
Tous les pays ne procèdent pas de la même façon concernant l’aide aux Haïtiens. L’exemple le plus frappant de cette disparité est montré par deux proches voisins de l’île : les États-Unis et Cuba. Les États-Unis veulent garder Haïti sous influence. Par contre, Cuba met la priorité sur la santé. (Photo estrechando.es)
Dans son bilan post-séisme, Oxfam international pointe la responsabilité de la communauté internationale : « les pays donateurs sont plus occupés à porter en avant leurs programmes partiels d’action humanitaire au lieu de promouvoir un plan global articulé ». L’ONG déplore aussi que sur toute l’aide promise de l’extérieur, seuls 42 % des fonds aient été débloqués.
Mais tous les pays ne procèdent pas de la même façon concernant l’aide aux Haïtiens. L’exemple le plus frappant de cette disparité est deux proches voisins de l’île : les États-Unis et Cuba.
Depuis le 12 janvier 2010, les États-Unis ont passé 1 583 contrats avec des sociétés privées pour la reconstruction du pays. Seuls 20 de ces contrats (qui représentent, au total, 267 millions de dollars) sont allés à des entreprises haïtiennes. Et si 829 millions d’euros ont été dépensés par les Américains, la partie de l’aide la plus importante n’est pas arrivée. Alors que le versement de 1,5 milliard de dollars avait été promis par l’imposant voisin pour la reconstruction, l’aide est bloquée et personne ne sait si elle arrivera un jour.
Dans un câble de WikiLeaks (daté du 29 novembre 2009 et disponible sur www.mediahacker.org), un diplomate américain est clair : « Nous devons continuer de trouver des moyens créatifs pour travailler avec lui (René Préval, président haïtien, NdlR), pour l’influencer. » La priorité n’est donc pas d’aider un pays, mais de continuer de le garder sous son influence.
Cuba procède autrement. L’accent est mis sur la santé : 1 500 professionnels de la santé sont sur place. 50 000 Haïtiens ont été soignés du choléra (le dernier chiffre officiel du ministère haïtien de la Santé porte à 3651 personnes mortes de cette épidémie). Les médecins cubains traitent 40 % des Haïtiens porteurs de la maladie, et le taux de mortalité dans les centres gérés par les Cubains est de 0,83 % (alors que la moyenne est de 3,2 %). L’aide à long terme est aussi présente : plus de 500 médecins haïtiens ont été formés à Cuba.
Les États-Unis sont conscients de leur retard face à leur voisin. Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a dévoilé deux télégrammes publiés sur WikiLeaks et qui révèlent que Washington a tenté d’entraver l’envoi de médecins cubains à l’étranger1.
Pays toujours en ruine, épidémie de choléra, troubles politiques, pas sûr que les Haïtiens passeront une bonne année 2011…
1. Junge Welt, 6 décembre 2010