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21 janvier 2009 15:03 | Il y a : 3  an(s)
| Thème: Dossier, Belgique, Dossier crise

Interview Jo Cottenier (1) :: La maladie :: « La baisse des prix montre l’ampleur de la crise »

Les gens sont inquiets pour leur emploi. En Belgique, en janvier, plus de 200 000 personnes sont en chômage économique. Cela représente un triplement des chiffres en quelques mois. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

La crise économique que nous connaissons est-elle plus grave que celle de 1929 ? Va-t-elle passer en 2009 ? Qu’en est-il ? Petite déprime ou grande dépression ?
Jo Cottenier.
Si Leterme a dit qu’il s’agissait de la crise la plus grave depuis un siècle, qui sommes-nous pour le contredire ? Il s’agit en effet d’une crise très sérieuse et selon moi, nous n’en sommes qu’au début.

Pourtant, Bruno Colmant, directeur de la Bourse de Bruxelles a déclaré que « la Bourse ne s’effondre jamais deux années de suite et que par conséquent nous connaîtrons un regain de croissance. »
Jo Cottenier.
Eh bien, il essaie seulement de leurrer les gens. On compare souvent la crise actuelle à celle des années 30. À l’époque, la Bourse venait d’atteindre le niveau qu’elle avait atteint vingt ans plus tôt, c’est-à-dire après la guerre mondiale et une longue dépression. Le président du Fonds Monétaire International (FMI), le Français Dominique Strauss-Kahn, a également déclaré que 2009 pourrait être pire que 2008.
    La tempête qui s’est abattue sur le monde financier est loin d’être terminée. En septembre 2008, nous avons connu la première vague. Les États se sont portés au secours des banques à coup de milliards d’euros et de dollars pour éviter que l’ensemble du système financier international ne s’effondre. En fait, c’était simplement postposer le problème car tôt ou tard, il faudra bien que quelqu’un paie.
    Il est très probable que nous connaissions un second crash financier puisque la majeure partie des crédits douteux sur lesquels la Bourse s’est enlisée sont toujours dans les sociétés d’investissements, les fonds à effet de levier et les fonds d’épargne-pension et qu’ils réagiront avec un décalage par rapport au secteur bancaire. Certains prédisent ce nouveau crash pour février ou mars. Mais le plus important c’est que cette fois la crise touchera également l’économie réelle.

C’est donc loin d’être fini…
Jo Cottenier.
Tout indique que nous ne sommes qu’au début d’une spirale descendante qui est, pour l’instant, impossible à arrêter. Le point le plus bas de la crise de surproduction (voir explication) approche.
    Pour la première fois depuis les années 30, on s’attend dans les économies occidentales à une chute du produit intérieur brut (PIB, la valeur totale des biens et services produits dans un pays, ndlr). On peut le voir à la surproduction et à l’effondrement de la demande qui touchent un nombre de secteurs de plus en plus grand.
    Dans le secteur automobile, par exemple, les trois géants américains Ford, Chrysler et General Motors sont au plus mal. C’est l’État qui les maintient debout. Aujourd’hui, certaines marques automobiles offrent même à l’achat d’une grosse voiture un second véhicule gratuit. Preuve flagrante de la surproduction et de la forte diminution de la demande.
    On peut également le voir à la montée du chômage. En Belgique, au mois de janvier, plus de 200 000 personnes se sont retrouvées au chômage économique. Toutes les régions et tous les secteurs sont touchés, c’est un phénomène que l’on n’avait plus connu depuis longtemps.
    On note en outre une forte chute des prix de l’immobilier, des matières premières, de l’essence et de quelques produits alimentaires.

Cette diminution des prix n’est-elle pas une bonne chose pour le pouvoir d’achat et un signe de reprise économique ?
Jo Cottenier.
Cela prouve surtout combien cette crise est profonde. Lorsque l’économie tourne bien, c’est la surchauffe et les prix grimpent. Lorsque l’économie tourne mal, c’est l’inverse. La demande dégringole et les entreprises tentent d’écouler leurs produits en diminuant leurs prix. Cela s’est aussi produit dans les années 30. Les baisses de prix sont un soulagement temporaire pour certaines personnes mais cela ne signifie aucunement que les problèmes sont résolus puisque le chômage augmente. Le problème du pouvoir d’achat subsiste donc.

On dit souvent que les employeurs utilisent la crise comme prétexte pour procéder à des restructurations ou des licenciements collectifs prévus depuis longtemps.
Jo Cottenier.
C’est vrai. Le patronat profite de toute situation pour en tirer des avantages. Lors des négociations de l’accord interprofessionnel (AIP) on a pu voir que la crise a servi de prétexte pour modérer la lutte pour l’augmentation du pouvoir d’achat et limiter les exigences salariales. A la KBC, on a dit au personnel : « Si nous vous offrons la sécurité d’emploi, il vous faudra renoncer à tous les avantages extralégaux qui vous ont été octroyés au cours des années précédentes. » La crise devient donc un moyen de chantage pour attaquer les acquis des travailleurs. Dans pareil contexte, la prudence est de mise, nous ne pouvons laisser les patrons mettre tout sur le dos de la crise. La question qui se pose est de savoir qui va payer la crise. Ce qui est certain c’est que le patronat ne reculera devant rien pour faire payer cette crise aux travailleurs.


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