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17 janvier 2012 16:31 | Il y a : 127  jour(s)
| Thème: International, Hongrie, Dossier crise

Hongrie :: Virage à droite en temps de crise

Après la chute du socialisme, la Hongrie s’est jetée dans les bras du capitalisme. Aujourd’hui, c’est dans un pays fortement appauvri que l’extrême droite connaît son heure de gloire.

Tony Busselen

En septembre 2006, les sociaux-démocrates au pouvoir ont radicalement viré vers une politique libérale. Les gens sont alors descendus en masse dans les rues de Budapest et des autres villes du pays. (Photo Alensha)

Vingt ans après la chute, la Hongrie est devenue un pays où règne la pauvreté. Près de 4 sur les 10 millions de Hongrois ont un revenu de 250 euros par mois, et le pays compte 1 million de chômeurs. Un million et demi d’habitants gagnent moins de 200 euros par mois. On estime à quelque 30 000 le nombre de sans-abri dans la capitale, Budapest.

C’est dans ces circonstances que le Fidesz, parti de droite du Premier ministre Viktor Orbán – élu suite à une écrasante victoire en avril 2010 – a pris une série de mesures à faire rêver la droite belge, mais qui seraient un cauchemar pour la population. Le 1er janvier 2011, un impôt unique de 16 % est entré en vigueur, ce qui est énorme pour une personne vivant du salaire minimum. L’âge de la pension a été reporté de deux ans. Les sans-abri risquent des peines de prison. Mais, surtout, les réformes politiques sont extrêmes : une loi sur les médias a été approuvée, qui prévoit de lourdes amendes – de 90 000 à 720 000 euros – pour les médias qui ne suivent pas à la lettre les directives du Conseil national des médias, entièrement constitué de membres du Fidesz, le parti au gouvernement.

Une nouvelle Constitution est entrée en vigueur le 1er janvier 2012. Ses premiers mots : « Dieu bénisse les Hongrois. » Celle-ci prévoit, entre autres, le « droit à la vie dès la conception » et interdit le mariage des homosexuels. La nouvelle Constitution ne parle plus de « République de Hongrie », mais de « Hongrie », la nation de tous les Hongrois. Elle accorde la nationalité certes à tous les Hongrois, mais aussi à tous ceux d’origine hongroise vivant hors des frontières nationales actuelles. Et ce nombre est considérable : après la Première Guerre mondiale, de grandes parties de la Hongrie d’alors ont été données à la Roumanie, la Tchécoslovaquie et la Serbie. À l’époque, environ un tiers des Hongrois vivaient dans ces territoires. À l’heure actuelle, leurs descendants peuvent donc obtenir la nationalité hongroise.

Le Fidesz, pur produit de la politique libérale

L’arrivée du régime autoritaire d’Orbán est la conséquence de réformes politiques successives et de mesures mises en œuvre avec le soutien de l’Union européenne et des États-Unis depuis la chute du socialisme en 1989-1990. Les entreprises et banques d’État, les coopératives agricoles ont été privatisées. Les droits syndicaux ont été réduits à néant. Toute l’économie hongroise est alors devenue dépendante du capital étranger.

Durant seize ans, cette politique a été menée dans une bonne entente mutuelle entre le Fidesz conservateur et le parti social-démocrate MSzP. Les deux partis ont rivalisé en matière d’antisyndicalisme, d’anticommunisme et de course au libéralisme occidental. En 1999, sous un gouvernement Fidesz, la Hongrie est devenue membre de l’Otan. Et c’est sous les sociaux-démocrates que, en 2004, la Hongrie est entrée dans l’Union européenne.

Grâce à la faillite de la social-démocratie

L’abandon du socialisme par la Hongrie s’est quasiment passé sans heurts. Le communisme hongrois sous János Kádár (1956-1988) se montrait depuis longtemps déjà ouvert aux forces procapitalistes. Kádár déclarait : « Ceux qui ne sont pas contre nous sont avec nous. Gagnez de l’argent, faites ce que vous voulez, mais ne faites pas de politique. »

En 1989, le parti communiste hongrois s’est scindé en deux entités. La grande majorité des anciens communistes ont créé l’actuel parti social-démocrate MSzP. Une petite minorité a formé, sous la direction de Gyula Thürmer, le Parti des travailleurs communistes de Hongrie et a résisté à une répression de plusieurs années et à des campagnes anticommunistes.

Après les élections de 2006, remportées de justesse par le parti social-démocrate MSzP, un bouleversement s’est produit. Le dirigeant du MSzP, Ferenc Gyurcsány, avait mené campagne avec une forte rhétorique de gauche. Mais après sa victoire, celui-ci a expliqué, lors d’une réunion interne du parti, le 26 mai, que, le pays étant en crise, les sociaux-démocrates devaient inverser la vapeur. Ils ont alors fait le contraire de ce qu’ils avaient promis durant leur campagne électorale. Ce qui restait encore des avantages sociaux a été ratiboisé. Les fonctionnaires ont été licenciés en masse, et les salaires de ceux restés en place, gelés. Dans le privé, il est devenu impossible d’accorder des augmentations salariales, et le prix du gaz et de l’électricité a monté en flèche. Un taux élevé d’inflation a fait grimper les prix.

Lorsque, en septembre 2006, deux semaines avant les élections communales, le discours du 26 mai a été rendu public, nombre de Hongrois ont été choqués par un tel cynisme politique. Le soir même, les gens ont manifesté en masse dans les rues de Budapest. Cette manifestation s’est poursuivie durant un mois devant le Parlement et dans les autres villes du pays.

En conséquence, les élections communales ont été gagnées haut la main par le Fidesz. Victoire à nouveau en avril 2010, les conservateurs remportant 68 % des sièges parlementaires. Dans le sillage de cette victoire est également apparu le Jobbik, parti d’extrême droite jusqu’alors quasiment inconnu. Fondé en 2003, ce parti a, en un coup de cuillère à pot, décroché 12 % des sièges. Le Jobbik est un parti fasciste qui, avec ses milices, sème la terreur parmi les 800 000 Roms de Hongrie.

Un nouveau malade sous tutelle européenne ?

Le nationalisme ouvertement d’extrême droite qui, actuellement, caracole fièrement en Hongrie, ennuie fort l’Union européenne. Et ce, non seulement parce que le Fidesz et le Jobbik rappellent les partis fascistes des années 1930. Mais, surtout, parce que le Fidesz refuse de compromettre son énorme popularité en acceptant les mesures de crise que l’UE et le FMI veulent imposer au pays.

La Hongrie, totalement appauvrie, dépend beaucoup du capital étranger. Les agences de notation Fitch et Standard & Poor’s ont déjà qualifié les obligations d’État hongroises de « pourries ». La semaine dernière, le gouvernement hongrois a payé 7,98 % sur un emprunt de 144 millions d’euros. La Commission européenne et le FMI ont suspendu les négociations sur la demande de la Hongrie d’une aide de 20,5 milliards d’euros.

L’UE n’accepte pas que le Premier ministre Orbán ait pris le contrôle de la banque centrale de Hongrie, ce qui est contraire au Traité de Maastricht. Le groupe financier américain Bloomberg écrit sur son site : « La Hongrie affirme qu’elle a droit à sa souveraineté. Ce qui, techniquement, est exact. Mais, comme nous l’avons vu avec la Grèce, recevoir une aide financière européenne signifie renoncer à son autonomie. »

Pour les communistes hongrois, il n’y a qu’une seule issue à la crise : que la population descende dans la rue pour lutter conter la politique des sociaux-démocrates, du Fidesz et du Jobbik.


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