
Ces Haïtiens doivent se débrouiller avec des tentes en plastique. Des 1,5 milliards d’euros promis par les Etats-Unis après le séisme, pas un euro n’est encore arrivé. (Photo Cross International Catholic outreach)
En septembre dernier, à peine 15% de l’aide promise après le séisme de janvier était arrivée. Les Etats-Unis qui, par leur domination et ingérence dans le pays, sont responsables de la vulnérabilité de son infrastructure n’ont toujours pas versé le moindre dollar sur les 1,5 milliard promis. Le jeudi 4 novembre dernier, le parlement américain décidait même de bloquer les versements « jusqu’à ce qu’il soit démontré que l’argent sera utilisé à bon escient ».
Sept mois après le séisme qui a fait 230 000 morts et 1,5 million de sans-abri, les familles sont toujours en attente d’un logement fixe. Seules les personnes avec des moyens ont accès à l’eau potable. 40 % de la population utilise de l’eau polluée. Seuls 70% des Haïtiens qui vivent dans les campements ont accès aux toilettes ; celles-ci sont insalubres et constituent un risque supplémentaire d’infection. Pour les 30 % restant, il n’y a pas de toilettes. Sans oublier que seuls 10 % des personnes qui se retrouvent sans abri possèdent une tente, le reste dort sous des bâches ou sous de simples couvertures.1
Environ 40 % des cas de choléra sont traités par des médecins cubains. La brigade médicale cubaine se compose de 965 médecins, personnel infirmier et techniciens. Un nouveau contingent de 300 personnes vient d’être envoyé. Le nombre de Cubains travaillant à Haïti s’élève donc à plus de 1 200. L’attitude de la population à l’égard de la brigade médicale cubaine est tout à fait différente de celle adoptée vis-à-vis du personnel de l’ONU.
La semaine dernière, plusieurs manifestations ont eu lieu contre les soldats de la Minustah, la mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti. Un bataillon de casques bleus népalais est accusé d’être responsable de l’épidémie de choléra après avoir déversé des eaux usées dans une rivière. Avant le tremblement de terre, la Minustah taxée de force d’occupation avait déjà été la cible de violences. « Les Haïtiens se demandent bien à quoi sert la Minustah, qui coûte 600 millions par an, puisque dix mois après le séisme la situation demeure inchangée », déclarait la semaine dernière un coopérant sur les ondes de la radio nationale. La Minustah s’inscrit en réalité dans la politique d’intervention et de domination des Etats-Unis qui, depuis le début du siècle dernier, contrôlent et envahissent régulièrement le pays.
La dernière fois que les Etats-Unis sont intervenus militairement en Haïti remonte au coup d’Etat de 2004. Les soldats américains avaient arrêté le président Aristide et l’avaient contraint à l’exil. Le président Aristide, même s’il avait signé divers compromis avec les Etats-Unis et coopéré avec certains commandants de milice d’extrême droite proaméricains, refusait de payer la dette. De plus, le fait qu’Aristide ait autorisé la venue de médecins cubains, devenus indispensables de par leur engagement et leur efficacité, constituait aux yeux des Américains un motif suffisant pour envoyer leurs soldats. Ces soldats ont ensuite été remplacés par les casques bleus de la Minustah qui, depuis le début, font face à une population hostile.
C’est dans ce climat tendu que les élections présidentielles du 28 novembre ont eu lieu. Malgré le chaos irréversible et l’épidémie de choléra, conserver le contrôle politique du pays est tout ce qui intéresse les Etats-Unis qui s’opposent à un éventuel retour du président Aristide. En février 2009, Hillary Clinton avait donné l’ordre d’évincer de la course électorale le parti d’Aristide, le Fanmi Lavalas. Aujourd’hui, les candidats les mieux côtés dans les sondages d’opinion sont favorables à un « retour d’Aristide » et à « la fin de l’occupation étrangère ». Toutefois, la manipulation et la division de l’élite haïtienne par les Etats-Unis, devenus experts à ce petit jeu, ne laissent espérer aucune amélioration de la situation dans le pays. Il semblerait que 15 des 18 candidats à la présidence envisagent de se pourvoir en nullité contre les dernières élections à cause d’une falsification massive des résultats par le parti du président Préval. Le chaos politique qui menace le pays ne fera qu’accentuer la misère. Pour combien de temps encore ?
1. The Huftington Post, Unstable Foundations: Human Rights of Haiti's 1.5 Million IDPs, Mark Schuller, anthropologue en fonction en Haïti, 4 octobre.