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18 août 2011 14:13 | Il y a : 280  jour(s)
| Thème: Belgique, Belgique, Dossier crise, Union européenne

Henri Houben :: « Un pouvoir non élu va se substituer à celui sorti des urnes »

Lors du sommet franco-allemand sur la crise de la dette en Europe de ce mardi 16 août, le président français et la chancelière allemande ont préconisé de nouvelles mesures économiques. Nous avons demandé l’avis d’Henri Houben, économiste, collaborateur à Études Marxistes et auteur du livre « La crise de trente ans ».

David Pestieau

L’Europe va saigner les États pour imposer des politiques hostiles aux salariés et aux allocataires sociaux. (Photo http://daypic.ru)

 

1. Lors du sommet franco-allemand, le couple Merkel-Sarkozy a déclaré vouloir imposer la « règle d'or » sur les budgets. Qu’est-ce que cela signifie ?

Henri Houben. La règle d’or signifie, dans le contexte européen actuel, de limiter très fortement les possibilités de déficit budgétaire des États membres. La norme impérative est de ne pas dépasser les 3 % du PIB, ce qui est inclus dans le pacte de croissance et de stabilité. Pour le reste, il n’y a pas de définition précise. Dans le cas allemand, il s’agit de refuser toute hausse d’emprunt public au-delà de 0,35 % du PIB, ce qui représente 8 milliards d’euros environ. Mais, s’il y a crise ou catastrophe naturelle, il y a possibilité de déroger à cette condition, d’accepter des déficits plus importants avec l’obligation de revenir au plus vite à la norme.

Il est très difficile de préciser l’impact d’une telle mesure aussi floue. On peut, néanmoins, en déduire deux grandes difficultés. La première est l’impossibilité de poursuivre une grande politique d’investissements publics de long terme, par exemple dans l’infrastructure, que ce soit d’ailleurs en période de prospérité ou de crise. La seconde est de pouvoir imposer des sanctions aux pays qui contreviennent à la règle d’or et donc d’autoriser une mainmise des instances européennes (donc celle du gouvernement allemand) sur les politiques économiques des États. C’est donc, en outre, très peu démocratique, puisqu’un pouvoir non élu, celui de la Commission, va se substituer à celui sorti des urnes.

Cela ne va certainement pas faciliter la sortie de crise. Pour les pays déjà en difficulté, on institutionnalise l’austérité en les obligeant à revenir au plus vite à l’équilibre budgétaire. Même Didier Reynders avoue que les dispositions imposées aux salariés et allocataires grecs ou portugais sont trop sévères.

2. Merkel et Sarkozy avancent l'idée d'un véritable gouvernement économique de la zone euro, sous la direction d’Herman Van Rompuy. Que veulent-ils imposer : un simple droit de regard sur les politiques nationales ou quelque chose de plus impératif ?

Henri Houben. L’union monétaire s’est construite d’une façon aberrante, sans unification des politiques économiques. On a donc une uniformisation des prix et des situations de concurrence. Bref un marché commun, mais pas de véritable régulateur pour corriger ou même encadrer l’anarchie naturelle du capitalisme. Il y a, de la part de Merkel et de Sarkozy, une tentative d’apporter une solution à cette carence.

Maintenant, proposer un gouvernement économique qui devrait se réunir deux fois par an, c’est surtout de la poudre aux yeux. Pour l’instant, je ne m’inquiéterai pas trop de cette mesure. Mais il ne faut pas non plus se faire des illusions : si les décideurs européens s’engagent davantage dans cette centralisation nécessaire normalement, ce sera pour imposer une politique en grande partie hostile aux salariés et aux allocataires.

3. Certains affirment qu'il faudrait aller beaucoup plus loin et introduire des euro-obligations. Merkel serait contre car elle a peur que l'Allemagne ne paie pour les autres. Est-ce la solution pour stabiliser l'euro ?

Henri Houben. Actuellement, lorsque l’Allemagne emprunte, elle ne doit verser que 2,7 % d’intérêts par an contre 16 % pour la Grèce, 12,5 % pour l’Irlande, 12 % pour le Portugal, 6 % pour l’Espagne, l’Italie et Chypre (4,2 % pour la Belgique)… Cela alourdit le déficit budgétaire des pays qui sont déjà en difficultés, parce que chaque État s’approvisionne sur les marchés des capitaux de façon indépendante.

