Plan du site | Newsletter | Aide | RSS |
Loading
22 février 2012 11:27 | Il y a : 92  jour(s)
| Thème: International, Grèce

Grèce :: Plus profonde est la crise, moins il y a de démocratie

Alors que la Grèce s’enfonce de plus en plus dans un abîme économique, la résistance croît en proportion. À tel point que certains commencent à se faire du souci pour les élections toutes proches. Les Grecs feront-ils le « bon » choix ?

Hugo Franssen

La fameuse troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) a poussé la Grèce dans une spirale sociale et économique descendante. « La récession grecque est bien plus sévère que prévu. La cause en est la politique d’économies. » C’est ce qu’a écrit le journal britannique Financial Times. En 2011, l’économie grecque a régressé de 6,8 %. Elle avait déjà régressé de 4,5 % en 2010. Entre-temps, le chômage grimpe à toute vitesse, vers le record historique et « officiel » de 20,9 % : plus d’un million de personnes.
    Pourtant, après le diktat de la semaine dernière, la troïka a exigé à nouveau et sans sourciller des économies supplémentaires de 320 millions d’euros. Vendredi, le gouvernement grec a voté pour la énième fois, à une allure record. On va encore amputer une partie du salaire des fonctionnaires. Les pensions élevées vont devoir diminuer de 12 %, et on va sabrer dans les pensions complémentaires. L’allocation pour familles nombreuses disparaît pour ceux qui gagnent plus. Le Premier ministre Lucas Papademos verse des larmes de crocodile : « Il n’y a pas d’autre issue. »

« Je trouve cela très alarmant »

Mais, face à cette avalanche de restrictions, la résistance grecque croît. Va-t-elle se montrer plus forte que les diktats imposés ? À la radio allemande, le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble a déclaré, très inquiet : « Si on considère les discussions politiques internes en Grèce et les sondages d’opinion, on doit se demander qui, après les élections, se portera vraiment garant de ce que la Grèce s’en tiendra à ce qui a été convenu. Je trouve cela très alarmant. »
    Qu’est-ce qui est si alarmant ? Que les Grecs se posent de plus en plus de questions pertinentes ? Du genre : comment osent-ils demander aux gens d’accepter stoïquement un recul total de leur niveau de vie ? Comment osent-ils demander qu’on soit d’accord pour que le talent de tant de jeunes soit étouffé dans une existence sans travail ? Comment osent-ils pousser massivement les pensionnés et les enfants dans la pauvreté ? Et tout cela, afin de pouvoir sauver les banques et les spéculateurs, pour enrichir encore plus les millionnaires. Pour maintenir en place un système capitaliste qui, sur tout le continent, n’a plus que destruction et désolation à proposer.
    C’est pourquoi le peuple grec entend bien dire ses quatre vérités. Il veut renverser la barre et faire payer la crise aux responsables. Mais rien n’est plus éloigné des aspirations démocratiques que les décisions de « Bruxelles ».

Le compte bloqué

Giorgos Papakonstantinou, ministre grec et gros ponte du Pasok (social-démocrate) : « Les tensions sociales sont énormes. Nous sommes aujourd’hui dans les pires moments : une insécurité totale règne. Les élections sont une soupape. Quoi qu’il en soit, il en sortira un mauvais résultat, car elles se dérouleront sous la pression de la frustration et des problèmes. (…) C’est pourquoi nous devons les reporter à l’an prochain. »1 Le chef du parti Laos (extrême droite), Georgios Karatzaferis, partage cette inquiétude : « Ma grande crainte est que la Grèce ne devienne un État communiste. Je me fais des soucis sur ce qui va se passer après les élections d’avril. »2  
    Et, ainsi, le gouvernement de technocrates va devoir rester plus longtemps au pouvoir. Plus la crise s’approfondit, plus on met la démocratie sur la touche.
    Une composante du marché qui a été conclu lundi à Bruxelles, c’est qu’Athènes va devoir se soumettre à un contrôle et à une ingérence plus sévères encore. On va créer un compte bloqué, sur lequel toutes les rentrées de l’État grec vont devoir être versées. Ce compte ne servira qu’à rembourser les crédits. Des experts, des « commissaires aux économies » contrôleront en permanence tout ce qui se passe dans les ministères grecs. La souveraineté du budget du pays ? Faites une croix dessus ! On veut ainsi empêcher que la résistance puisse renverser la barre au moment où elle devient la plus forte.

1. Les Echos.fr, 19 février • 2. The Guardian, Business blog, 16 février

 

Comment les banquiers essaient de se tirer d’affaire

Ensuite, il y a la farce de la « main secourable » des banquiers. Le « haircut volontaire », ou réagencement de la dette, est une composante importante du « kit de secours » destiné à empêcher la faillite grecque. Avec ce haircut, les créanciers privés (banques, assurances, fonds leviers) renoncent à la moitié de leurs arrangements : environ 107 milliards d’euros. Leurs autres traites – représentant 100 milliards « sur papier » – sont échangées contre de nouvelles, de valeur plus faible et avec des délais plus longs.
    La troïka compte sur une participation au haircut de 90 % des créanciers privés, parce que les banques s’en porteront très bien, vu les intérêts élevés sur ces nouvelles traites. Ceux-ci ont même parfois été portés en dernière minute à 4,3 %. Les banquiers se frottent les mains. Ils continueront à tirer de la Grèce plus d’agent qu’ils n’y en ont injecté.
    Le week-end dernier, la Banque centrale européenne (BCE) et les banques nationales ont échangé des obligations grecques contre de nouvelles traites « aux mêmes conditions, sans perte de valeur, seuls les numéros d’identification ont été modifiés ».1 En tête, la BCE, qui a échangé pour quelque 55 milliards de traites grecques. De la sorte, la BCE et les banques nationales entendent se soustraire à un haircut sévère, une « faillite organisée », au cas où le haircut volontaire ne rapporterait pas assez.
    Par contrecoup, le monde bancaire insiste sur l’effet domino de cette manœuvre. Car, du fait que la BCE cherche un statut privilégié avec le haircut grec, « le risque augmente pour le secteur privé, dans les haircuts durs », déclare la Deutsche Bank. Cela aboutirait à des intérêts encore plus élevés pour le Portugal et l’Irlande. L’effet domino, donc. Le journal d’affaires allemand Handelsblatt titre d’ailleurs : « L’opération d’échange de la BCE met le Portugal dans ses petits souliers. »


1. Handelsblatt, 20 février 2012.


Réagir ?

Ugo, 25-02-12 08:07:
Assisterions-nous au grand retour du régime censitaire ? Ou à sa finalisation ?
A cette dernière, I presume. Isn'it, docteur Livingstone ?
Ajouter un commentaire

* - champ obligatoire

*





*
*