
Les partisans qui ont fait campagne pour Michel « Sweet Micky » Martelly peuvent être contents : leur candidat l’a largement emporté au second tour. Cet ex-chanteur populaire va devoir faire face aux immenses défis qui attendent le pays. (Photo Xinhua)
A 15 ans, Martelly avait sa carte attestant de son appartenance aux Tontons Macoutes (milice des dictateurs Duvalier père et fils). « Pour se protéger », d’après lui. Et, lorsque Jean-Claude Duvalier est revenu au pays, après 25 ans d’exil doré sur la côte d’azur, Martelly a accueilli favorablement cet événement : « Arrivé au pouvoir, j’aimerais que tous les anciens présidents deviennent mes conseillers afin de pouvoir profiter de leur expérience. » Aristide aussi ? Pourtant, en 1991, lorsque le président élu quelques mois plus tôt est victime d’un coup d’état téléguidé par les États-Unis, « Sweet Micky » a applaudi…
Plus célèbre pour montrer ses fesses en public que pour son engagement politique il y a quelques mois encore, Martelly jouit d’une popularité, vu son statut de vedette de kompa (musique créole dont le zouk est une variante). Au soir de la proclamation des résultats, il a déclaré que sa victoire était « la victoire du peuple ». Vu sa villa dans les beaux quartiers et sa maison en Floride, il ne connaît pas vraiment le même sort que la grande majorité de ses compatriotes.
Artiste populaire, son « programme » politique s’inscrit dans la lignée néo-libérale. Mais s’il est libéral en ce qui concerne le système économique, il l’est moins au niveau des droits de l’homme. Lors de la campagne électorale, qui a vu des violences entre supporters des uns et des autres faire plusieurs morts, le nouveau président s’en est pris aux journalistes, coupables selon lui de favoriser sa rivale à la course à l’investiture. Il a été jusqu’à en menacer plusieurs. Et pendant les jours qui ont suivi l’annonce de sa victoire (le lundi 4 avril), certains de ses supporters ont continué les intimidations : « Nous bloquerons l’accès du Parlement à tout journaliste soupçonné de travailler contre les intérêts du prochain gouvernement. »
L’ancien président américain Bill Clinton, recyclé en « émissaire spécial pour les Nations unies en Haïti », a déclaré après le verdict de l’élection de Martelly que c’était « un petit miracle ». Soutien de l’oncle Sam, intimidation des journalistes, programme néo-libéral, pro-duvalierisme… Voilà qui promet.