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17 août 2010 17:03 | Il y a : 2  an(s)
| Thème: Interview, Femmes, Belgique, Culture et histoire

Interview :: Asha Ten Broeke sur l'idée Hommes/Femmes

Chaque année, des livres du type « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus », qui illustrent combien la différence entre les deux sexes est grande et ancienne, remportent un énorme succès. Avec son livre « Het idee M/V » (L’idée H/F), Asha Ten Broeke navigue à contre-courant. Nous l’avons rencontrée.

Gaston Van Dyck

L’auteure Asha Ten Broeke : « L’image qu’on se fait de cette période préhistorique est fortement influencée par notre propre culture. Dans les années 50, l’homme apparaissait comme le moteur de la société primitive, quant à la femme, elle n’avait aucune importance. Dans les années 60, en pleine vague féministe, les anthropologues renversent cette vision » (Photo 10.000BC, toutleciné.com)

Selon vous, la différence entre les deux sexes n’est qu’une idée, tout se passe dans le cerveau. Pourtant, la plupart des gens – hommes et femmes – voient surtout une différence.

Asha Ten Broeke. D’un point de vue biologique, hommes et femmes sont pour ainsi dire égaux à 99,99 %. À un chromosome près, nous en avons le même nombre et sur nos 20 000 gènes, très peu diffèrent. Les différences entre deux hommes ou deux femmes sont souvent bien plus importantes que celles entre un homme ordinaire et une femme ordinaire. Si chez les paons les différences sont d’emblée manifestes, elles sont beaucoup moins prononcées chez nous. Le déterminisme biologique de l’ouvrage « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus » n’est donc pas tout à fait exact. Les scientifiques sont tous plus ou moins d’accord avec cela.

 

Ces « petites » différences biologiques font tout de même que ce sont les femmes qui tombent enceintes et mettent au monde les enfants… Cette différence, par exemple, n’influe-t-elle pas considérablement sur le développement psychique des hommes et des femmes ?

         Asha Ten Broeke. La grossesse, le fait de mettre au monde un enfant,… c’est quelque chose de biologique, cela n’a rien à voir avec la culture. Il est vrai que durant la grossesse, au moment de la naissance et durant la période qui suit, il se produit un tas de changements au niveau du cerveau et des hormones… Mais ce que souvent on ne dit pas c’est que cela se produit également chez l’homme. Et je trouve cela merveilleux. Les hommes sont pour ainsi dire en « symbiose hormonale » avec leur femme. Leur organisme sécrète aussi plus d’hormones qui rendent l’individu plus social et plus « câlin ». À la naissance de l’enfant, le taux de testostérone diminue chez le père. Suite à ces changements hormonaux, le cerveau d’un père est différent de celui d’un homme qui ne l’est pas. C’est aussi ce qui fait que les pères aiment leurs enfants, ce que nous savons tous.

La grossesse ne représente qu’un petit moment de la vie d’une femme, la plupart du temps elle n’est pas dans cet état, par conséquent la grossesse n’est pas aussi déterminante dans la vie d’une femme.   

Le livre « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus » et d’autres du même genre suggèrent que les différences ont toujours existé même chez l’homme préhistorique.

Asha Ten Broeke. On dit que la différence entre hommes et femmes est apparue il y a 2 à 3 millions d’années, chez l’homo erectus, l’ancêtre de l’homme moderne. Les hommes s’occupaient de la chasse, tandis que les femmes se chargeaient de la cueillette. En réalité, la science n’a aucune preuve de ce qu’elle avance. Sur les rares peintures rupestres, on peut voir des femmes en train de chasser elles aussi. Les vestiges sont peu nombreux surtout au-delà de 40 à 50 000 ans.

Ce que je constate c’est que l’image qu’on se fait de cette période préhistorique est fortement influencée par notre propre culture. Dans les années 50, l’homme apparaissait comme le moteur de la société primitive, quant à la femme, elle n’apparaissait qu’en marge, elle n’avait aucune importance. Dans les années 60, en pleine vague féministe, les anthropologues renversent cette vision. Désormais, les femmes s’occupent de la cueillette avec leurs enfants, elles représentent le facteur stabilité, tandis que les hommes chassent de temps à autre. La chasse devient pratiquement un hobby. Kristen Hawkes, anthropologue féministe, découvre ce même schéma au sein de la tribu Hadza en Tanzanie, une tribu de chasseurs-cueilleurs qui dans les années 60 vit toujours comme à l’âge de la pierre. Dans les années 90, la chasse redevient une activité à temps plein pour les hommes, tandis que les femmes s’occupent de la cueillette des fruits à temps partiel. Ce qui colle parfaitement au schéma de l’époque.

