comme par hasard, un autre pays producteur de pétrole — qui se trouve dans la ligne de mire. Officiellement, l'embargo doit servir à convaincre l'Iran d'abandonner son programme nucléaire. Pourtant, l'Agence atomique internationale (AIEA), même sous la direction actuelle d'un secrétaire général favorable aux positions américaines, n'a toujours pas trouvé la moindre preuve d'un quelconque programme nucléaire à usage militaire !

L’embargo prépare la guerre

L'UE demande d'ailleurs bien plus que la suspension d'un hypothétique programme nucléaire à usage militaire. Elle exige la suspension pure et simple de toute activité d'enrichissement d'uranium, même celles, à usage civil, auxquelles l'Iran a droit selon le Traité de non-prolifération ! Logiquement, l'Iran s'interroge : pourquoi Israël et l'Inde reçoivent-ils le soutien occidental pour leur programme nucléaire, qui inclut une dimension militaire, tandis que nous, Iraniens, n'avons même pas droit à un programme nucléaire civil ? 

La comparaison avec l'Irak permet de comprendre qu'il ne faut pas accorder trop de crédit aux déclarations du commissaire européen Karel De Gucht ou de notre ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders. Ils certifient que l'embargo vise à éviter l'affrontement militaire. Pourtant, de l'Irak à la Yougoslavie, ces sanctions ont servi à affaiblir les capacités défensives d'un pays dans le but de faciliter une opération militaire. Plus qu'éviter la guerre, l'embargo la prépare ! 

En plus, l’embargo euro-atlantique va de pair avec un déploiement militaire dans le Golfe Persique et dans le détroit d’Ormuz, de violations répétées de l’espace aérien de l’Iran, ainsi que d’autres provocations que les autorités iraniennes attribuent aux États-Unis et à Israël.

Le prix du pétrole va grimper

En cette période de crise, un embargo pétrolier contre l'Iran risque de provoquer une hausse des prix du pétrole dans toute l'Europe et, donc, de pénaliser aussi la population européenne. 

Mais les dirigeants européens ont la tête ailleurs. La montée des pays émergents, mieux connus sous le nom de BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), permet aux pays en voie de développement de négocier des meilleurs prix pour leurs matières premières et de les vendre au plus offrant, qui n'est souvent pas l'UE. Les BRICS minent ainsi la domination économique de l'Europe dans ces régions. Si celle-ci veut rester dominante, elle doit donc choisir. Soit elle décide de payer un prix plus juste et équitable pour ses importations, soit elle essaie de contrôler, directement ou indirectement, les États des pays en voie de développement.

Les récentes interventions militaires européennes en Libye et en Côte-d'Ivoire montrent que l'Europe semble choisir la deuxième voie. Mais, pour cela, l’Europe a besoin des États-Unis. En effet, la guerre libyenne, voulue principalement par les puissances européennes, a démontré les limites des pays de l’UE en matière militaire : plus de 8 mois pour renverser Kadhafi ! Ainsi, après avoir essayé de mener une politique plus indépendante lors de la guerre en Irak en 2003, l'Europe s'est tournée vers les Etats-Unis et préfère faire passer les intérêts des populations iraniennes et européennes au dernier plan.



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