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22 février 2012 11:16 | Il y a : 92  jour(s)
| Thème: En direct des entreprises, Ports, Syndical, Belgique

Grève des lamaneurs au port d’Anvers

Les lamaneurs sont les marins qui assistent les navires lors de l’entrée et de la sortie des ports. Quand ils font grève comme la semaine dernière contre la réforme des retraites, toute l’élite réagit comme si elle avait été piquée par un essaim entier.

Gaston Van Dyck

Photo flickr, generaaljoubert

Eddy Bruyninckx, le PDG de l’Entreprise portuaire de la Ville d’Anvers, n’avait pas de mots assez durs pour exprimer son désaveu de la grève – de trois jours ! – dans les ports. « Depuis des générations, le port d’Anvers prouve au monde qu’il est un port très fiable. Cette image de fiabilité vient ici de prendre un sale coup », a-t-il déclaré à De Standaard samedi dernier. Et d’ajouter : « Un navire fruitier coincé dans le port, ça ne s’oublie pas vite, pour un armateur ou pour le propriétaire de cette cargaison de fruits. Comparez ça avec un cambriolage chez vous ! Vous croyez que vous pourriez l’oublier ? » Il s’agit juste d’une grève mais, pour Bruyninckx, c’est quasiment criminel…

Marc Van Peel, échevin anversois du Port et président de l’Entreprise portuaire communale, a demandé aux autorités de « mettre fin à la grève par tous les moyens possibles. Tant l’Entreprise portuaire que les autorités doivent examiner si on peut réquisitionner les lamaneurs. » La grève avait déjà été suspendue, mais le ministre de l’Économie, Johan Vande Lanotte (sp.a) avait annoncé à la télévision que « l’ordre de réquisition était déjà prêt ». À ce moment, la Fédération des entreprises belges (FEB) avait déjà supplié les syndicats « de ne pas laisser les actions des lamaneurs dégénérer en un bain de sang économique dans lequel les emplois et les revenus seraient mis sous pression ».

Et l’image qui était donnée était celle de quelques centaines de lamaneurs grassement payés défendant leurs privilèges. Il est grand temps de nuancer. Kaat Boonen, secrétaire de la CSC-Transcom, explique qu’il ne s’agissait pas d’une action corporatiste. « C’est quand même présenter les choses de travers. Les lamaneurs font partie des travailleurs les mieux payés, mais ils font un travail qu’on ne peut assumer jusqu’à 65 ans. Et puis l’action ne tourne pas seulement autour des 300 lamaneurs, mais des 1 300 travailleurs de l’agence MDK (Maritieme Dienstverlening Kust – Service maritime côtier, NdlR). Il y a là aussi les gens de l’accompagnement de la navigation, les bateliers, les matelots, les services logistiques. Mille d’entre eux travaillent en services continus… Les médias ne se focalisent que sur les lamaneurs et, de tous les autres de l’Agence, qui font presque tous un métier lourd, pas un mot. Pourtant, tous ces hommes ont aussi participé à l’action. »

Grève suivie et soutenue par les syndicats

À en croire les médias, on dirait que les syndicats se sont tenus à l’écart, mais cela non plus n’est pas vrai, ajoute Kaat Boonen : « Les trois syndicats avaient déjà introduit un préavis de grève des semaines plus tôt, et nous avons également collaboré aux actions mêmes. »

En attendant, l’action a eu des résultats : on négocie à nouveau. Un groupe de travail a été constitué, placé sous la direction du ministre flamand de la Mobilité, Hilde Crevits (CD&V), et composé des associations professionnelles des lamaneurs, des syndicats, de l’association des entreprises portuaires, des directions des ports et des autorités flamandes, ainsi que d’un représentant du ministre fédéral des Pensions, Vincent Van Quickenborne. 

Quand on parle de désinformation…

De toutes les sociétés d’armateurs qui opèrent au port d’Anvers, la société italo-suisse MSC est de loin la plus importante. Avec son Home Terminal au dock Delwaide, elle traite la moitié du transbordement de conteneurs à Anvers. En réaction à la grève dans les ports, MSC a menacé « de revoir ses investissements en Flandre ». Presque tout le monde a répété les propos de MSC et on évoquait déjà d’une énorme perte pour le port d’Anvers. 

La vérité est qu’à ce moment même, selon le journal De Tijd, MSC concluait un accord « afin de renforcer sa position à Anvers ». Entre autres, en transférant partiellement ses activités de transbordement du dock Delwaide surencombré vers le dock Deurganck, très peu utilisé. À ce propos, un accord de principe avait été conclu, ajoute De Tijd, mais « on l’aurait consciemment passé sous silence afin de pouvoir mettre plus de pression sur la grève qui s’éternisait. » L’Entreprise portuaire communale nie la chose, mais admet toutefois que « des discussions ont lieu entre MSC et PSA (le manutentionnaire des marchandises du dock Deurganck). »



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