Pour moi, le paléo-anthropologue Rick Potts propose une vision de l’homme primitif bien plus scientifique. Il met en évidence que la principale caractéristique de l’homo erectus est sa flexibilité, sa capacité à rapidement s’adapter aux circonstances. L’homme est donc le seul animal capable de subsister tant au pôle Nord qu’en Équateur. Par conséquent, il n’existe pas un seul, mais plusieurs modèles différents de relations homme-femme en fonction des conditions dans lesquelles vivent les tribus. Cette très grande flexibilité est présente dans nos gènes. L’être humain peut l’activer ou la désactiver en fonction de ses besoins. C’est justement ce qu’étudie l’épigénétique.

À un moment donné, il y a pourtant bien eu une répartition des rôles qui a débouché sur l’inégalité entre hommes et femmes. Quand est-ce que cela s’est produit exactement ?

Asha Ten Broeke. Selon moi, cela est arrivé lorsque les hommes ont découvert et développé l’agriculture. À ce moment-là, la flexibilité est remplacée par un modèle assez figé : la sécurité alimentaire augmente, les femmes tombent plus fréquemment enceintes et doivent plus souvent s’occuper des enfants. Les hommes ne sont plus tenus d’assurer l’approvisionnement alimentaire, ils peuvent donc apprendre un métier : forgeron, menuisier, roi, soldat… L’homme devient le soutien de famille, la femme la mère de famille. Telle une épidémie, ce schéma s’est répandu dans le monde en même temps que l’agriculture il y a environ 13 000 ans et fait, depuis, partie de notre culture.

Avec le capitalisme, la femme refait son apparition sur le marché du travail. Dans beaucoup de pays, le nombre de femmes qui travaillent est assez élevé. Comment expliquer le tapage médiatique fait autour du livre « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus » ?

Asha Ten Broeke. Je ne suis pas sociologue, je n’ai donc pas vraiment la réponse. Je suppose que cela a à voir avec la position dominante de la pensée conservatrice aux États-Unis. Et grâce à la globalisation, ce genre de livres se vend extrêmement bien.

Ce qui est grave c’est que parmi les femmes qui travaillent, beaucoup sont aujourd’hui malheureuses. Il ressort en effet de plusieurs études que par rapport à il y a vingt ans, un plus grand nombre de femmes préféreraient être mère au foyer. Ce genre de tapage médiatique est donc moins innocent qu’il n’y parait puisqu’il pousse les femmes à retourner aux valeurs traditionnelles, à un mode de vie antérieur à l’émancipation.

Je trouve d’ailleurs que nous travaillons tous beaucoup trop. Les recherches psychologiques montrent que le matérialisme ne nous rend pas heureux. Nous sommes heureux lorsque nous pouvons passer plus de temps avec notre famille et nos amis. Ce serait donc merveilleux si nous pouvions tous ne travailler que trois ou quatre jours par semaine.

Comment pensez-vous avec votre livre faire avancer l’humanité ?

Asha Ten Broeke. Ce que j’espère c’est que nous puissions à nouveau nous servir de notre flexibilité et que dans nos relations avec nos enfants nous laissions tomber l’idée fille ou garçon et avec les adultes l’idée homme ou femme. J’espère que nous pourrons nous débarrasser de ces idées comme du racisme. Nous n’aurions pas apprécié un livre intitulé « Les blancs viennent de Mars, les noirs de Vénus ». Je suis d’ailleurs heureuse que nos parents aient mis fin à ce genre de choses. Et je pense que l’on devrait en faire de même avec l’idée H/F. Enfin, nous pourrons être jugés sur base de nos mérites, de notre talent et non en fonction de notre origine et de notre sexe.

Het idée M/V, Ontmaskering van een hardnekkig misverstand, (L’idée H/F, Décryptage d’un malentendu persistant)(en néerlandais seulement) Asha Ten Broeke, Maven Publishing, disponible sur www.epo.be  au prix de € 17.50

http://www.epo.be

 

 


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