Après 25 ans d’exil doré en France, « Baby Doc » (qui a succédé à son père, surnommé « Papa Doc » parce qu’il était médecin de formation) revient en pleine crise politique. Alors que le peuple attend l’annonce des résultats des élections, plusieurs fois reportée à cause des fraudes du candidat de l’actuel président, la question est : Duvalier veut-il reprendre le pouvoir ?
Quand on connaît le bilan de son passage au pouvoir (entre 1971 et 1986), on ne peut qu’espérer que la réponse à cette question est négative. Le crime organisé était sous sa direction, on estime qu’il a détourné plus de 500 millions de dollars et surtout, le nom Duvalier est associé à une milice tristement célèbre : les Tontons Macoutes. Créée par son père, despote comme lui, cette milice est responsable de meurtres (entre 30 000 et 50 000 Haïtiens tués ou disparus), de tortures, de muselage de la presse et d’intimidations physiques contre les opposants. Et quand on sait que ces Tontons macoutes sont toujours là et plus que jamais à ses ordres, on peut craindre le pire.
Mais la justice haïtienne essaye quand même de le faire payer. Il a été inculpé de corruption, vols et détournements de fonds. Inculpé mais libre. Et personne ne peut prédire de la suite de cette enquête judiciaire. Et des magistrats étudient des plaintes pour crimes contre l’humanité déposées par d’anciennes victimes.
Selon le premier ministre Jean-Max Bellerive, « Duvalier est un citoyen haïtien qui rentre au pays comme il en a le droit ». Ses opposants, qui ont participé à la révolte populaire qui l’a poussé à l’exil il y a 25 ans doivent apprécier.
Et cela donne des idées à un autre ex-dirigeant contesté. Aristide, exilé depuis 2004 en Afrique du Sud, a fait une demande de renouvellement de son passeport afin de revenir. Mais là, les autorités haïtiennes ont refusé. Duvalier oui, Aristide non. Il est vrai que celui-ci bénéficie d’un fort soutien populaire. Et que le peuple haïtien n’a rien à dire, la dernière farce électorale l’a encore prouvé. Et Aristide a un désavantage par rapport à Duvalier : si ce dernier bénéficie, depuis toujours, du soutien des forces impérialistes, c’est le contraire pour Aristide.
Une autre question ressurgit. Comment Duvalier a pu vivre 25 ans en France, à Paris puis sur la Côte d’Azur, alors qu’il n’avait pas de papiers reconnus par son pays hôte ? En 1999, il a été convoqué dans le cadre d’une citation directe pour séjour irrégulier. Il n’y a pas répondu. Et a pu continuer à profiter de sa vie de château au bord de la méditerranée. C’est étrange pour un pays comme la France, connue pour ses chiffres de renvois de sans-papiers. Mais de sans-papiers pauvres…
Lorsqu’il a quitté le pouvoir en 1986, sa fortune personnelle était estimée à 900 millions de dollars. La dette extérieure de son pays était inférieure à cette somme. Duvalier est-il vraiment là pour aider, comme il l’a dit à sa descente d’avion, ou va-t-il troubler encore plus la situation ?