
Samedi 27 février, des grèves ont été suivies dans tous les magasins Carrefour du pays. La semaine dernière, des actions ont été menées en France. (Photo Solidaire)
Ce mardi, les délégués de Sint-Kruis (Bruges) ont rencontré le patron de Carrefour, Lavinay. Tristan Cools a bien préparé cette rencontre. Il nous raconte.
L’avis de fermeture, lors du conseil d’entreprise du mardi 23 février, a-t-il constitué un choc et comment avez-vous réagi ?
Tristan Cools. Sur le moment, ça a résonné dans mon esprit : pour toutes ces personnes qui travaillent à Carrefour depuis tant d’années et qui reçoivent cette nouvelle, c’est un drame. Pour les travailleurs, la perte de leur emploi est ce qui peut leur arriver de plus grave, hormis la perte d’un être cher. Deux tiers de notre personnel a plus de 45 ans. J’ai pensé tout de suite : je ne peux plus rester ici, je dois aller au magasin, près du personnel.
Au magasin, je suis allé informer toutes les sections. Ça a été clair tout de suite : dans de telles circonstances, nous ne pouvons plus travailler ici. Nous avons fermé les portes. La première tâche a consisté à réunir les 150 membres du personnel autour du point suivant : le magasin doit rester ouvert et il ne peut y avoir le moindre licenciement.
En concertation avec le SETCa, nous avons décidé de tenir le magasin fermé le lendemain et le surlendemain aussi, les mercredi et jeudi. Le personnel formait bloc. Des clients sont venus témoigner leur soutien et leur solidarité. Lors d’une assemblée du personnel, le jeudi, il a été décidé de faire grève le vendredi. Puis il y a eu la grève générale du samedi.
Mais l’annonce même, n’était-ce pas une sacrée surprise quand même ?
Tristan Cools. Non. En fait, depuis deux ans, c’est-à-dire depuis l’ouverture de l’Hyper-B à la Porte-Bleue, nous étions en conflit avec la direction. Tous les habitants de Sint-Kruis et d’Assebroek ont reçu un dépliant publicitaire avec les offres générales de Carrefour, comme partout, jointes avec les offres de l’Hyper-B. Et ces offres ne sont pas les mêmes (Il les montre) : l’Hyper-B propose un PC à 299 € mais, chez nous, il coûte 499 € ! Idem avec le poisson, avec tout. Nous devons renvoyer les clients à la Porte-Bleue. De cette manière, nous perdons 20 % de nos clients. Tout le monde l’a bien vu : il y a quelque chose, là, derrière, une intention cachée.
Mais vous n’êtes pas restés inactifs ?
Tristan Cools. Déjà depuis le 23 février, une pétition circule. Avec la délégation, nous avons rédigé la pétition et ici sont empilées 5 000 signatures. Sur Internet, il y en a encore 400 ou 500, la plupart avec de beaux messages de soutien, parfois très intéressants. Demain, nous allons tout remettre à Lavinay.
La pétition s’est avérée un excellent moyen pour rassembler tous les membres du personnel autour des revendications, pour les mettre dans le coup en les faisant circuler parmi leurs proches et leurs connaissances, et via des chaînes de mails aussi.
Ça a été une bonne façon aussi de renforcer les liens avec les clients. La plupart des signatures ont été collectées au magasin même. Nous nous sommes rendus une fois aussi dans le quartier, mais nous avons dû arrêter, car ça n’avançait pas : les gens nous faisaient entrer chez eux et se mettaient à nous raconter leurs propres expériences. Très intéressantes, certes et tout le monde signait, pour ainsi dire, mais ... cela nous prenait un sacré temps !
1. Wal-Mart, leader mondial du secteur de la grande distribution. Il a entre autres occupé la fonction de directeur général pour l’Asie. Ça en dit long sur les intentions de Carrefour, Wal-Mart ayant toujours refusé les syndicats, raison pour laquelle ils ont eu beaucoup de difficultés en Chine…
Sur le blog www.carrefour.tk, vous trouverez plus d’informations sur le conseil d’entreprise, l’action, la pétition et autres nouvelles (en néerlandais).