L’euro-obligation permettrait qu’un organe agréé de la zone euro puisse lui-même chercher l’argent sur les marchés au profit de tous les États. De cette façon, cette institution pourrait bénéficier d’un taux d’intérêt plus bas, par exemple entre 3 et 4 %, et en faire profiter les pays les plus endettés. Seulement, l’Allemagne devrait aussi payer ce taux, alors qu’actuellement elle peut se contenter d’un 2,7 %. D’où l’opposition de Berlin.

Une telle solution atténuerait fortement la spéculation sur la zone euro, car celle-ci profite de l’hétérogénéité économique de l’Europe et du manque de politiques coopératives et solidaires au sein de la zone. Sur ce plan, cela pourrait être bénéfique.

On ne serait pas sorti de l’auberge pour autant. La masse d’argent aux mains des sociétés financières devrait être placée autre part et les spéculateurs pourraient se tourner vers d’autres monnaies : l’euro en tant que tel ou pire encore le dollar.

La spéculation contre le dollar mettrait à mal tout le système monétaire international qui est fondé sur le billet vert (la couleur du billet d’un dollar). On en reviendrait à ce qui s’était passé dans les années 30, lorsque Londres qui assurait la stabilité financière mondiale a dû lâcher la parité fixe avec l’or. Il s’est ensuivi une période d’anarchie monétaire, où chaque pays essayait de se tirer d’affaire en dévaluant sa monnaie. D’où une contraction du commerce international, un repli de chaque nation sur sa zone (à l’époque, des colonies) et finalement le recours à la guerre pour briser ces blocs économiques où les multinationales « autochtones » sont naturellement favorisées et donc les firmes étrangères pénalisées.

4. Taxer les transactions financières, harmoniser la taxation sur l'impôt des sociétés, n'est-ce pas des mesures qui vont dans le bon sens, qui s'en prennent à la spéculation ?

Henri Houben. C’est un fait que cela va dans le bon sens, mais on n’y est pas encore. Tout le monde sait que les États-Unis et la Grande-Bretagne sont très réticents à toute taxe sur les transactions financières. Et, sur l’impôt des sociétés, c’est Dublin qui fait de l’obstruction intensive. Même face à Berlin qui ne voulait pas accorder d’aide européenne au pays si celui-ci ne relevait pas sa taxation des entreprises (actuellement 12,5 % contre 25-35 % ailleurs), les différents gouvernements irlandais sont demeurés inflexibles. Une fermeté qu’on aurait aimé plutôt voir pour défendre les acquis sociaux, les services publics ou la sécurité sociale.

Ce sont donc des fausses mesures qui montrent surtout qu’on devrait proposer bien autre chose : d’abord la constitution de pôles bancaires publics en Europe qui s’abstiennent de spéculer et qui protègent réellement les dépôts des travailleurs ; ensuite la suppression des paradis fiscaux dépendant des États de l’Union européenne, ainsi que l’arrêt des transactions ou la stricte surveillance avec ceux qui sont en dehors ; la taxation des fortunes qui rapporterait des centaines de milliards d’euros aux pays membres (plutôt que d’essayer d’aller chercher l’argent dans la poche de ceux qui n’en ont (presque) pas).

Ceci ne résoudrait sans doute pas la crise actuelle, mais ferait porter l’effort financier à ceux qui en profitent.

 


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Claude, 19-08-11 17:18:
Henri Houben déclare à propos des Eurobonds: "Une telle solution atténuerait fortement la spéculation sur la zone euro, car celle-ci profite de l’hétérogénéité économique de l’Europe et du manque de politiques coopératives et solidaires au sein de la zone. Sur ce plan, cela pourrait être bénéfique."

Cette solution ne fait-elle pas l’hypothèse que les marchés oublieraient instantanément que sous les eurobonds se tient toujours une série de pays en situation de faillite virtuelle. Les spéculateur savent encore faire la différence du tout et de ses parties. Aussi des eurobonds n’empêcheraient-ils pas que les marchés continuent de guetter les déficits de la Grèce, du Portugal, de l’Italie, etc.

Ce qui se profile n'est-ce pas la possibilité d'un effondrement du secteur bancaire et les finances publiques incapables d'y remédier?

Et enfin pour les solutions, un parti de gauche ne devrait-il pas être plus audacieux voir plus radical et s'attaquez frontalement au pouvoir de nuisance de du capital financier. Je serais curieux de connaître votre point de vue sur les mesures que proposent des économistes critiques comme notamment F. Lordon.
Le PTB devrait organiser des débats publiques sur ces questions qui vont nous obliger à avoir des positions clairs et offensives dans les temps qui viennent.
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